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Confesse Book

45 – L’intime du team…mortel.

Il fait beau sur Epinal au lendemain du second concert de ce qui sera la tournée accompagnant le disque « I m M o r t e l » dont les communicants ont souhaité repousser la sortie au 15 septembre.

Salle archi pleine. Certains spectateurs étaient venus de (très) loin pour assister à la première qui inaugurait en même temps “la Souris Verte”, un nouvel endroit multiculturel dans lequel on s’est installé en résidence plusieurs jours afin de faire la mise au point du spectacle. Réviser l’ordre des morceaux, préciser un détail d’arrangement, faire construire un carénage pour le piano, peindre ce qui devait l’être, installer les bâches du décor, mémoriser les éclairages, caler les échos… Il fallait bien quelques réglages avant que le moteur ne se mettre à vrombir version compétition.

C’est une chose d’être un artiste isolé, vivant dans un atelier les affres du doute de la création, en alerte, à l’écoute du moindre frisson d’inspiration, c’est autre chose que d’être soi-même, assumant sa part de responsabilité fondue dans le creuset d’une équipe.

Fils de cuivre, sœur en fer, tête de plomb, surfer d’argent, étain allumé, mercure qui perdure, oui, chacun de nous a son propre métal. Le travail d’équipe est un alliage. Il y a les duels des sports indivi-duels, et les afters des sports Co avec des debriefs qui s’étirent jusqu’au petit matin…

Techniciens, musiciens, production, une douzaine de personnes compose le crew de cette tournée. Un team Mortel que je retrouve ici après trois ans de break ! Quelques nouvelles recrues sont venues régénérer la brigade, mais pour la plupart il s’agit de professionnels baroudeurs que je connais bien ; un team choisi dont les acteurs ont une es« team » réciproque.

Paco le régisseur fédère les équipes. Fils d’émigré Espagnol, il a un vrai savoir-faire diplomate. Il a d’abord été le régisseur du mime Marceau pendant vingt ans, et puis après les spectacles du silence, il est passé côté musique. On avait déjà travaillé ensemble il y a des années sur la tournée « 109 ». Mais vu qu’il est polyglotte, la production l’avait affecté aux concerts internationaux (dont ceux de Yuri Buenaventura). Je suis content de le retrouver. Aujourd’hui il travaille avec sa fille Lise, qui a su rapidement s’intégrer au reste de l’équipe.

Mitch et Fifi forment le duo qui me sonorise depuis 2001. Thierry Roland et Jean Michel Larqué, Roux et Combalusier, Dupont-Dupond ou Blues Brothers, Rolls et Royce ou Blake et Mortimer, l’un ne va pas sans l’autre, les deux font la paire. Fifi est au milieu du public, il fait le “son-salle”, Mitch est sur scène, auprès de nous; il s’occupe de ce qu’on appelle les retours. Sa tâche consiste à faire les mixes spécifiques à chaque musicien. Toutes les salles sont différentes, chacune d’elles nécessite un réglage spécifique qui tient compte des échos, des fréquences qui tournent, des réverbérations ou des départs de larsen. Mitch, c’est mon oreille. Il sait ce que j’ai besoin d’entendre pour être à l’aise, (il m’est arrivé même parfois de monter sur scène, chaussant les earphones et sans même avoir fait les balances confiant dans ce qu’il avait préparé.)

Ce que les spectateurs écoutent s’appelle le “son-salle”. Ça, c’est le job de Fifi, un autre caïd qui a une longue histoire et une grande expérience d’ingé-son capable de sonoriser ou amplifier tant les discours d’hommes politiques, que des orchestres philharmoniques ou des chorales africaines ou des groupes de rock. C’est lui qui mixe nos instruments pour la salle, lui qui reconstruit le son que le public entend.

Serge nous éclaire. Un artiste. Avec lui j’ai discuté avant de partir en tournée, sur les options d’éclairages à prendre en fonction des climats que je voulais transmettre. Il travaille aussi pour le théâtre ; il a un assistant avec lequel il goupille ses ambiances colorées qui concourent à donner du rythme et une profondeur spécifique à chaque morceau. Ses super habillages en lumière / couleurs nous aident aussi à rentrer dans l’humeur des morceaux.

