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Confesse Book

231 – Plaisir partagé

Dans ces trains qui m’emmènent d’une ville à une autre, je lis les journaux. En ce moment, difficile d’échapper aux articles assortis de détails croustillants qui couvrent à pleines colonnes les frasques d’Harvey.
Or donc il se trouve que ce producteur de cinéma dont l’extraordinaire réussite faisait fantasmer des milliers de gens, s’appelle Weinstein. Il est certain que la formule « dénonce ton porc » clairement anti-casher est d’autant mieux trouvée quand on veut faire mal…
Ainsi vingt ans plus tard on découvre qu’Harvey « Vin-de-pierre » le grand financier de films dans lesquels jouaient (entre autres) des jeunes actrices, huilait avec son même argent les serrures des caisses du parti Démocrate, tiens tiens. Mais nonobstant l’aspect politique du problème un peu complexe, la perversion sexuelle dudit H.W. était exhibitionniste. D’après les témoignages qui affluent, ça faisait bander le gros Harvey de se montrer nu, voire même de se masturber devant des jeunes filles qui l’avaient suivi dans sa chambre. Agissant ainsi Harvey faisait honteusement comme tous ces cyniques nababs qui abusent ainsi de leur pouvoir et de leur position dominante pour tenter d’influencer les décisions intimes de personnes fragiles qui craignent que leur destinée ne dépende de ces mêmes sagouins.
Certes il est normal de considérer que ces comportements puants doivent être condamnés eux qui sont une atteinte à l’honneur des êtres qui doivent pouvoir faire leur choix en leur âme et conscience. Pour autant, quelle que soit la position sociale de l’accusé, qu’il soit politicien, industriel, chirurgien ou metteur en scène, jeter quelqu’un en lapidation sur la place publique via Twitter sans autre forme de procès que la dénonciation, je trouve ça tout aussi injuste ! Non pas qu’il faille rester silencieux face aux gestes abjectes de tarés influents, mais parce que c’est le rôle de la police d’entendre les aveux, et celui de la justice que de décider de la sentence. Reconnus coupables d’avoir diffusé des infos calomnieuses, les journaux ou médias publient les correctifs et les mea culpa mais en caractères minuscules et personne ne les lit. Et l’effet de ces errata est bien loin du tord qu’ils ont causé. Vous me direz que David Hamilton avait fait son temps, et nul ne sait à qui son suicide a fait de la peine…Peut-être. Il n’empêche que cette affaire H.W. révèle une réelle fracture dans notre société.
D’un côté un retour des ligues de morale qui fleurent la néo-pudibonderie façon téton-phobie sur Facebook, et la réapparition de la censure dans les expos d’Art sous prétexte de heurter la vertu de candides visiteurs, de même que les virulents puritains opposés au mariage pour tous, défilaient hier dans la rue en levant sur des manches à balais l’effigie de ceux qu’ils honnissent en défendant sur fond d’intégrisme inflexible la même idéologie rétro-conservatrice que les « zyva » criant dans les cités des insultes volantes du genre « tassepés », et « fille de tepus » en direction des jeunes filles non voilées …
De l’autre les fringants libertins body-huilés mis en scène sur des clips illustrés par des « bitches par ci » et « bitches par là », chantant exclusivement leurs appétits sexuels sans autre goût pour la rhétorique, (et que dire des Venus en sous-vêtements, des “in Bed with Madona” ou Miley Cyrus dans Wrecking Ball?), et les mateurs amateurs de visites compulsives des pornos websites sur lesquels on peut tout voir et pire que tout, ou même les témoignages lamentables de la simple nature humaine dans les reality-tivis dans lesquels des crétins sûrs d’eux la chemise ouverte, exhibent leur beauté blingbling et leurs muscles bronzés, sans parler des grossiers seigneurs d’industrie, ou les trendies parvenus et jeunes traders sniffeurs de coke qui veulent impressionner leurs semblables à grande brassées d’argent libéral, eux qui ont perdu le contact avec le monde réel et qui sont persuadés qu’ils peuvent tout acheter…
Oui il y a un véritable gouffre entre ces deux positionnements.

Si j’étais ado, oui, j’aurais encore plus de mal à me construire aujourd’hui.
Dans la période dite de « libération sexuelle », je me souviens que c’était déjà difficile de trouver ses repères. Je repense aux difficultés qu’on avait pour rentrer en contact avec une âme complice. Et comment c’était déjà difficile de se mettre en valeur quand on doutait de soi. Aujourd’hui le mot « draguer » lui-même est devenu presque une injure « hein ? quoi ? Mais on n’est pas au fond de l’eau…»
On me dit : « Mets-toi à la place des filles ! ». J’essaie, mais ce n’est pas spontanément dans ma nature, et du coup je ne suis pas certain d’y arriver bien. Alors on me dit : « Il faut comprendre toutes les vexations, toutes les humiliations qu’on subit au quotidien, toutes les brimades, le manque de tact, ou même le manque reconnaissance… ». Oui, oui, je te jure que je fais partie des hommes qui condamnent toutes les formes du dénie de la personne humaine, qui qu’elle soit. Je ne suis pas un ennemi de la cause féminine loin de là, mais en même temps, je pense comme je suis et je déteste les généralités confuses. Il y a autant de façon de « penser comme une fille/femme » qu’il y a de filles/femmes. Les femmes ceci, les hommes cela, je hais les amalgames démagos qui permettent de tout dire en même temps. Avant de jeter toutes les pensées dans une même poubelle, je m’efforce de faire le tri. Les responsables de crimes et délits doivent être punis, mais ce n’est pas le rôle ni de Twitter ni de Facebook de se promouvoir en juge de paix, eux qui ont démontré mille fois leur pouvoir de diffuser des informations calomnieuses et totalement fake.

Les enfants de mes amis se marient désormais après avoir entretenu de parfois longues relations virtuelles. Au delà de leurs copains d’université ou de boulot, ils ont appris à se connaître sans se toucher à travers des sites de rencontres comme Meetic, Be2, Elite, Edarling, Cdate, il y a aujourd’hui pléthore de ces entreprises commerciales qui régissent les rencontres entre personnes semblables comme des postes d’embranchements internautiques stérilisés et protégés par un anonymat qui permet à chacun d’isoler sa personne comme un scaphandrier derrière l’écran de son ordinateur.
Alors plus que jamais tremblez oh diablotins armés d’arc et de flèches épicuriennes, vous chérubins culs nus et vous démons de la passion ! Qu’on soit dominant ou dominé, qu’on habite en ville ou à la campagne, méfiez-vous des feux de paille,
L’amour est dans le pré-caution,
Un prêt sous caution,
Avant qu’il ne vous ruine.

Oct 2017