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Confesse Book

272 – Re-ré-écouter

Plateforme développant elle-même des algorithmes qui proposent grosso modo toujours les mêmes programmes automatiques à leurs abonnés, DEEZER vient de faire paraître une étude qui tend à démontrer que si le jeune public écoute des genres de musiques diverses, cette curiosité ne dure pas.

Par facilité, par habitude, par nostalgie, un jour donc l’attrait pour la nouveauté disparaît, et on se met à écouter et réécouter, et re-ré-écouter toujours les mêmes choses. Ce « désintérêt » commence plus ou moins tôt. Le point de conscience varie selon les pays : vers 31 ans en Allemagne, 30 ans en Angleterre, ailleurs 19 ans même, en France, cette « agueusie auditive » ou perte du goût d’écouter autre chose, se situe globalement aux alentours de 27 ans et trois mois…

La vie professionnelle chronophage est pointée du doigt, mais pas seulement, à cela il faut ajouter les premiers soucis de la vie de famille, de même que ces 1000 « autres » choses à faire, ainsi que la perte de contact avec ceux de vos amis qui se voulaient « découvreurs de talent », ces « révélateurs » qui vous transmettaient leurs « trouvailles ».
Oui le manque temps sert souvent d’alibi. Mais le temps c’est comme l’argent, on en trouve quand on DOIT en trouver. « When there is a will, there is a wallet » dit le dicton (quand il y a une envie, il y a un portefeuille). D’ailleurs la preuve : les vacanciers ne dérogent pas à la règle eux qui écoutent plus que jamais ce qu’ils connaissent déjà.

Cette date charnière de 27 ans a vu mourir nombre d’étoiles filantes, encore elle… 27 ans, l’âge de l’acceptation de soi, et celui du refus des autres, celui de l’isolement.

Les premiers temps s’apparentent à une recherche d’identification de soi. Comme un scanner, on goûte, on renifle, on essaie, on balaie le territoire, on ratisse large en écoutant toutes sortes de choses diverses. Comme la quête d’un Graal musical pour essayer de se comprendre soi-même. Mais une fois qu’on a trouvé un terrain de confort émotionnel, on se coupe du reste du monde. On construit son château. On développe sa routine, sa « vie de château » et ce qui se passe à l’extérieur, ne nous concerne plus. Du haut du donjon, entre les créneaux, on jette juste parfois un regard lointain, limite indifférent, vers les étendues de paysage plane, celui de l’autre monde, celui des autres. En matière de musique, on n’a plus envie de rien d’autre que ce qu’on a aimé. On reste fidèle. Point final.

S’agit-il de paresse ? Peut-être mais aussi un goût naturel pour la répétition, et le refus de remettre en question ce qu’on a défini comme ses propres valeurs. Une sorte d’entrée en routine.

On croit jouer au même jeu de la vie sur un même terrain, mais ce n’est qu’une illusion. Certes on vit côte à côte, dans un même pays, sur un même territoire, mais les points de jonction entre nous sont peu nombreux : même consommation de produits industriels identiques, mêmes infrastructures de déplacement des personnes, mêmes moyens de communication, célébration de collectives d’événements victoires footballistiques ou tragédies qui engendrent l’empathie, mais au fond peu de choses nous relient les uns aux autres, (pour s’en persuader il suffit d’estimer le niveau d’ineptie des émissions dites « populaires », ou le fatras d’infos Smarties jetées en l’air, émotion forcées a micro et cette putain de démagogie des média-communicants dans le but d’atteindre le cœur du Plus-Grand-Nombre-Possible.

L’esprit d’équipe n’a de sens que pour ceux qui n’en font pas partie ! Au sein de l’équipe souvent les membres se déchirent.

Bien sûr, il y a des croisements, des couloirs, des échelles de valeur, des escaliers en colimaçon, et aussi des ponts entre les générations, mais qu’il soit de singe ou d’Avignon, de Tacoma ou de Gènes, on sait que tous les ponts peuvent s’écrouler….

Nous vivons tous dans des mondes parallèles. Chacun debout sur son plateau, chacun sur une strate de culture, chacun à son étage, avec ses illusions, ses amertumes, ses complexes et ses envies.
Je ne connais pas la finalité de cette étude de Deezer, mais le fait est que les radios proposent souvent les mêmes choses. Sans commentaire.
En voiture, pas le choix, zapper, entendre trois notes bidons zapper de nouveau un refrain festif avec des yahyah et des yohyohs et ainsi vingt fois de suite, alors finalement renoncer et s’arrêter sur une chaîne d’infos, tant la plupart des radios musicales sont désespérément conformistes / chiantes.

Pour ceux et celles blues-rockers indépendants, rocheuses et “rochieurs de diamant”, pour les poètes électriques et les agents provocateurs de plus de 27 ans qui voudraient faire fondre leur bouchon de cérumen en écoutant « un autre programme », je reprendrai en Septembre la suite de « l’ALPHA Rocks » sur la putain de radio Perfecto.

CharlElie
Août 2018.