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Confesse Book

292 – 300 balles

300 balles c’est beaucoup pour quelqu’un qui en gagne 120.000 ? Non mais sans blague, ou bien je ne comprends plus rien à rien, ou bien ce que dit cet homme cravaté (voir vidéo ci-dessous) et ce qu’il incarne est à gerber plus encore à l’heure où défilent dans la rue un peuple en gilet jaune, des gens issus de tous les milieux, qui bien qu’ayant une activité professionnelle doivent se damner pour survivre « tant ils gagnent peu ». J’en ai rencontré vendredi soir au Secours Populaire, ce sont des familles qui ne savent plus comment rendre festive leur fin d’année parce qu’ils sont aux abois, aux taquets, poussés dans leurs retranchements aux limites de la résistance. Leur pouvoir d’achat n’a cessé de baisser depuis l’apparition d’un Euro qui n’a finalement profité qu’aux grands groupes industriels et big datas qui ont sauté sur l’occasion pour étendre leur Pouvoir d’influence en deçà des frontières, opacifiant ainsi leur gestion et se rendant insaisissables aux impôts. Les marges desdites grandes entreprises et les salaires des patrons qui les dirigent n’ont cessé d’augmenter dans des proportions insensées, abjectes, creusant de plus en plus profond le gouffre de la fracture sociale. Les bénéfices de ces trusts financiers, pharmaceutiques, automobiles, distribution, internautiques ou pétroliers sont tels qu’ils se versent des pluies de dividendes en vous regardant avec un sourire cynique et faussement éploré, tout en vous balançant en guise de justification que « c’est la loi des marchés » et le principe du libre échange, et que la morale n’a rien à voir là-dedans… En les accusant de la rage on fait porter aux chiens la responsabilité du mal. Sauf qu’aujourd’hui c’est vrai qu’ils ont la rage. Non, monsieur le président, ils ne veulent pas le chaos, mais ils refusent d’admettre que vos amis les ont mis KO!!
Alors le symbole de ce gilet n’est autre que celui de se faire voir, faire savoir qu’on n’a plus d’autre choix que de se déguiser pour exister. En se retrouvant sans un rond aux ronds-points (voire même au plus connu de tous, celui de l’Arc-de-Triomphe) soudain, ils se reconnaissent et ils s’aperçoivent qu’ils ne sont pas seuls dans le désarrois, mais qu’ils sont nombreux ceux qui vivent dans la “presque” misère, quand aucune époque n’a jamais été aussi riche.
Alors oui, tous les laissés pour compte ont raison de penser que quelque chose doit changer, que les richesses doivent être partagées. Partagées oui, monsieur Le Maire partagées!!!
Quand on se sent envahi par un mélange de gêne et de honte, quand chacun jette l’opprobre sur ses semblables, quand il n’y a plus d’Espoir pour alimenter l’enthousiasme, quand la Joie de vivre est un leurre de publicitaire, quand on finit par ne même plus trouver en soi les arguments pour étouffer son chagrin, quand on sent chacune de ses fibres tendues, crispées, épouvantées par l’avenir, et ce contexte de ruine écologique laissé à nos enfants…
Le ministre dit : « écoutez, il serait meilleur de retirer la motion », non mais où va-t on? Si on en manque, il faut prendre l’argent là où il est : dans la poche des milliardaires et des banquiers! Qu’est-ce que cette taxe retirée sur les yachts privés? Et celle des tankers qui n’existe pas? Eux qui nous asphyxient…
Protégé par sa fonction dans l’intimité d’assemblées plénières où tout le monde se ressemble, quand ce nanti lâche de telles immondices empoisonnées à la face des abeilles qui fabriquent le miel dont il se régale, se croit-il, lui, immunisé par son statut ?
Dire que ces énarques s’autoproclament l’élite???
Et tu te demandes pourquoi ça chauffe en drame sur les Champs Elysées???
Le premier ministre s’indigne que les gilets jaunes se retrouvent là, mais entend-il qu’ils chantent la Marseillaise sur la flamme du soldat inconnu ?
Oui, il y a des casseurs venus des banlieues, des pillards qui n’ont d’autres intentions que de foutre le bordel, (et ceux-là doivent être punis) mais la grande majorité des gens qui défilent depuis trois semaines sont des gens épuisés, qui disent leur colère, comme des fruits qu’on continue de presser quand il ne reste que le zeste.
Alors peut-on en guise de soulagement juste se tourner vers l’Au-Delà Seigneurial comme on s’adresse à un Haut Responsable, un dignitaire doué d’un super pouvoir capable de résoudre toutes les énigmes, et lui dire: Pardonnez à ceux qui nous ont offensés, ils sont idiots, cruels ou inconscients…
Non, on est désormais debouts dans la boue, une glaise épaisse et bien réelle. Finies les belles paroles et les promesses antalgiques. Quand tout s’additionne, on en vient juste à se dire que le fameux Messie qu’on attendait comme un Sauveur, celui-là n’arrivera jamais, et surtout pas le 25 décembre de cette année!
En fait, au fond, si l’on déserte les lieux de culte, c’est parce qu’on doute aujourd’hui de l’utilité des prières et de la réelle influence divine!

CharlElie Couture.
Décembre 2018