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Confesse Book

221 – Jeanne Moreau

Jeanne Moreau

Est morte,

Je n’ai pas le moral.

Elle avait certes disparu des écrans depuis des années, mais elle était pourtant encore étrangement présente dans les esprits de ceux qui l’avaient vue au cinéma dans l’un des 130 films auxquels elle a donné de son âme et de son talent singulier.

Avec une retenue qu’on appelle “la classe”, elle semblait se mouvoir sans complexe. De même Brigitte Bardot avait incarné pendant ses quelques années d’actrice, une certaine libération de la femme occidentale « découvrant » son corps, de même Jeanne Moreau, durant toute sa vie a su personnifier l’image d’une femme cultivée, responsable d’elle-même et de ses choix.

Égérie influente tout en restant discrète, elle inspira les plus grands réalisateurs. Jeanne Moreau était aussi moderne qu’indépendante. Ni exhibitionniste, ni démonstrative, elle n’en était pas moins une star, aussi forte/puissante que Simone Signoret, élevée au rang de “monstre sacré”.

Vivant son rôle à chaque instant, elle avait la sincérité des actrices généreuses. On la disait difficile à diriger, mais son jeu était spontané et très inventif. Jeanne Moreau était de celles dont on dit qu’elle était encore plus belle en colère, et quand, de son inimitable voix rauque, elle lançait au théâtre ses répliques tonitruantes, ses partenaires tremblaient, eux qui lui reconnaissaient volontiers la noblesse d’un dragon.

Mais les silences sont parfois encore plus éloquents, il lui suffisait de soulever un sourcil et Jeanne a fait craquer les hommes les plus solides. Elle avait un regard perçant, pénétrant, intelligent. À la fois engagée et discrète, à la fois intuitive et pudique, (comme dans le “journal d’une femme de chambre” qui m’avait beaucoup ému).

Elle n’avait pas voulu être mère et pourtant, Jeanne Moreau nous accompagnait depuis toujours, elle était là dans notre imaginaire, auprès de nous comme une présence qui vous rassure, parce qu’elle semblait être au-dessus des contingences et des anecdotes vénielles, avec ce mélange de sentiments complexes dans lequel se mêlent tendresse et séduction, joie et tristesse, solitude et passion.

Et malgré tout cela, elle s’est éteinte seule chez elle, et sa femme de ménage l’a retrouvée le lendemain…

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En ce même jour, la disparition de Sam Shepard, m’attriste tout autant; pour d’autres raisons: Sam Shepard faisait partie du panthéon de mes héros Américains, des anti-héros peut-être, mais des hommes intérieurs qui se comportent avec dignité, des êtres sérieux voire même rigoureux, qui ne se complaisent pas dans l’apparence de relations superficielles.

Sam Shepard me faisait penser à ces personnages vrais, ceux qui ont fait bouger le pays à coup de pioche, ceux qui agissaient coûte que coûte.

Sam Shepard était de ceux qui m’ont donné envie d’aller m’installer en Amérique pour y vivre pendant une quinzaine d’années un certain rêve Américain. Une certaine Amérique démocrate et courageuse, travailleuse et obstinée, prête à faire tous les efforts nécessaires pour prendre en main sa destinée.

Son œuvre est nourrie de cette expérience de vie en dehors des sunlights.

À la fois écrivain (j’ai adoré Motels Chronicle), dramaturge (O Calcutta, Burried Child, True West), acteur, (l’étoffe des héros), metteur en scène, scénariste (« Zabriskie Point » « ParisTexas »), réalisateur et producteur, Sam Shepard était un de ces « multistes » talentueux qui m’ont inspiré l‘énergie d’aller visiter les champs, plaines, vallées, provinces et autres paysages de la création.

Ce matin, le ciel s’est couvert.

En même temps que j’écris ces lignes, un orage éclate et les éclairs zèbrent le ciel chargé de nuages noirs…

Et puis le soleil reviendra, c’est sûr, mais pour l’heure, le ciel est sombre; d’après les prévisions météo le tonnerre grondera toute la journée…