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Confesse Book

44 – Tant de verres

Un p’tit whisky breton Glenn Armor, puis un Pomerol 2006, un café breton, et un vieux Calva hors d’âge et goûte ça aussi c’est un  cocktail maison… A chaque fois je me laisse prendre. D’abord je refuse, ils insistent, j’accepte. Pour goûter, par curiosité d’abord, et puis par gourmandise ensuite.  Résultat : mal à la tête. Aujourd’hui c’est un peu moins «  grave », c’est le train qui conduit …

Le dernier jour fut celui de la célébration. Comme souvent, la peinture n’était pas sèche quand les huiles arrivèrent. Pour marquer le coup, on avait organisé un pot. Soleil couchant, se rencontrer un verre à la main, répondre aux questions, prendre des photos.

Etaient présents les partenaires de la chambre de commerce, le directeur du port et celui de la Criée du Guilvinec, ceux qui ont sponsorisé l’événement ; et puis aussi le nouveau maire fraîchement élu, édile sorti des urnes comme le poisson sorti de la mer.

– Qu’est-ce que vous avez voulu dire ? Pourquoi ces sortes de… comment dire, des êtres rouges sans yeux, sans bouche, ni nez ?

– Contrairement aux contrôlés du conscient, je ne comprends ce que je fais qu’après l’avoir fait. Je suis venu pour me surprendre. Faire de l’Art c’est accepter “l’in-contrôle “. Disons que j’ai joué avec les éléments … J’avais dans la tête des extra-terrestres, des gens qui vont plus loin que le bout du monde…

Neuf portraits intérieurs que je voulais rendre vivants. Sans anecdote.

Peindre avec de la peinture de bateau sur des voiles de bateau tendues sur châssis. Une expérience nouvelle, je ne savais pas où cela pouvait me mener.

Les couleurs sont comme les sons. Il y a ce que signifie les notes et leur mélodie, mais aussi ce que signifie le timbre d’un instrument. Itou pour le ressenti d’un tableau qui vient du mélange  entre l’image représentée et le support sur lequel on regarde cette image autant que la matière. On parle beaucoup du dessin, mais une couleur évoque quelque chose par elle-même. J’ai mis quelques jours à comprendre comment travailler, utiliser, diluer ces peintures très couvrantes.

C’était de la haute voltige, il fallait agir vite. Faire l’acrobate « sans filet », un comble quand on bosse dans le premier port de pêche artisanale.

Si chaque tableau est une énigme, les artistes sont des Sphinx. Les dessins que j’avais préparés avant de venir ne collaient plus une fois sur place. J’ai mis quelque temps avant de trouver une solution, jusqu’à découvrir ce bel orange fluo…

Ensuite nous avons, mon ami Laurent Methot et moi, conçu une installation à partir des éléments (ficelles, traîne, mailles de couleurs variées, bouts, boule, morceaux de bois, silex) qu’il ramasse quotidiennement, tel un éboueur artiste. Trois grandes sculptures faites d’assemblages hétéroclites, et trois autres plus petites pendues aux murs.

Ce projet d’exposition est issu de l’amour gourmand que Laurent a pour cette ville, cette région.

L’Art est une quête individuelle, c’est rare de trouver un partenaire avec qui il est possible de concevoir quelque chose comme ça à partir de rien. Malgré ou grâce à l’urgence avec laquelle on se devait d’agir, nous y sommes néanmoins arrivés dans un climat plutôt joyeux et assez rock en roll.

Courir contre la montre. Monter sur le toit, pour accrocher des drapeaux, bouger un échafaudage ou le démonter, passer une couche de blanc sur un panneau, ou aller chercher ceci ou cela qui manque, toutes ces choses obligées cassent le rythme et font perdre du temps. Le résultat d’un travail d’équipe. David et Fred nous ont bien aidé. Fred avait déjà collaboré à l’élaboration de l’exposition des cent sculptures présentées à la Factory / Beaucourt, il y a deux ans.

On a fait quelque chose ici hors norme, très différent des sempiternelles expos photos de bateaux de vagues… Le résultat en surprendra plus d’un.

Cette installation-exhibition restera ouverte de mi Mai à la mi Septembre au bout de la passerelle de Guilvinec sur laquelle ils m’ont dit attendre 400 000 visiteurs et touristes venus voir les manœuvres ancestrales des chaluts rentrant au port en fin de journée pour décharger leur cargaison de produits de la mer. Dans une sorte de frénésie, on y voit les jeunes marins fébriles en déchargeant leur cageots de langoustines, et les anciens qui donnent un coup de main en poussant les chariots, on entend des voix qui hurlent, on respire un mélange d’odeurs fortes où se mêlent le mazout des moteurs, l’iode dans les fibres des filets ou les algues, les poissons et crustacés… Un spectacle en soi, rempli de gravité et d’excitation.

Dans le train qui roule d’Ouest en Est, je me dirige déjà vers une nouvelle aventure,

Et quelle aventure !!!

 

® CharlElie – Avril 2014