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Confesse Book

164 – Stoned

« I am stoned ». Estomaqué. Abasourdi. Dans une ville qui a voté à 77% Démocrate, Sœur Anne ne vois-tu rien venir ? Eh bien non, pas plus que les spécialistes, je n’ai vu venir cette déferlante rouge qui vient de recouvrir les cartes géopolitiques. Le Sénat, le Congrès, et la Justice donc.

Hillary qui rira le dernier. Et lui il ira où ?

La tête lourde et le cœur gros. Une boule dans la gorge. J’ai la nausée comme dirait Sartre. Une envie de gerber par-dessus la rambarde d’un paquebot qui fonce tout droit vers le dernier Iceberg. Puisqu’il n’y en aura bientôt plus, même si Trump et comparses font partie des tarés hypocrites qui continuent de nier le réchauffement climatique.

De certains sommeils on sort mal, plus fatigué qu’en y entrant. Qu’est-ce donc que ce cauchemar ? J’erre dans un couloir où je crois ne côtoyer que des gens désobligeants, hostiles et indisposés qui se réjouissent comme des malades autour d’un médecin fou.

Des idées noires vont et viennent en moi qui me rendent malheureux.

Ce matin une lumière grise enveloppe mon esprit sous un voile de chagrin.

Brouillard de la mélancolie et désespoir, après huit années passées à se sentir fier d’habiter dans un pays qui semblait avoir su faire la nique aux idées reçues associées à son passé esclavagiste.

Je voudrais m’effacer, disparaître comme la glace qui fond. Ne jamais avoir vécu cette nuit. Qu’est-ce qui se passe ? Où suis-je ?

« You want it darker », dit le magnifique disque de Léonard Cohen, aussi grave que sa voix chaude est posée, sage mais pleine d’angoisse. Un disque de plus, diront certains, oui, mais quoi ? C’est toujours un disque de plus. Celui-ci vient au terme d’une vie longue, et alors ? Doit-on cesser de vivre sous prétexte qu’on a déjà vécu ? Faire une œuvre de plus, c’est poser une pierre de plus pour construire l’édifice de son existence.

Ce mercredi aussi est une journée de plus. Une journée à vivre, envahi par la honte, quand on se sent un homme d’empathie, conscient des enjeux communs, mais qu’on se retrouve cerné par une meute de « loups pour l’homme », de démons agressifs et fanatiques, hantés par la jalousie et le protectionnisme.

Doit-on être à jamais rassasié d’utopie et de joie de vivre ensemble ?

“Great” “Fantaaastic” Dire que ce baratin de camelot a suffi à convaincre des millions de gogos. Boniments et rodomontades d’un milliardaire hâbleur, au détriment de la Raison has-been, qu’incarnait façon directrice d’école un peu raide, Madame-Les-Dents-Longues la protestante puritaine.

On sait que c’est un tricheur, un menteur, on sait qu’il a dit tout et n’importe quoi, mais chacun n’entend que ce qu’il veut entendre, ne voit que ce qu’il veut voir.

On ne juge pas un homme (ou une femme) aux heures d’entraînement, l’Histoire ne retient que les quelques fois où il a réussi à franchir la ligne en tête. Dans un pays velléitaire, seul compte le résultat, peu importe comment il y est arrivé. Paradoxe de ce busynessman sans foi,ni loi qui s’est rangé du côté Républicain qui défend l’un et l’autre. Ce néo-tyran (je rappelle qu’en plus de la présidence, son parti a emporté, le Législatif, l’Exécutif et donc même la Justice -à vie- ) ce grand démagogue a eu plus de charisme qu’Elle, qui n’a pas su séduire.

Obama fait ses valises, et le nouveau président des USA fait péter le mousseux de Californie, en riant haut et fort, les yeux injectés d’ambition. Dire qu’ il va poser ses fesses dans les fauteuils d’Air Force One… Il n’y croyait pas lui-même. Pourtant il est là sur l’estrade, entouré de sa famille banban avec leurs sourires niais pour la photo officielle, et toute sa clique d’ahuris en train de poser, dont Chris Christie « le Bigmalion du New Jersey », l’EX-maire Rudy Giuliani 9-11, l’ignorante à lunettes Sarah Palin ou le neurochirurgien crétin Ben Carson…

Dire que c’est ça aujourd’hui qui nous représente…

Pourtant ce matin, il faut se résoudre.

Je n’ai plus de voix.

La mienne, je l’ai donnée hier matin à la Démocratie, mais ça n’a pas suffi.

Au-dessus de Manhattan ce matin, le ciel est chargé de nuages épais. On sait qu’il va pleuvoir, une douche froide sur un sol déjà trempé par les larmes citoyennes.

Le regard embué, je me sens las.

Bien sûr ce qui se passe sous nos yeux n’a rien à voir avec qui nous sommes vraiment, mais c’est une journée terrible pour les Humanistes du monde entier. Comme lui-même le disait dans ses discours construits autour de trois mots de vocabulaire : « It’s a disaaaster »

L’internet est un confessionnal qui véhicule un flux continu de pensées mélangées, qui vont s’épandre comme le lisier dans nos cervelles d’électeurs. Un jour quelqu’un a dit que : « donner son avis sur Internet, c’est comme vouloir construire un château de cartes dans un courant d’air », mais après le repli anglais du Brexit, ce vote américain vient à son tour de donner un mauvais exemple, aux autres nations. Qui seront les prochains ?

« Good guys » contre « Bad guys » qui sont réellement les « Bons » et qui sont les « Méchants » ?

Chacun pour sa pomme,

Sur Big Apple, il ne reste que le trognon de nos espoirs démocrates désenchantés.

® CharlElie- NYC 2016