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Confesse Book

299 – Même pas sommeil

Dans quelques jours sortira « Même Pas Sommeil » mon 23ème quelque chose… Avant j’aurais dit 23ème disque, puis mon 23ème CD ou mon 23ème album mais aujourd’hui je peux dire quoi ? Ma 23ème Play List ? Oui, c’est ça, aujourd’hui on n’enregistre plus un nouveau disque, on enregistre une nouvelle Play List…
Dévitalisé, non. Digitalisé ? Oui.
Le film MATRIX était prémonitoire. On vit d’ors et déjà dans un monde numérique construit sur des calculs de probabilités, des systèmes codés, des sites de rencontres et des conf’ call virtuels, des modes d’emploi tutoriaux, des schémas et paradigmes brassant de la poussière de chiffres.

Je reconnais volontiers que je suis né avec les objets. On fabriquait des choses qu’on s’efforçait de vendre. Chacun essayait de faire au mieux en fonction de son talent et de son savoir-faire. Les uns développant le fond d’autres la forme, mais à l’arrivée on avait quelque CHOSE dans les mains. Aujourd’hui l’idée suffit. Le concept suffit. Un film se résume à son pitch, et une musique à son usage… Certes les industries continuent de surproduire des milliers de tonnes de gadgets inutiles dans un cauchemar de consommation, pourtant la virtualité a déjà pris le pas sur la réalité…
Si la génération 68 a marqué la rupture, la scission (pour ne pas dire la révolution) avec le monde ouvrier trop « lent » qui l’a précédée pour être remplacer par celui des machines terriblement plus productives, la réalité du temps saisonnier a volé en éclat avec Internet. Comme disait mon ami Yves Bigot « l’équilibre qu’on avait cru trouver n’a pas tenu plus d’une génération.» À peine trente ans après, on est déjà passé à la révolution de l’intelligence artificielle, celle des robots “efficaces” qui prennent le pouvoir un peu partout.
Ah! L’efficacité rentable, une obsession, les dirigeants n’ont plus que ce mot à la bouche: l’efficacité à tout prix quitte à se sacrifier pour elle.
Si « inhumain » que cela soit, c’est pourtant avec cette « irréalité » que les jeunes gens devront vivre. Nos parents l’ont fait avec les leurs, puis nous vis à vis d’eux et puis ce sera “notre descendance”… Comme toujours, soit on s’en satisfait, soit on tombe dans la faille. (Comme ces 18% de Français qui continuent de n’avoir aucune pratique de l’informatique; pour eux, c’est vraiment devenu l’enfer ! – D’ailleurs le président Macron, leur a bien fait comprendre: tant pis pour eux, lui il ne changera pas de politique vu qu’il a toujours raison !!! – ). Les plaques tectoniques sont désormais bien distinctes. C’est comme ça.

Alors pourquoi continuer à faire des « disques », quand nos enregistrements vont se retrouver dés le lendemain sur les plateformes de streaming ? Simplement parce que j’ai le besoin de dire ce qui me hante. C’est pour cela que je suis « artiste / poète / multiste » ou peu importe le terme choisi pour définir une activité d’expression.
La forme des choses évolue, le fond reste ce qu’il est. Je n’aurais pas écrit hier, ce que j’écris aujourd’hui.
On a toujours autant besoin de musique, et comme on va dans une station service pour faire le plein, les abonnés streament la musique où elle est. Disons qu’ils se suffisent peut-être de sa virtualité, c’est le Dream stream…
Mais bon, pour ceux qui accordent encore un peu de sens à la qualité de l’objet, sachez que la très belle photo de la pochette/jaquette a été prise par Vincent Munier. Elle représente non pas un aigle, mais un Gypaète barbu. C’est un vautour, un nettoyeur qui se nourrit des carcasses qu’il repère depuis le ciel. Au verso, c’est une photo de chevaux sauvages prise par Shaan dans l’Ouest américain. J’ai choisi ces deux images l’une pour évoquer l’idée qu’il faut essayer de prendre un peu de hauteur par rapport aux choses, et l’autre pour ce qu’elle semble être une image éternelle…
J’aurai sûrement (je l’espère) l’occasion de revenir plus en détail sur le contenu des différentes chansons qui composent cette nouvelle et 23ème playlist donc, au cours des interviews ou rencontres que je ferai avec les journalistes, – même si le rapport est parfois un peu difficile avec certains médias dont la finalité n’est pas d’informer mais de distraire, et qui considèrent (à tort) que tout ce qui n’est pas léger est juste chiant-. Pourtant il faut se méfier des généralités qui froissent tout le monde dans le même panier à linge sale, et quand on prend trop les gens pour des cons, on se retrouve aussi avec des gilets jaunes sur des ronds-points…
Bref, tout au long de sa vie, chacun cherche à se rassurer, alors qu’elles virtuelles ou physiques, je veux me persuader que mes chansons s’adressent à toutes celles et tous ceux qui me ressemblent.

« Même Pas Sommeil » . 23ème album Studio. Sortie le 25 Janvier.

CharlElie
Janvier 20XIX