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17 – Lou Reed est mort aujourd’hui

Lou y es-tu ? M’entends-tu ?

 

Lou Reed est mort. De quoi il est mort ? Est-ce important ? Il avait annulé sa participation au festival de Coechella en Mars dernier, pour subir une greffe du foie, qui aux dires de Laurie Anderson sa femme, s’était bien passée. Et puis voilà, ma foi, aujourd’hui Lou Reed n’est plus. Son départ fait grésiller le néon qui illuminait un certain rock sous tension dans les années 70/ 80.

Warhol, le minimalisme, La monte Young, Terry Riley, étudiant au Beaux-Arts, on écoutait le Velvet Underground ; je me souviens quand je me suis rasé les tempes, inspiré par la pochette de « Rock ‘n Roll Animal »…

Lou Reed faisait souvent la gueule, il avait l’air froid comme un auteur. Il n’était pas aimable, non. Néanmoins on était nombreux à respecter son charisme, une certaine ambiguïté bi, et son refus de s’offrir en pâture à la célébrité. Caché derrière ses lunettes noires, il impressionnait les journalistes qui voulaient le défier, dictant parfois des réponses sèches aux pigistes qui suaient sang et eau pour tirer ensuite de cette rencontre calculée à la minute, un compte-rendu pas trop vache. Mais Lou Reed se foutait d’être aimé. Il ne l’avait pas vraiment été dans son enfance…

Né dans une famille juive de Brooklyn, il ne voyait son dieu que dans la musique.

Mélange d’arrogance et de pudeur, Lewis Allan Reed dit “Lou” n’était pas vraiment un intellectuel. Il s’était façonné un personnage qui lui collait à la peau, un golem ombrageux souvent habillé en cuir, assez imperméable à ce qu’on appelle l’humour.

Synthétiques, “acides” et parfois cruels, les textes de ses chansons n’étaient équipés de ce double-fond qui fait le mystère de la littérature ; L.R. racontait des histoires à peine mises en scène, de paumés, de trans-sexuels mal à l’aise, ou de travelos junkies. Ceux qu’il connaissait.

Comme Dylan, Tom Waits ou Neil Young, Lou Reed était une des icônes incontournables du rock.

Pour certains « New York, New York » c’est Lisa Minelli,

Pour d’autres c’est « Empire State of mind « de Jay Z / Alicia Keys,

Pour nous, New York  devenait Berlin, quand Lou Reed enregistrait ses mélopées troubles et indéfinies.  Sa voix grave, posée sur une musique en distortion, il y avait quelque chose d’incomparable dans son “parlé chanté”  qui prenait à témoin un auditeur complice.

Autant les films de Scorcese l’ont mis en lumière, autant que ceux de Woody Allen l’ont fait parler, autant Manhattan existait à travers les albums de Lou Reed.

C’était l’électricité des enseignes de la 42nd rue avant qu’elle ne se transforme en centre mondial du tourisme,

C’était une sorte de brume sulfureuse qui envahissait l’âme du Lower East Side, C’étaient les tourbillons de vapeur d’eau se diffusant au dessus des cheminées orange qui enveloppent les promeneurs nocturnes,

Ou les gaz d’échappement,

Ou les odeurs des sous-sols.

C’était cet impalpable qui faisait la musique de Lou Reed.

Il incarnait LA ville.

Photographe, depuis une dizaine d’années, Lou Reed exposait depuis peu en galerie ses snap-shots pris à la volée, qui reflétaient sans complaisance le regard d’un homme inquiet, dont le cœur (de rocker)  battait au tempo de la grosse caisse,

Jusqu’à ce qu’il décide de s’arrêter,

Hier dans le New Jersey.

 

® CharlElie. NYC – Octobre 2013