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Confesse Book

188 – Jacky en Italie

Ce matin, à moitié endormi, je tombe sur ce post d’une chanteuse qui apparaît sur mon mur… Je le regarde d’une oreille distraite comme on dit et tout d’un coup quelque chose m’interpelle… La musique me semble familière, je me dis: What? Mais c’est incroyable, ce truc reprend note à note les accords de la chanson “Jacky” que j’ai composée. Ce n’est pas un titre inconnu puisque la chanson est parue en 1988 sur le disque “Solo Boys”, premier de mes disques publié chez EMI. Je réécoute les deux, et je n’en reviens pas. Certes les paroles italiennes de celle-ci n’ont rien à voir avec les miennes, (et pour cause) mais les accords sont les mêmes, le compositeur n’a fait que changer l’arrangement! Et puis il s’est dit, « Bah, de toute façon c’est pour l’Italie », 1988, c’est vieux », «personne n’en saura jamais rien », «d’ailleurs personne ne connaît ce Charlélie Couture», « et puis si d’aventure on venait me chercher je dirai que “non, ça ne ressemble pas” – en cela je suis d’accord, d’un point de vue “physique” oui moi, CharlElie, j’ai un peu de mal à m’identifier à l’interprète (que je ne mets pas en cause d’autant qu’elle a eu la naïveté de me transmettre cette vidéo) – mais en ce qui concerne la musique je sais de quoi je parle, il en est de même pour tous les créateurs, même si tu changes les habits, un père reconnait ses enfants! Je sais bien que les néophytes, ceux qui n’ont pas d’oreille ou ceux qui ne savent pas comment fonctionne le processus créatif, peuvent toujours avancer le fameux argument du hasard. Mais sur toute la descente d’accords? Si c’est le hasard, il a bon dos. Le hasard est bossu!
– Bon, concrètement, tu fais quoi?
– Ben c’est à l’éditeur Island de faire son travail. Moi? Qu’est-ce que tu veux que je fasse? Me lancer dans un procès à la noix, et me les faire briser menues pour gagner trois cerneaux? M’emmerder avec des histoires d’avocats qui promettront de s’occuper de tout mais qu’en attendant faut payer leurs honoraires? Ecoute, j’ai vu comment Tom Waits se prend les pieds dans le tapis avec ses procès… Même s’il a raison sur le fond, on ne retient que la forme. Alors quoi ? Aller bagarrer dans la bourbe pour défendre mon honneur de créateur contre la mauvaise foi de quelqu’un dont on ne parlerait jamais sinon, so what? Je vais perdre du temps et de l’énergie pour rien. Du marigot on ressort sali!
Je me dis juste qu’y en a qui manquent pas d’air, ou plutôt si justement, ils en manquent, alors pas gêné, ils vont se servir impunément dans le répertoire oxygéné d’autrui.
Chaque jour, on apprend d’avantage à ses dépends qu’on vit dans un monde immoral,
mais doit-on pourtant se faire casser le moral ?!

® CharlElie Couture. – Mars 2017