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Confesse Book

31 – Langue dans sa bouche

Bien sûr une langue vivante est par définition instable. Elle se remet en question perpétuellement.
Si, depuis une trentaine d’années, l’anglais s’est souvent immiscé dans la langue française à des fins d’usage pratique, c’était pour gagner du temps, parce que “ça allait plus vite de le dire en anglais”, vu que le concept de ce qu’on voulait exprimer n’existait pas en français.
Si dans les années 60, les Yéyés fascinés par la nouvelle culture électrique venue d’outre-atlantique traduisaient au mot à mot des hits anglophones, aujourd’hui un nombre incalculable de groupes de rock n’essaient même plus de travailler leur langue et commencent dés le début à « chanter en anglais, ». Pour moi, ça ressemble juste à un triste aveu d’impuissance, une regrettable faiblesse. Qu’on dise en anglais ce qu’on ne sait pas traduire en français, je le comprends c’est normal, (d’ailleurs ça se fait souvent en allemand pour ce qui est de la philosophie), mais chanter “en anglais” pour cacher le fait “qu’on-n’arrive-pas-à-exprimer-vraiment- tu-vois-c’que-j’veux-dire, enfin-quoi, tu-comprends…”, ça c’est très « cheap ».
Chanter, ce n’est pas (seulement) prendre une pose, tel l’oiseau qui soigne son ramage et son plumage ; chanter, c’est dire des choses sur de la musique, des choses parfois si intimes qu’on n’oserait pas les formuler autrement. Bien sûr les thèmes n’ont pas nécessairement d’importance, mais comme les cruciverbistes il suffit de trouver les bons mots. Contrairement à ce que certains disent, qui eux n’écoutent la musique que pour « danser en disco », le grand public lui écoute les mots qu’on lui raconte.
Beaucoup de chansons écrites en anglais par des francophones, sont bourrées de fautes ; les « lyrics » ressemblent à une suite de lieux – communs au vocabulaire « has been », un imbroglio concept scolaires sans queue ni tête, si mal écrits qu’ils n’ont aucune chance d’être seulement ouïs par des anglophones. D’autant que si les mots, tels des petits charriots transportent leur sémantique propre, la musicalité et l’intonation ou l’accent tonique peuvent aussi considérablement modifier le sens d’une phrase. Les centaines de groupes qui s’imaginent qu’il leur “suffit de” ressembler à ceux qu’ils admirent pour avoir accès aux ondes internationales qui leur permettront d’acquérir une notoriété planétaire, se gourent complètement !
Bon enfin, moi je dis ça… ils font comme ils veulent. Après tout, c’est vrai qu’il y a de temps en temps un contre-exemple qui suffit à alimenter leurs fantasmes.

Le français est une langue gallo-romane issue du bas latin. C’est une langue riche pleine de finesses et de subtilités. C’est aussi une langue qui se prête “à jouer” ; sonorité, syntaxe complexité, toutes les langues ne sont pas remplies de tentations pour les autistes adeptes du ” jeu de mot”, qui les tournent et les manipulent tels des dés, voire des rubicubes. Moi, on m’a appris à la tourner sept fois dans ma bouche…
Parler une langue c’est comme jouer d’un instrument. Une langue, c’est la clé qui permet d’ouvrir le coffre-fort de l’esprit.
Certains affinent le fromage, d’autres torréfient le café, mais comme disait la pub à défaut d’avoir du pétrole à raffiner, le français permet de raffiner la pensée.

Le français moderne, que l’on parle aujourd’hui n’a rien à voir avec la langue de Molière et celle des penseurs du XVIII, de même ce dernier n’avait que peut de ressemblance avec le français classique des gens de la Renaissance ou du Moyen Âge.
On peut imaginer les terribles dilemmes que doivent résoudre les dialoguistes ayant à faire parler des acteurs dans des films historiques…

Les langues s’inspirent mutuellement.
Il suffit de s’interroger sur l’étymologie des mots pour s’apercevoir de la trame métissée d’un vocabulaire et des multiples influences qui le constituent. Si le français et riche c’est parce qu’il est un tissage de concepts fait de fibres multicolores.

Je le disais plus haut, toutes les langues ne véhiculent pas les mêmes concepts. Les onze exemples ci-dessous sont très finement choisis. 11 mots qui manquent en français.

– Pourquoi 11 ?

– Parce que c’est le nombre de lettres dans “pochemuchka” (russe), désignant une personne qui pose trop de questions.

http://www.neonmag.fr/11-mots-qui-nous-manquent-en-francais-1113425/

 

CharlElie – Paris  – Janv 20XIV