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Confesse Book

358 – la différence entre le cadre et le tableau

Voici venir le temps du grand capharnaüm, celui des invendus de Noël, celui de la honte des cadeaux ratés. D’un côté les retours, les « j’en veux pas » des insatisfaits qui refourguent pour trois fois rien chez “Cashconverters” des trucs et des machins que d’autres ont mal choisis pour eux, de l’autre les braderies de Janvier dans la famille “pour le commerce, il faut que ça tourne”, “envisageons d’ors et déjà le printemps”. Solde Up! Hold Up!
Comme si le Black Friday de mes deux, n’avait pas suffit… Allez hop on jette les choses, les vêtements, les ustensiles à la curie de la consommation: quand c’est vieux on s’OLD!
Broyage, broiement, cassage, écrasement, aplatissement, laminage des prix. Plus rien n’a de valeur. Et c’est comme ça qu’on met l’humanité au pilon. La tête sous le concasseur. Même le Yémen s’est lancé le défi de faire des tissus de coton. Ils plantent à tout va et les salariés se battent pour être payés 20€ par mois. Dix fois moins qu’en Chine… Tout ça pour quoi ? Pour que nous achetions plus, afin de mieux les jeter. N’importe quoi !
Qui parmi les privilégiés que nous sommes, informés et conscients des dangers du réchauffement climatique et des cataclysmes qui en découleront, qui parmi les écologistes urbains répare ses chaussettes ? Change un bouton, cire ses chaussures ? On fait même exprès des trous dans les jeans neufs ! On se formalise de l’obsolescence programmée. On jette des horloges quand la pile est morte. On ne s’attache plus à rien. Mis à part son cercle de proches complices, c’est chacun pour sa pomme. Solidarité pour les retraites ? Quelle solidarité ? Les flics ont eu ce qu’ils voulaient quasiment sans combattre, du coup ils sont d’accord pour te taper dessus si tu contredis le Pouvoir! C’est comme ça. On ne s’intéresse plus à personne. Et même plus à sa propre histoire qu’on réinterprète en la trafiquant au gré des modes.
Cette histoire de pédophile de Matzneff en est l’illustration. Son attitude hautaine voire même péd…ante m’ont toujours horripilés et son style d’écriture ampoulé et vieillot ne sont pas de ceux qui m’émeuvent, mais fallait-il ressortir cette interview à Apostrophe, que tout le monde avait oubliée depuis 1990? Bien sûr l’auteure Vanessa S. qui a rendu publics ses souvenirs d’amours adolescents déphasés / dérangeants / dérangés dans un livre dont elle a assuré la promotion, mais n’y a t-il pas une vraie fraude intellectuelle à juger ces archives comme s’il s’agissait du présent ?
À force de ne plus connaître l’usage de la déclinaison des temps (passé simple ou passé composé, imparfait ou plus que parfait…), sommes-nous devenus crétins, idiots, débiles au point de ne plus être capables de remettre les événements dans leur contexte ?!
Il y avait eu cette histoire louche de David Hamilton qui a choisi de mettre rapidement un terme à la polémique en se suicidant, de même on continue de lapider Polanski à chaque sortie de film (a fortiori s’il s’agit d’antisémitisme), de même Elvis Presley, Claude François ne s’étaient pas gênés pour dire leur attirance pour les jeunes filles, de même le peintre Balthus avait peint une certaine jeunesse trouble, et puis aussi Jean Claude Brisseau…
Qu’est ce qui est admissible – inadmissible ? Faut-il revenir à la censure et interdire l’expression de témoignages contraires à la Morale? Ceux-ci doivent-ils être contraint au silence, au murmure sous le manteau.
Sans pour autant absoudre, reconnaissons qu’il s’agissait d’époques dont les habitudes sociétales étaient différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui. Le rapport homme/femme, parent/enfant, dominant/dominé, le rapport à la parole, les jeux de l’amour, la découverte de la sexualité, (et des moyens de contraception), le goût pour les confessions médiatiques, la gourmandise pour les informations pimentées à travers les faisceaux de moyens de communication, tout cela est très différent aujourd’hui de ce qu’il était il y a trente ans.
On connaît la cruauté des jugements de la foule en délire, la sévérité des commentaires démagogiques à l’emporte-pièce, et pour autant est-ce que le châtiment de ceux qu’on a désignés comme coupables, est-ce que les punitions, les tortures expiatoires, les flagellations,les incarcérations du Marquis à La Bastille, les pendaisons à Kaboul ou le bûcher des sorcières, ont jamais fait disparaître le « Mal »?
Est-ce qu’on peut raisonnablement penser qu’il existe aujourd’hui un pourcentage moindre de jeunes filles (ou garçons) fantasmant des relations avec un adulte, ou de jeunes garçons rêvant de sexe « cougars » ?

Je suis d’accord avec le papier de François Morel qui suggère qu’on fasse la différence entre le cadre et le tableau, et plus encore avec l’avis de Thomas Legrand qui incite à se poser la question de savoir lesquelles parmi nos pratiques actuelles seront considérées dans trente ans comme abjectes, honteuses inacceptables.
Trente ans, t’imagines…
Aujourd’hui on sait que c’est très loin, trente ans et pourtant…
Si nous sommes toujours là pour en parler est-ce que dans trente ans la plus honteuse de nos pratiques ou habitudes sociétale actuelles (aujourd’hui encouragée par les consortiums capitalistes), e sera pas cette surconsommation des matières premières et des énergies vitales, qui amène partout où elle passe à la fois la tristesse et la désolation.
Alors on peut bien enterrer ledit vieillard écrivain sous des tonnes de détritus, ce qui me choque moi, c’est la taille gigantesque de ce tumulus!

CharlElie COUTURE
Janvier 2020