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Confesse Book

360 – Césars 2020

Depuis que j’ai comme chaque année, et comme 4.313 professionnels du 7e art, reçu la boîte contenant la centaine de films proposés pour les César, je conviens que mes soirées ont été longues et mes nuits écourtées. Car je les regarde TOUS, et ça prend du temps, beaucoup de temps. Certes, il m’arrive d’accélérer la vitesse de lecture ou d’interrompre le film quand je comprends que décidément celui-ci ou celui-là ne m’est pas vraiment adressé. Néanmoins, je les prends dans l’ordre alphabétique, un par un et je les regarde TOUS, en m’obligeant à dépasser mes aversions ou avis préconçus concernant tel réalisateur, tel acteur ou actrice, ou même tel titre ou affiche peu alléchant… Quand j’habitais à New York à plein temps, ça me permettait de garder un lien avec la France. Depuis que j’ai été nommé pour « TchaoPantin », j’ai vu défiler les thématiques liées aux préoccupations sociales du moment. Cette année peu de thrillers, peu de comédies légères, peu de films d’action ou d’aventures, mais beaucoup de « paroles paroles » à longueur de dialogues plus ou moins bien écrits pour des relations amoureuses compliquées, mais aussi beaucoup de films inspirés par la pauvreté misère, et beaucoup ayant « les vieux » comme sujet principal ou leurs maladies / Alzheimer ou leur héritage, des films sur l’angoisse des quincas poussés vers la sortie, sur la question de la radicalisation religieuse et l’influence de l’Islam, sur les problèmes liés à l’éducation ou les crises d’egos en proie à l’envie d’exister d’une manière ou une autre)…
Aujourd’hui la première sélection a été rendue publique et je constate encore une fois à regret qu’elle se limite à ne citer qu’un nombre très restreint de films, en gros toujours les mêmes… à croire que les électeurs n’ont pas fait l’effort de regarder en dehors du faisceau éclairé. En communication, une seule règle d’or : qu’on en dise du bien, qu’on en dise du mal, mais qu’on en parle ! Comme dans tous les domaines, (même en politique…) certains savent prendre la lumière et se mettre en valeur, fanfaronner, blaguer ou sourire beau, quand d’autres plus inhibés ont de la difficulté à se faire voir. Ce qui est certain c’est qu’il n’y a aucune corrélation entre la campagne de promotion dont un film a pu bénéficier, et la qualité dudit film. Victoires de la musique, Prix des médias, 7 d’or ou Globe de cristal, Molières, Oscar ou César, le principe même de ces récompenses est injuste. Bien sûr on peut considérer que les films sélectionnés ont tous une « bonne » raison d’être là où ils sont, mais je regrette le peu de propositions, le cercle fermé. La création artistique dans son ensemble est un iceberg, 90% sous l’eau.
Comment a-t on pu oublier : « Une intime Conviction », le film réalisé par Antoine Raimbault avec Marina Foïs et l’excellent Olivier Gourmet, ou le film « Celle que vous croyez » de Safy Nebbou avec Juliette Binoche et François Civil, et « Duelles » ce remarquable film Belge intrigant d’Olivier Masset-Depasse.
Si ce n’est le prix du grand César, d’autres films auraient mérité « d’appar-être » nommés, soit pour le scénario, l’adaptation de, pour le montage ou la musique… Je pense à “La vie scolaire” de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, à « Trois jours et une vie » à la fin ambiguë, à Cluzet dans « Nous finirons ensemble » de Guillaume Canet, ou encore Olivier Gourmet dans « Ceux qui travaillent » (Olivier Gourmet l’un des meilleurs acteurs Français/Belge qui grandit chaque année), Jérémie Régnier dans « l’Ordre des médecins », Benoît Magimel dans « Lola la mer », ou même Pio Marmaï dans « Mais vous êtes fous ». Beaucoup de très bons premiers films cette année dont « le Chant du loup », « Nevada » ou « Sympathie pour le diable », ou l’originalité du scénario de « Zombi Child » voire même le « trop » crédible « Mon frère » de Julien Abraham… ou l’adaptation d’« Un monde plus grand » avec Cécile de France, une fois encore le très réussi « Gloria Mundi » de Guédéguian, l’humble « Invisibles », l’amusant « Rebelles » et j’en oublie qui m’ont ému …
Mais pour trouver ces autres perles, il faut sortir de champ d’attraction des idées toutes faites et des ronds de jambes “à la parisienne”, prendre le temps, partir à la cueillette. Les chasseurs cueilleurs n’ont plus le temps d’autre chose que de se gaver dans les grandes surfaces.
Ah le temps…
Ça c’est encore un autre scénario… haletant.
Là dessus bonne journée à vous, avé ou sans couronne de laurier.

CharlElie
Janv. 2020