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Confesse Book

88 – Retour à Manhattan

Finies les ImMortelles de Mars. Demain je repars de l’autre côté…
On a terminé par un super concert à Langueux, (à côté de St Brieuc). Contrat rempli, les salles étaient pleines (Goussainville… no comment ) Que ce soit le Bouscat / Bordeaux, Mâcon, Dijon, Alençon, Saint Quentin, etc. On avait du monde devant nous, et même si c’était des salles assises, le public à fini debout.
En Mai, sera une autre histoire. Le 28, il y aura l’Olympia. Mon quatrième ou cinquième Olympia. C’est vrai, tu me diras, c’est toujours une autre histoire.
En fait, j’ai juste peur que ça s’arrête. Je veux dire que lorsque je suis dedans, même si la fatigue se fait pesante parfois, c’est intellectuellement  assez confortable. Je fais ce que j’ai à faire, épaulé par des mecs super compétents. Notre respect est mutuel. La scène m’a souvent aidé a passer le cap. J’ai le trac avant qu’une tournée ne s’enclenche, mais une fois que je suis fixé sur le répertoire, la scène me rassure. Pour moi, elle n’est pas aussi surfaite que l’illusion créée par la télé. La scène c’est en trois D. La scène c’est ma responsabilité, mon pont. J’y fais naviguer mon bateau. Quel que soit le décor, la scène est vraie.
Quand je tourne la tête, j’ai des éblouissements. L’impression que le monde zappe en virtuel. D’un côté les surproductions pour blockbusters, de l’autre une culture à l’économie pour Easy Jet setters, qui veulent partir en vacances là où le  hard discount rend la mondialisation accessible à tous. Ces gens qui rêvent de s’évader en regardant des soap comédies, ou des émissions girly flashy pour teens mal élevés.

D’un côté des macho-mecs beaux-bodybuildés qui font des pompes sur deux doigts ou des sauts incroyables d’un immeuble à l’autre, de l’autre des geeks à binocles qui traînent en crocs toute la journée et qui passent leur temps à additionner des points en jouant on line à Starcraft II.
Et puis les filles décolorées, poitrine refaite, obsédées par leur Smartphone qui balancent 100 tweets par jour pour essayer de s’inscrire dans un monde qui ne veut pas vraiment d’elle. Fashionistas consommatrices voleuses façon Bling Ring de Sofia Coppola, ou dépensières compulsives, addicts de la carte à puce, qui jouent les cyniques détachées en refusant d’avoir le moindre regard critique sur ce qui les ronge.
Ou les traders killers millionnaires en trois ans, et les serial lovers tatoués qui roulent des mécaniques en promettant la lune à tous les cosmonautes amateurs,
Et les couch potatoes qui se nourrissent de junk food sur leur plateau télé, KFC Mc DO, Subways et autres denrées sucrées industrielles, en regardant les play off.
Ouà l’inverse les bobos moraux, altermondialistes amapiens qui défendent le retour à la nature essentielle.
Bref, quand je monte dans le van qui m’emmène vers les scènes, j’oublie tous ces aristocrates de la presse pipole, ces neuneus de la culture dorée ostentatoire ou les politicards et stratèges de la com qui défient les tabloïds.
Etc. En fait même si je les vois, je les oublie. Ils ne comptent pas. J’ai autre chose à faire. Et je le fais.
Quand les tournées s’arrêtent, tout d’un coup ce monde réapparaît. Où que je sois. Et je suis à nouveau envahi de questions terribles auxquelles je ne trouve pas de réponses. Parce qu’on ne peut plus vraiment rien prévoir à long terme.

Bref, demain je serai de retour dans le chahut de Manhattan. Et j’ai d’autres défis à relever. Petite précision: je ne sais pas pourquoi, en guise d’introduction à l’article que j’ai écrit pour eux, quelqu’un de l’Express* a écrit que je “m’adonnais à la peinture “??? Si la personne qui a écrit cela s’était un tantinet intéressée à ce que je fais, elle saurait que je ne “m’adonne “pas à la peinture, comme une Madone ou comme Winston Churchill. Moi, j’utilise tous les moyens dont je dispose pour exprimer ce chaos qui est en moi…  Et parfois en peinture en effet.

Bienvenue à ceux qui veulent passer.
Pour info, je ne sais pas ce que deviendra la REGALLERY après la fin du mois de Juin, Vu que mon bail se termine, et la fin d’un bail à New York signifie que tout est remis en cause.

® CharlElie – Avril 2015

* Article que j’ai écrit, paru dans L’Express cette semaine.