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Confesse Book

216 – Disque durdur

Quand le bassiste Ben Zwerin est passé me rendre visite lors de sa venue à Paris, j’en ai profité pour lui faire écouter les maquettes de mon prochain disque-album, ce projet musical sur lequel je travaille avec Karim depuis plusieurs mois. Enfin, je ne sais pas si on peut encore parler de “disque”, parce que cette histoire de plaque de vinyle chaud, pressé et gravé, semble être bien obsolète. Les consommateurs n’ont même plus de lecteurs CD’s. Disons que je lui ai fait entendre ce sur quoi je travaille, et qui est déjà bien avancé (dans l’absolu, je voudrais que ça sorte à la fin Février).

Je prends beaucoup de plaisir à le faire, mais pour autant je ne sais pas ce que ça va devenir ?

Pourquoi donc faire un album aujourd’hui?

Le streaming a dévasté l’économie de la musique. Oui depuis que le public mélomane a la possibilité d’écouter des “tunes” de Musique sans dépenser une tune, les musiciens eux, vivent comme les fameuses vaches maigres lors des saisons sèches. Sauf que celle-ci est carrément caniculaire et les bergers constatent l’avancée du désert sans savoir quoi faire pour la ralentir. Pour le disque c’est dur et ça dure. Annihilé, le modèle économique qui existait n’a pas su se relever et l’industrie musicale s’appauvrit d’année en année.

Les airs de musique se respirent comme l’air, mais peu de gens choisissent d’acquérir lesdits disques-objets de musique. À la fin des concerts, on vend plus de gadgets du merchandsing (briquets, casquettes, stylos), plus de tee-shirts que d’albums !

Par voie de conséquence, il est devenu difficile de trouver des financements pour les enregistrements. Il faut user de bcp diplomatie pour convaincre les musiciens choisis de partager leur talent par amitié, en complaisance en d’autre terme la musique ça se joue à l’oreille mais surtout à l’œil!

Qu’on soit professionnel ou amateur, on vit à l’ère des home-studios.

Du coup, on s’organise dans les brèches de timing. Ça se passe quand ça peut se passer, pas en fonction de ce qu’on souhaite, mais en fonction de ce qui est possible.

Le délire des folles années Rock’n Roll est bien loin.

Ces journées / nuits allumées dans des studio loués au mois, divas et maestros enfermés comme dans des bunkers, isolés du monde et de la vie réelle, au plus profond de divans en cuir défoncés regarder des écrans de télé muets allumés sans fin, chercher l’inspiration dans la coke, l’herbe, les alcools ou le bon mot choisi et les promesses de copines qui passaient quelques heures, etc.…Oui, tout ce mythe “Sex Drug et R’n R” en a pris un coup. Aujourd’hui ça se passe sous des combles, ou dans une chambre modulable multifonctions, ou dans des caves pas toujours hyper bien ventilées. Et c’est le chat qui vient te caresser le mollet pendant ton solo hard trash, et c’est s’interrompre pour aller chercher le gamin à l’école parce que la nounou n’a pas pu venir, et c’est un aspirateur qu’on entend dans le fond, ou la pose fruit bio recharge d’énergie magnétique zen et exercices de respiration tantrique après les chœurs ou la session de drums …

Pourtant même si l’environnement est assez rustique/précaire, ou familial/ réaliste, le résultat n’en laisse rien savoir, car la création ne s’arrête pas aux apparences et au-delà du décorum, de l’aspect superficiel des choses, grâce à des softwares qui ne cessent de s’améliorer et du matériel qui, bien que très compact peut rivaliser sans complexe avec les grosses bécanes de jadis, je trouve que le résultat est souvent excellent quand le savoir-faire permet de maîtriser l’usage des instruments audio numériques.

Donc, le projet n’est pas altéré, mais pourquoi le faire ?

Je ne sais pas.

Créer est une nécessité, un besoin psycho-pathologique motivé par l’envie de se réaliser, d’achever quelque chose, coûte que coûte.

La musique est une fée qui ensorcèle ceux qui y sont sensibles et qui la sente qui tourne en eux comme une volute de fumée parfumée…

Au-delà de cette joie égoïste, quelle est la finalité ?

Disons qu’aujourd’hui, le processus est inversé.

Quand on arrive à mener le processus de réalisation d’un album jusqu’au bout on s’aperçoit qu’on fait des disques en espérant que que les médias en parlent, de sorte que, si ça fait le buzz, la communication nous emmène sur scène… éventuellement

En résumé, on fait des disques pour faire de la scène.

Sur scène j’y serai le 14 Juillet, à Saint-Brieuc (22)–Festival de la Roche Jagu,

accompagné par Karim Attoumane / guitare, Jack Gavard / bass, Martin Mayer drums, et Pierre Sangra / violon, Banjo

 

Juillet 2017