Menu

Confesse Book

521 – Question du jour

Question du jour : Si l’on considère qu’on n’atteint que très rarement les objectifs qu’on s’est fixés, (qui tendent vers un idéal par définition inaccessible), est-ce qu’il vaut mieux faire/agir tout en sachant que ce que l’on fait est imparfait, ou bien attendre le moment, le bon moment que les étoiles soient alignées et toutes les chances de notre côté pour réussir « au mieux » ? C’est aussi la question du regret : regrette-on plus d’avoir fait « mal », que de n’avoir PAS fait ?
Ce qui revient à s’interroger sur la différence des envies que peuvent avoir les « créateurs » et les « responsables marketing », les « diffuseurs ».
Un créateur se réjouit au moment où il crée. Sa finalité n’est pas de convaincre, mais de formaliser au plus juste quelque chose qu’il devine. Il répond à la nécessité d’agir qu’il a en lui, persuadé qu’il doit faire aboutir coûte que coûte tel ou tel projet/œuvre/découverte. Cela ne veut pas dire qu’il ait raison, mais simplement, c’est sa manière à lui de s’accomplir, de se réaliser en entreprenant quelque chose. Si le plaisir est une émotion qui guide nos comportements, il prend lui du plaisir en agissant, au moment où il fait apparaître ce qui n’était jusque-là qu’une idée.
Le « responsable marketing diffuseur » a pour mission de propager, transmettre, rendre accessible, colporter quelque chose dont il n’est pas l’auteur. Indépendamment de ses goûts personnels, sa tâche consiste à trouver la meilleure destinée pour le produit qu’on lui donne à diffuser. Cela peut même aller jusqu’ à « trouver le meilleur pour le pire », puisque son sentiment de réussite est lié au succès que va rencontrer tel ou tel produit, information, événement, ou quoi que ce soit qu’il est chargé de répandre.
Il y a une rivalité fondamentale entre les deux ambitions, car l’un ne peut pas s’empêcher d’imaginer à partir d’une irréalité, tandis que l’autre se confronte à des problématiques concrètes qu’il tente de résoudre comme des challenges. Aussi mon second pose-t-il la question au « créateur » en termes de « finalité », tandis que le « créateur » s’interroge d’abord sur la « sincérité » du propos…
Voilà le genre de discussion qu’on peut avoir Karim et moi pendant des heures quand on se retrouve en tête à tête après douze heures de studio non-stop. À table on se régale de fines recettes gourmandes cuisinées par l’un ou l’autre avec « goût-rmandise », mais après s’être tus devant la console concentré sur tel ou tel infra-son, on tchatche au quotidien… Le lendemain, il plaide pour l’acceptation de ses limites, il reproche la liberté qu’offrent les médias sociaux, de donner à tout le monde le droit à la parole, sachant que celle-ci est prise par des milliers d’ignorants inconscients de leur illégitimité à défendre tel point de vue, béotiens qu’ils sont vis-à-vis du sujet qu’ils abordent. Moi je défends l’idée que ce n’est pas grave, pour moi, l’énoncé en tant que tel a moins d’importance que la relation de confiance ou non établie entre l’émetteur et le récepteur. En résumé :« qui dit quoi ?». L’erreur serait d’opposer la Liberté avec l’usage qu’on en fait. Le drame de notre société venant de ce que les épiphénomènes se transforment en généralités, il ne faut pas accorder à tout un chacun la même capacité d’analyse. Quel qu’en soit le sujet…
Les heures défilent et les arguments fusent de part et d’autre, jusqu’à ce que la fatigue prenne le dessus. Alors je m’écroule dans la petite pièce où je loge quand je reste plusieurs nuits au studio « the panic room» où durant ces derniers jours, on a encore bien fait avancer les enregistrements du prochain « les ESSENTIELLES » auquel sont venus s’ajouter : Pierre Sangra, Vincent Bucher et Yamée… Reste encore à mixer tout ça, comme les arguments qui se mélangent dans ma tête, quand enfin je m’endors.
CharlElie COUTURE
Nov 2021