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Confesse Book

210 – Blanche Gardin

Hier j’ai posté un sketch de Blanche Gardin… Que ce soit ce sketch-là ou un autre, le regard punk que Blanche Gardin porte sur elle-même est aussi pénétré que pénétrant. Cynique, ironique, brutal, intelligent. Dire qu’on adore le trashy-comique de Blanche Gardin en dit long sur soi-même…

Blanche Gardin n’est pas une poupée montée sur scène pour devenir célèbre. Non, elle a des choses à dire. Des choses un peu dures, réalistes, que dis-je hyperréalistes, comme si elle puisait son inspiration à la seringue dans les tissus de sa sensibilité pourtant à fleur de peau pour ressortir ses vannes comme des giclées d’acide.

À regarder sa fausse désinvolture, son attitude embarrassée, les épaules hautes, ses robes de femme au foyer, son calme maintenu, un peu raide, on devine les nuits qu’elle a passées à lutter contre ses peurs, et l’on peut lire en filigrane son refus des valeurs considérées comme les références d’une société très éloignée de ses aspirations personnelles.

Elle cite en référence Louis C.K., on pourrait dire qu’elle est proportionnellement aussi gênante que le malaise qui s’installait dans les salles que remplissait jadis Guy Bedos. Toutes les époques ont leur Lenny Bruce.

Cette fille géniale bouleverse une routine d’humour familial, festif, qui se partage en convivialité dans les éclats de rires sociaux.

Loin des blagues de chat-chat et de chien-chien, ses mots à elle parlent de chattes et de chiennes, des mots pensés, choisis avec précision, des mots en confession, limite murmurés. De ses mots qui ont le poids du vécu,émane une lucidité qui n’a de méchant que sa clairvoyance.

J’ai hâte de pouvoir lui dire cela un jour, les cieux dans les yeux.

Les comiques, jouent sur les mots comme les poètes, sauf qu’ils ont en eux le besoin vital de forcer le trait, aller plus loin jusqu’à la caricature, pousser le ressenti à son paroxysme. S’ils s’arrêtent avant, alors ils se mésestiment. Mais ce goût pour l’extrême vire parfois au grotesque, au dessin de “gros nez”.

L’acuité acerbe de Blanche Gardin a la même teneur dérangeante que ce que cherchent les écrivains égocentrés qui mêlent le poil à gratter à leurs phrases machinales, ceux qui binent le potager de leur inconscience et labourent le terreau des idées reçues comme d’autres urbains défoncent la coque des trottoirs à grands coups de marteau-piqueur.

Juin 2017