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Confesse Book

381 – Aujourd’hui le vent souffle encore,

D’aussi loin que je me souvienne, je n’avais jamais vu le printemps …
Anticiper l’été, prendre les devants et se préparer au break forcé imposé par la paralysie des vacances, boucler les budgets pour la rentrée de Septembre, emplois du temps chargés, réponses effervescentes et décisions dans l’urgence, cette période de l’année est généralement hyper active. Pourtant en 2020 rien de tout ça: sorties d’albums, expos, concerts annulés/reportés, invitations oubliées et plannings effacés. Le néant obligatoire. Qu’il en soit de l’alimentaire ou des nourritures de l’esprit, tous les « top chefs » mis au frigo. Drôle de saison, sans échéance et sans scrupules. Au début c’était troublant et pour cause, mais une fois passée la première phase (celle de la maladie elle-même), j’avoue que j’ai pris un certain goût à cette inertie…
Pourtant de même un bon scénariste sait finir une histoire, de même il faudrait faire cesser désormais l’absurdité de ce confinement. Le problème c’est qu’après tout le fatras de tout et n’importe quoi énoncé à longueur de « spécial Covid »,(deux heures et demi dimanche dernier à entendre le premier ministre dire n’importe quoi sans le moindre intérêt), après les retards à l’allumage et les fausses questions, après les allocutions et les plaidoyers, personne ne sait comment résoudre cette énigme de grippe couronnée sans craindre de perdre la face? Un jour les « jeunes » au Pouvoir suggèrent de protéger les « ainés » en les confinant à leurs dépends, lever de boucliers et le lendemain marche arrière. Un autre jour, les grandes entreprises (Air France) au bord du gouffre suggèrent que l’Etat les nationalisent « provisoirement », ce même État qui vient d’offrir sur un plateau la privatisation des aéroports…
En jogging chez soi (mais interdits de promenade), quand on ne se regarde pas en chiens de faïence au jour le jour dans le séjour, chacun y va de son « concert live », de sa «création», de sa « blague du jour » ou de sa photo de rue vide… « La soucoupe est pleine, ras le bol en porcelaine », disent les confinés qui rongent leur frein aux confins d’eux-mêmes. Seuls contre la Terre entière, excités comme des malades dans leur bagnole ou dans leur appart’/chambre meublée, les «penseurs» saisissent leur Smartphone à bout de main pour exprimer leur malaise de se sentir considérés comme des lapins en clapier. Durant de longues minutes leurs pixels carrés recomposent à l’écran les avis incertains de philosophes à l’eau-de-vie, de prêtresses à l’eau de rose ou devin à la noix bourrés à la bière, qui se croient experts (et manque). Pathétique en toc.
Pendant ce temps-là, les vendeurs de tapis de course, les « Food deliveries » et les sites de jeux on line font d’énormes profits/bénéfices, tandis que l’effondrement de la Bourse est passé inaperçu. Bien joué ! Y a toujours des petits malins qui trouvent le moyen de tirer leur épingle du jeu.

Pas une goutte de pluie depuis plus de trente jours, la terre est sèche. Aujourd’hui le vent souffle encore, il souffle fort, comme un rêve de véliplanchiste qui regarde les vagues en se disant qu’il serait mieux sur l’eau que chez lui.
Au loin là bas, je vois de plus en plus de voitures qui traversent l’horizon sur la route. Comme les marmottes, les gens ressortent progressivement, poussés par quelque chose d’intrinsèque, de plus fort que “l’ordre social”. Le dé-confinement n’est pas encore annoncé par ceux qui auraient dû le faire s’ils étaient raisonnables, que déjà les Français sont dehors. Désobéissance naturelle. Assumons ce que nous sommes: être déconfinés plutôt que des …is.
Comment tenir jusqu’à la mi-Mai ? Même si les sinistres apôtres de mauvaise augure continuent de brandir la menace apocalyptique d’une deuxième (et pourquoi pas une troisième) vague d’épidémie, les gens ont bien compris que tous les chiffres confirment qu’on est passé de l’autre côté de la montagne d’angoisse.

Nos filles ont envisagé de repartir à Paris la semaine prochaine, retourner à leur vie de jeunes femmes ; je devine poindre les lueurs de la nostalgie : – Ah c’était bien le confinement, tu te souviens ?
– Le temps hors du temps…
– Les enfants près de nous.»
Au fond cette situation de confinement ne me déplaisait pas.
Si différents que nous soyons les uns des autres, pourtant se sentir entouré des miens, était plutôt chaleureux. Manquait peu de choses pour qu’on soit vraiment heureux. Presque rien… Presque rien.

Quelle qu’ai pu être l’épreuve des trois premières semaines ( pour le moins épique en ce qui me concerne…), égoïstement, je me dois d’admettre que je n’ai jamais vécu de plus beau printemps !

CharlElie
21 Avril 2020