Menu

Confesse Book

69 – Ça va péter à Fergusson

Ça va péter à Fergusson.

C’est ça, aujourd’hui la vérité ne compte plus. La seule question qui préoccupe les commerçants de l’information, c’est de savoir ce que les téléspectateurs veulent entendre, voir ou lire. Qu’est-ce qu’ils peuvent encaisser? Jusqu’où peut-on aller pour raconter ce qui se passe?

Le mot “média” vient de “medium” qui veut dire “moyen”. Or c’est bien de cela dont il s’agit: trouver un tronc commun, une pensée moyenne, grosso modo satisfaisante pour le commun des mortels devant son écran.

On met en scène les concepts.

On scénarise les news, après on essaye juste de faire coller la réalité au mythe qu’on a créé. Oh, c’est pas nouveau, je sais. Avant, c’était le propre des églises de faire croire aux miracles, la parole était d’évangile et les pauvres gens n’avaient pas le droit de remettre en question les dogmes.

Avant c’était l’affaire des écrivains de jouer avec l’irréel. Et puis petit à petit on a pris goût au mélange, une petite dose de faits avérés servant de support, sur lequel se tissait une trame de fiction. On savait que c’était une “histoire qui se basait sur des faits réels” mais il s’agissait bien d’une histoire, un conte, un truc inventé. L’info c’était autre chose, c’était du sérieux.

Mais cette contrainte de rigueur était trop lourde. Elle pesait sur les épaules des rédacteurs qui doivent attirer le lecteur comme on attire les poules avec des graines. Aujourd’hui les gens regardent des séries en faisant leurs courses. On a pris goût à la confusion des genres. Vrai ou faux? Quelle importance après tout? Les actus sont comme les romans de réalité-fiction dans lesquels on fait faire ou dire n’importe quoi aux protagonistes. A fortiori s’il s’agit de personnages historiques, ou célèbres, qui ira vérifier. C’est juste “merci pour ce moment” et va te faire voir ailleurs. Et pis quoi ? On peut penser qu’ils aient pu dire ceci ou cela… ( Quoi qu’on pense du protagoniste, l’histoire invérifiable des “sans-dents” a certainement fait vendre des milliers d’exemplaires de cet ouvrage rance plein de rancœur et de rancune.)

Bref, en guise d’excuse, quand le mensonge est trop flagrant, ils disent juste:

– Écoutez, les choses vont trop vite.. on n’a pas eu de corroborer nos sources.”

C’est ça oui, plus le temps des mises en garde.

Aujourd’hui on reconstruit les fantasmes tous les jours.

La question n’est pas de savoir si c’est exact ou pas, le défi pour les visionnaires du marketing est d’anticiper sur ce que le grand public peut ou veut croire.

C’est comme ces prix des denrées alimentaires qui finissent tous par 99. Groseille, banane, artichauts, céleri, poireau… Le prix n’est pas calculé sur des ratios de valeur objective mais c’est un challenge pour le vendeur de trouver combien …,99, les consommateurs accepteront de payer pour acquérir ce produit? Le jeu étant de définir à l’avance la valeur psychologique d’un produit.

À l’arrivée, pour les denrées quotidiennes, on atteint souvent le seuil moyen du 4,99. Le 4 écrit en corps gras et le 99 en maigre. Du genre, ils ne le verront pas le 99, ils ne le verront pas ces niaiseux. Dans leur système pourri, il n’y a pas d’autre option que 99.

Bon, on le sait, c’est pas nouveau, on connaît bien sûr l’existence de ce 99. Mais la systématisation de la chose, ça c’est nouveau. Comme si ce 99 était un impôt sur la résignation. Une scorie, un presque rien, un détail, pour ceux qui n’ont pas vraiment le choix et qu’on empapaoute de 99cts. Quand bien même le verraient-ils ce 99 de merde, comment se rebeller?

Alors ils abdiquent.

Quand les gens rentrent chez eux, ils regardent des conneries qui les distraient. Plus c’est crétin plus ça les amuse. Ils veulent se changer les idées et surtout pas réfléchir trop. Un peu,ça va, mais pas plus, sinon ça devient vite chiant.

D’ailleurs à ce propos, faudrait que j’abrège, ouais, je sais.

Ça va péter à Fergusson, ça veut dire quoi?

Que tout est joué d’avance comme à Las Vegas où l’on diffuse de l’oxygène pour que les joueurs restent éveillés plus longtemps.

Les dés sont pipés.

Ça va pèter à Fergusson…

 

® CharlÉlie – NYC 20XIV

 

PS : Et si vous vous demandez pourquoi ça va pèter à Fergusson ?
faites un tour sur

http://limportant.fr/tribune/45