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Confesse Book

52 – Keep on movin’ 3

La Rochelle / Perpignan

Carcassonne / La Rochelle

Navette direction la gare, un peu hagard.

Salut matinal à Thomas Dutronc qui prend l’avion pour Nice, moi j’ai un train pour Narbonne.

Changement à Bordeaux.

Le train ressemble à ces trains d’avant, quand les trains n’étaient pas aux normes européennes, quand les trains rentraient dans les gares plutôt que l’inverse. J’entendais l’autre jour sur France Inter un Kéké du staff de la SNCF venu expliQUER avec affront qu’il n’y a PAS de problème de QUAI, que les internautes se sont enflammés pour rien, que les quelques centimètres à raboter sur les centaines de quais, c’est « normal », « c’était prévu »… Ça me fait penser au clown Grock qui mimait mille efforts en poussant son grand piano à queue pour le rapprocher de son tabouret.

Bon là, le train n’était pas un Bombardier, et il s’adaptait à la gare.

Ça roule pépère des familles, et puis il s’arrête. « Ne sortez pas sur les voies, c’est un arrêt non prévu »

Ça repart. Ça s’arrête à nouveau. Stand by et bis repetita : « Ne sortez pas sur les voies, ceci est un arrêt non prévu, euh… suite à des parpaings de béton qui ont été jetés sur les voies… Nous aurons un quart d’heure de retard… » Puis une demi-heure… ça tombe mal, aujourd’hui deux événements s’enchaînent sur mon planning.

J’ai d’abord cru que c’était un bébé, mais en fait c’est une petite fi-fille de deux ans qui miaule, geint, râle, minaude, se plaint, hurle, chante, rie, crie, fait tomber des trucs par terre. Putain, mais quoi elle peut pas se calmer cinq minutes. Comme d’hab’, personne ne dit rien. D’ailleurs que dire ? C’est la punition des mois d’été. Ah les vacances! Prendre ce mal en patience. Le premier qui broncherait passerait pour un chieur, un a-social, un méchant, un qui n’aime pas les chats. Oh mais quoi oh, l’a-social, c’est pas moi, c’est cette moufflette mal élevée qui hurle son ennui en poussette. Moi je suis comme les autres passagers, j’encaisse sans rien dire, je ronge mon frein. Se taire, la jouer zen, mais ça ne veut pas dire que j’en pense pas moins. Qui est donc cette accompagnatrice indifférente qui conduit ce petit monstre en liberté quelque part? Apparemment elle a perdu le contrôle sur sa progéniture; au lieu de tenter une manœuvre de diversion pour distraire son emmerdeuse, ou la fatiguer en deux wagons, la personne fait semblant de ne pas entendre la chigneuse qui hurle dans les oreilles de tout le wagon. Ca c’est ” anti-social tu perds ton sang froid”. Y a des IDTGV avec un wagon spécial mioches, mais là on n’est pas dans un grande vitesse. Discrimination ? Quelle dix-cris-abomi-nation.

Enfin le ronron a repris une vitesse normale.

La belle lumière ! Nous sommes bien dans le Sud.

Arrivée à Narbonne. Trois quarts d’heure de retard.

La voiture venue me chercher m’emmène à Perpignan pour le vernissage de mon exposition d’été “portraits intérieurs” au Centre d’Art à Cent Mètres du Centre du Monde.

Je fais le tour. Il y a sept ou huit ans, j’ai déjà exposé ici des « shower curtains » et des photograffs.

Mes œuvres sont mises en valeur dans ce cadre généreux avec de l’espace. Le luxe c’est l’espace, la respiration. Le contexte dans lequel l’Art est présenté intervient pour beaucoup dans le ressenti des œuvres d’Art.

Deux interviews, quelques autographes. Saluer l’artiste Alain Campos dont j’aime bcp le travail, en profiter pour se promettre de faire quelque chose ensemble un jour.

