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Confesse Book

244 – Tariq Ramadan accusé

Oui j’ai re-posté le papier de Joann Sfar. Voici pourquoi: si bien sûr je trouve que sa plume bien taillée s’envole dans des hauteurs littéraires dignes des meilleurs auteurs, au-delà de la forme, je trouve surtout qu’il souligne clairement dans cet article intelligent, un certain nombre de faits avérés concernant la double personnalité de Tariq Ramadan, un homme dont les prises de positions théo-idéologiques radicales et fondamentalistes semblaient comme filtrées par une présentation partisane et complice. Les médias sont elles excusables? Oui, on fait des choix, oui on refuse de voir certaines choses, oui, certaines phrases sont impossibles à entendre. Mais comment ne pas se laisser influencer par l’aspect charmeur de ce bel homme à la barbe bien taillée qui n’en disait pas moins des choses insensées ? Perché sur une branche de son grand arbre généalogique égyptien (petit-fils d’un des fondateurs des “Frères Musulmans”), sous le couvert de son titre bien en chaire, habillé de sa robe universitaire -ou plutôt sa “jubba” de professeur à Oxford-, Tariq Ramadan pouvait proférer toutes sortes de phrases éhontées, ses propos s’en trouvaient adoucis, floutées, par une brume d’appréciations fascinées bienveillantes.

Pour le plaisir de la polémique, les programmateurs l’invitaient régulièrement comme on fait venir une star(lette) pour animer un plateau. On le présentait comme un « penseur islamologue », faisant de lui l’homologue alternatif chargé de donner la réplique musulmane aux « autres » intellectuels. Ainsi les responsables des programmes se justifiaient en disant : « nous sommes libéraux, il n’y a pas de pensée unique et nous sommes en droit de considérer que les juifs n’ont pas le monopole de la pensée »-.

Alors enveloppé sous une sorte de papier de soie, présenté comme un cadeau, on voyait Tariq Ramadan apparaître fièrement, auto satisfait, sûr de lui et de son pouvoir de séduction. Il semblait quasi exclu de s’offusquer quand pourtant il tenait des propos violents, radicaux, intégristes, défendant notamment la lapidation ou justifiant le fait de battre sa femme. Il était beau comme un sultan, et cette beauté entretenue comme une armure vernie, servait à camoufler la réelle personnalité d’un habile manipulateur, désormais inculpé de “viol et de maltraitance sur personne vulnérable”.

Présenté aussi comme un bouc-émissaire, voire même comme un « martyre » par ses fervents fidèles et coreligionnaires obnubilés, il faut beaucoup de courage à ceux qui osent le traiter pour ce qu’il est.

S’il vient à être démontré que ce type a commis un certain nombre de délits, il me semble pourtant seulement normal qu’il en subisse les conséquences pénales prévues par la loi.

Mais bon, rien n’est jamais simple quand il s’agit de personnages ayant à voir avec la religion. Ce sont des batailles de stéréotypes dont on a du mal à comprendre le fin mot, comme lorsqu’on a vu la semaine dernière, le dénommé Jawad Benboudaoud, dealer de drogue et logeur des terroristes assassins du Bataclan, ressortir libre du tribunal, relaxé, relax.

Tariq Ramadan peut dormir tranquille en prison, il sera lui aussi libéré.

Le seul poids dont on ne peut pas se défaire, c’est celui de sa conscience,

mais vu ce qui lui est reproché, je doute simplement qu’il en ait une.