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Confesse Book

375 – Distance de sécurité réglementaires

Distance de sécurité réglementaires, derrière une écharpe ou sous un bonnet, à mains nues ou avec des gants, chacun fait ce qu’il peut voire n’importe quoi pour se protéger. Bien sûr que les gens sont sincères, mais à quoi servent ces ultimes précautions ? Désormais Covid19 a franchi le bouclier, ce virus mutant est partout. Nul doute que nous avons été pénétrés, comme des centaines de milliers d’autres. Le test on line expliquerait l’état “grippal” des deux sexagénaires que nous sommes, mon double et moi-même. Peu d’appétit, le nez bouché façon rhume des foins, courbatures, agueusie, mal partout, la nuque raide, les yeux luisants, gorge sèche et nausées pour moi. Sans parler des poumons qui voudraient me faire tousser le soir, mais heureusement peu de fièvre. Ça va, ça vient. Ça s’en va, ça revient par séquence.

Pourquoi s’alarmer, à défaut de traitement, les autorités ne suggèrent comme seul remède que de rester chez soi. Sans parler d’un hypothétique vaccin, seul le traitement de l’Hydroxychloroquine contre le palus semble faire effet, (réservé aux hôpitaux).

Mon double se sent mieux que la veille. Ça me rassure. Moi c’est un jour sur deux, un jour sur trois. Heureusement que la belle lumière du matin me ragaillardit. Je veux croire qu’il en faudra plus pour me dégommer. Pourtant, je viens d’apprendre le décès de Manu Dibango, que je connaissais bien depuis longtemps, octogénaire Manu était pourtant un colosse, un pilier de la musique. Lui, le saxophoniste, l’imaginer partir en manque de souffle me rend triste. Il n’aura pas les funérailles dignes de l’hommage qu’il aurait mérité…

Je fais le dos rond comme le pangolin pourchassé pour ses écailles et sa chair jusqu’au plus profond des forêts tropicales, j’attends le pic, ce fameux pic de l’épidémie, prêt à dézinguer le pays. On craint ce pic, mais le pic ne vient pas. Comme la météo, rien de vraiment certain. On nous l’avait promis pour le week-end dernier, désormais il est repoussé de quelques jours. Au fond ils n’en savent rien. Et si le pic ne venait pas ? Alors on dirait que les mesures prises ont fait leur effet. Et maintenant dans les Ehpad, les vieilles vies cèdent le pas, ils s’en vont vers le grand ailleurs, isolés, par grappes, une vingtaine à Cornimont dans les Vosges. C’est à la limite du sordide, digne des films d’horreur.

Manque de re, manque de cul, manque de recul pour analyser la situation. Les décisions se prennent à l’emporte pièce, au plus offrant. Prises de paroles polémiques avec une surenchère de mots d’épouvante. Cette crise est l’évidence d’une incapacité à gérer le monde, parce que le monde est tout simplement ingérable.

D’un côté on te dit d’aller travailler, de l’autre on te dit de rester chez toi… Grosse pagaille généralisée, souffrance panique, la barque de la civilisation dérive à vau-l’eau.

Le premier ministre vient d’annoncer qu’ils vont prendre des mesures encore plus sévères pour durcir le confinement. Ça fait peur. Fermeture des marchés et les épiceries qui doublent les prix, amendes de plus en plus sévères pour les joggers récidivistes, 78€, 135€ et même jusqu’à 1000€, pourquoi pas 20.000, tant qu’on y est? Les joggeurs ne sont sûrement pas les plus dangereux!

En même temps une enseigne de la grande distribution envisage une prime de 1000€ pour ceux de ses salariés qui viennent travailler. Quand je pense que l’année dernière le patronat et le gouvernement chipotaient pour des augmentations minables du smic.

Les reproches au sujet de la pénurie de masques sanitaires sont l’expression d’un mal-être profond, un prétexte pour crier une détresse de toutes les professions qui se sentent sous-évaluées (infirmiers, éboueurs, vendeuses, livreurs, artisans…), celles qu’on bombait lacrymo il n’y a pas si longtemps. Pourtant si le pays continue de tourner même au ralenti, c’est bien grâce à eux, si souvent méprisés. Après un an de gilets jaunes à défiler dans la rue pour tenter sans succès de se faire entendre, on s’aperçoit enfin qu’ils sont une pièce essentielle de la charpente sociale.

CharlElie COUTURE

24/03/2020