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Confesse Book

47 – Take US

Belle journée aujourd’hui à New York, où je suis rentré l’âme en paix. Sentiment d’un devoir accompli. Au Guilvinec, à Bruxelles, à Epinal, Marseille ou Paris, en trois semaines et demie j’ai fait bcp de choses, tant visuelles que musicales. Croisé aussi des gens venus d’univers variés. Je les ai trouvés moins stressés que lorsque la France était dirigée par le nantais hautain qui précédait l’aficionado au même poste de Premier Ministre.
Remises en question et déstabilisation, rien n’est réglé, certes, mais quand même y a clairement un mieux.
Bon, les joutes verbales remplies de contradiction et de paradoxe animent toujours autant les conversations, à croire que les gens aiment ce malaise du déséquilibre. Les bavards ont toujours eu besoin de la controverse ; sinon ils s’ennuient. Beaucoup d’orateurs avocats et de commentateurs polémiques pensent que le jeu de la critique stimule l’esprit comme les bulles dans le soda. L’allégorie B.D. du « Gaulois irréductible » leur plaît bien. Même si 90% pensent comme ça, ils défendent le droit à l’exception; cette fameuse exception qui confirme la règle.
Le contre-chant des conversations ronronnantes le brouhaha des débats de chaires, fait partie du paysage hexagonal; alors c’est plutôt reposant de prendre un peu de distance par rapport à ces querelles d’experts intellectuels armés de grenades rhétoriques chargées de la poudre aux yeux d’un savoir théorique.

J’avais peut-être 20 ans quand j’ai choisi de ne pas entrer en politique, pourquoi les anciens sportifs se voient-ils tous devenir ministre des Sports? Moi je suis entré dans l’Art comme d’autre entrent en religion, ou plutôt j’ai forcé les portes comme les marchands sont entrés dans le temple, par effraction de façon “ainsi-dieuse”.

Après le concert de la Gaité les gens avaient du mal à partir.
La fille d’une amie Américaine s’est faufilée pour me féliciter. Dire que je l’ai connue toute petite… Après m’avoir quitté, ladite petite envoyait un SMS à sa mère :
– C’était top, mais y avait pas beaucoup de « portables »…
– Qu’est ce que tu entends pas là ? lui demande sa mère
– Ben, tu vois quoi, c’était surtout des gens de ton âge…
C’est vrai qu’il y avait beaucoup d’amis dans la salle, mais pas seulement. Il y avait aussi de la presse et des gens d’influences qui n’étaient pas tous initialement acquis à la cause comme on dit. Pourtant le feu a pris.
Quelqu’un m’a dit en sortant: « c’est quand même magique, vous avez le pouvoir de réunir les gens. « Dans le sport et dans l’Art il n’y a plus les mêmes clivages de la vie et les tranchées qui séparent les classes sociales, chacun sur le même tempo au rythme du cœur battant. »

Et voilà je retrouve ma routine de la galerie. Hier j’ai vu, une Allemande un Argentin, un Francophile du Bronx, et trois Canadiens venus de Calgary et une avocate qui m’avait contacté sur Linkedin…

Dans quelques jours je participerai au projet « Take Us » lancé par l’artiste Alex Tréma. Encore une manière différente d’aborder le Street Art…
L’idée est simple, généreuse: Alex a demandé à une vingtaine d’artistes, de faire une œuvre qui sera mise dans une enveloppe, (pour ma part: un dessin) qui sera accrochée à Paris de façon aléatoire ou dans des endroits choisis. Quiconque trouve l’enveloppe peut la décrocher, et la garder, son contenu lui est offert. On demande juste à celui qui a trouvé ladite œuvre, de prendre une photo de l’œuvre mise en situation et de lui transmettre cette photo. Créer un lien entre l’émetteur et le récepteur et rompre avec la « problé-matrice » de la valeur de l’Art. « Si tu veux, tu peux la prendre. » L’œuvre est offerte au hasard, laissée au vent, comme une semence de rêve, elle peut polliniser l’imaginaire de n’importe qui. Un geste gratuit.
Alex a déjà fait cela à New York, à Londres ce sera donc à Paris les 16, 17 et 18 Mai.
Une sorte de chasse au trésor, une collecte artistique un peu spéciale.
De l’art à l’air
Libre.
Here is art.

La question de la gloire, de la reconnaissance, et surtout celle de la valeur de l’Art obsède les profanes. La gratuité est à l’opposé des vérités qu’ils ont apprises. Les matérialistes considèrent que la valeur numéraire définit une valeur morale. Mais les préoccupations de l’argent et la notoriété sont des fausses questions, il s’agit de conséquences, le fruit est le résultat du travail des branches…

Dans le calme relatif d’une 36ème rue New Yorkaise, tout seul à mon bureau, la porte ouverte sur le printemps, je réponds aux nombreux courriels enthousiastes que j’ai reçus.
Je crois que j’ai hâte de retrouver les équipes en Juillet…

® CharlElie – Mai 20XIV