Jean Paul, le backliner, s’occupe des instruments. Il installe le matériel, règle les amplis. Personnage essentiel mais discret, il se voudrait limite invisible. Il est dans son monde. Dans le noir, il vient changer ma guitare, il change une corde pour Karim en quelques secondes, ou se glisse entre les praticables pour réparer un ampli qui craque ou refixer un stand qui a glissé…

A la production, il y a celles et ceux qui font qu’une tournée peut exister, les « responsables » qui mettent en branle la caravane. Un regard perçant, déjà très aguerri, Avril a assumé très jeune ce challenge de productrice. Avec une autorité remplie de charme, elle s’occupe du booking des dates et de tout l’aspect concret de la tournée. Bien sûr il y a Annie qui me connaît « par cœur », en tant qu’éditeur, elle se charge de superviser l’organisation générale et des grandes décisions qui me concernent en collaboration, avec Pacôme Vexlard qui est devenu depuis huit ans mon manager. Inventif et créatif, solide et entreprenant, il s’efforce de trouver les moyens de rendre les choses « possibles » ; c’est grâce à lui qu’on s’est tous retrouvés dans ce confortable Manoir des Ducs, pour préparer en toute sérénité les concerts de rodage de cette avant tournée. (Petite anecdote à son propos, Pacôme est originaire des Vosges, de Rambervillers plus exactement. Il avait 14 ans quand il est venu un soir à Epinal pour assister avec son grand frère à son premier concert. C’était en 1990. Aurait-il pu croire ce jour-là, qu’il deviendrait quelques années plus tard, le manager de celui qu’il était venu voir là ? )

Bien sûr aussi, il y a ceux que l’on voit et que l’on entend. Les quatre super musiciens qui m’accompagnent: à la batterie/percussion, nouveau venu dans l’équipe Denis Benarrosh. Il a joué les parties de Drums et percu sur le disque « I m M o r t e l » produit par Benjamin. Denis a beaucoup travaillé aux Etats-Unis, il est très connu dans le métier, et je suis heureux qu’il ait accepté de partir avec nous, car il peut se permettre de choisir ceux avec qui il décide de tourner (Biolay, Cabrel… ) Je suis ravi de sentir sa pulse faire frémir mes titres.

Emmanuel Trouvé aux keyboards est aussi un nouvel arrivant. Lui il a produit pas mal de choses musicales et il a accompagné la dernière tournée de mon amie Emel Mathlouti. Je l’avais rencontré quand je travaillais l’année dernière à la composition des musiques qui seront diffusées pendant l’expo de la fin de l’année à Nancy.

A la basse Bobby Jocky qui m’avait rejoint après la tournée de Bashung, pour achever les derniers mois de la précédente tournée « Fort-Rêveur ». Lui aussi est très occupé, puisqu’il joue itou avec J. Higelin, et Brigitte Fontaine.

Enfin à côté de moi, à la guitare lead, le brillant Karim Attoumane, mon complice depuis 2005. Il a supervisé les répétitions avant que j’arrive de New York. Il est le repère des autres musiciens, il connaît tous mes morceaux pour certains même mieux que moi, et il sait interpréter le moindre de mes signes ou mouvements d’épaule. Bête de scène et virtuose du manche, c’est un vrai plaisir de jouer avec lui.

Quel que soit le nombre de mes années d’expérience, c’est toujours excitant de se sentir au début de quelque chose. Quand je vois autour de moi des amis dépérir dans une sorte de longue déprime, essoufflés dans un brouillard pessimiste, ramant dans une barque de tristesse sur un étang de nostalgie, pliant sous le poids des obligations quotidiennes et subissant le harcèlement des charges d’une administration coercitive, je me dis que j’ai bien de la chance d’avoir pu partir pour ne pas me laisser moi aussi souiller par les pensées noires. Oui partir pas en vacances, mais partir pour me réaliser, partir pour respirer assez et ne pas m’asphyxier; oui partir, quitte à mieux revenir, certes lesté de quelques mauvais kilos mais pourtant l’esprit léger… encore vert!

Encouragé par des spectateurs fidèles et enthousiastes, on a joué les deux soirs à guichets fermés. Je sais maintenant à quoi ressemble ce spectacle que j’imaginais depuis des mois. On a une base de lancement solide pour faire décoller l’aéronef, en cette période de Pâques on entend résonner les cloches qui appellent à l’amour, en ces jours de Pessah, on se sent même si téméraire qu’on pourrait quitter la berge et traverser la mer !

® CharlElie – Avril 20XIV