Vicent le fondateur de ce lieu “à cent mètres du centre du monde”, attaque un speech de présentation devant la soixantaine de personnes présentes, puis, il tend le micro à un attaché culturel de la ville dont on sent l’habitude prosaïque, après quoi ce dernier me passe aimablement le relais. J’explique rapidement le sens de ces « portraits intérieurs », je remercie les gens qui font ce fond d’art contemporain, premier fond privé existant grâce au soutien d’un pool d’entreprises, et à mon tour je rends le micro.

Le temps de me changer, récupérer ma valise et rejoindre la gare à pied.

– T’as le temps… La gare est en face, à cent mètres…

– C’est ça oui,

– T’inquiète pas…

Quand on te dit ça, méfie-toi !

J’ai bien fait de m’y presser car à peine suis-je monté dans le wagon que les portes se referment. Mince, je croyais que le mien partait à 20.06h or celui-ci se met en branle à 19.56h. Je suis monté sans même vérifier si j’étais dans le bon train or dans une heure et demi je suis sur scène… Panique. Pas de billet imprimé puisque celui ci est sur ma carte « Grand Voyageur ». J’appelle le bureau. On me confirme que j’ai une place réservée dans le train en direction de Carcassonne qui part à 19.56h Ouf.

– Quelle est ma place ?

– Tu es voiture UNE place 32.

Je tourne la tête. Je suis monté au hasard dans la voiture 1 assis à la place 32. Amusant non ?!

50 minutes plus tard Paco, le régisseur est venu me chercher. Je pose à l’hôtel, les catalogues de l’expo qu’on vient de me donner, changement de costume, changement de casquette, et me voilà enfilant mes oreillettes avec un autre micro entre les mains. Le Sound check s’est fait sans moi, je monte un peu à l’aveugle, mais j’ai confiance dans le mix de Mitch chargé de “faire” mon son.

Shake hands. 3, 4, ça y est, c’est parti, la rythmique de « Appel à l’aide » a déjà commencé. Je monte les marches qui mènent à la scène.” Pneumopathie ou tueur en série, armes chimiques ou mondialisme,

Peur des sectes ou du terrorisme, et retour de l’antisémitisme.

Peur du cancer, peur nucléaire, peur de l’anthrax dans ton thorax,

Peur du sida, peur du prion, peur aux frontières ou dans les avions ….”

Il fait beau ce soir à Carcassonne Place Carnot. Les lumières allumées.

Le spectacle tourne pas mal. On peut juger les réactions du public qu’on voit clairement devant nous, éclairé par les néons des commerces avoisinant.

On commence à bien connaître le show, même si on a encore quelques réglages à faire.

A minuit, « calmos ». Il faut « cesser les émissions de bruit »,

– Mais monsieur, on ne fait pas du bruit, on joue de la musique…

– Allez, jouez pas au plus con avec moi, vous n’êtes pas sûr de gagner!

– … ?

Pendant que les techniciens remballent le matériel, on se retrouve dans un appartement loge.

La ride sur la road sera longue, on est en rodage. Mise au point: « J’ai eu le sentiment qu’on a pris celui-ci un peu vite, attention au démarrage sur celui là, etc… » En fait, c’est ce tour de table est un prétexte pour s’amuser. On évoque les hésitations de l’un d’entre nous aussi bien que la fringale gourmande de ceux qui sont allés se faire lester par un cassoulet médiéval dans un restaurant de la vieille ville… Comme une douche est douce après un match, le débrief est souvent l’occasion pour se retrouver en buvant un peu et en dévastant les sucreries industrielles mises à notre disposition dans les assiettes en carton du catering. On se détend, on déconne. Bon moment intime entre nous. On se relâche en équipe.

Et peu à peu le pourcentage d’adrénaline qui trouble l’esprit mouillé par le sang, revient à la normale…

 

® CharlElie – juillet 2014

(à suivre)