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Confesse Book

149 – Recycler San Francisco

À la question “Qu’auriez vous voulu exercer comme autre activité si vous n’aviez pas été artiste ?”, j’ai toujours répondu:
-Directeur d’une usine de retraitement des déchets. Et je ne disais pas cela pour prendre du plaisir à voir un petit sourire narquois poindre aux lèvres de mon interlocuteur. Non, je disais cela parce qu’ayant été élevé par un père antiquaire, je voulais croire que la vie d’un objet n’est jamais complétement finie. Peut-être aussi parce que je pense à mes enfants; j’ai le cœur qui se serre quand je lis les chiffres déments de l’hyperconsommation compulsive des ménages, et ceux de la pollution des mers, et ceux concernant l’air et les rivières, et les milliards de pièces industrielles qui gravitent dans l’espace, et cette décroissance exponentielle des espèces vivantes, et l’ensemble des drames planétaires météorologiques et autres “catas” qu’on se prépare à vivre…
Alors quand je lis cet article, sur le recyclage des déchets à San Francisco, j’y vois comme un rêve, quelque chose d’idéal. Comme s’il ne s’agissait plus de voir ces millions de tonnes de déchets comme une calamité mais plutôt, comme une manne, une montagne de valeur(s). Je n’irai pas jusqu’à parler de “montagne d’or” car on dit que “l’argent n’a pas d’odeur”, et dans ce cas précis, c’est vrai que les immondices en général puent grave. Mais au-delà de la répugnance naturelle à manier des choses d’occasion, vu que beaucoup de gens résistent à l’idée de réutiliser même des fringues qui ont déjà été portées, cet article donne une lueur d’espoir. Il donne à croire que quelque chose de positif est possible quand on s’en donne les moyens. Pas seulement quand on en parle dans les salons mondains, dans les réunions de famille ou les symposiums de réflexions sur le futur de mes couilles.
Non, pas comme ces ministres de l’écologie, personnages fantoches chargés de faire une com verte, en servant d’alibi pour masquer les dérives d’autres ministres pollueurs. Pauvres ministres de l’écologie! Comme je les plains, eux qui frémissent de bonnes intentions comme des feuilles vibrantes au vent mais qui, accrochées à leur branche, confessent aussi n’avoir aucun réel pouvoir.
Pas non plus comme ceux qui montent les hommes les uns contre les autres en rejetant toujours la faute sur le voisin, non.
Je répète que l’espoir existe quand les responsables prennent les choses en main, agissent et assument durablement les décisions qui ont été prises – parfois par leurs prédécesseurs- quand ces décisions sont utiles pour le plus grands nombre.
Si seulement ce type d’initiative sérieuse et politique pouvait être suivie par d’autres grandes métropoles.
Je suis certain que nous ne sommes qu’à la naissance de cette prise de conscience.
Bien sûr la nécessité de trouver de nouvelles énergies non polluantes est essentielle, mais celle d’utiliser à bon escient les matières premières en évitant le gaspillage est tout aussi primordiale.
Le gaspillage est une ineptie. C’est une honte pour l’esprit et un embarras permanent pour la conscience.
Quand je me promène le soir dans les rues de Paris ou plus encore dans celles de New York, quand je vois les tonnes de détritus et de matériaux avalés, écrasés, broyés par les bennes à ordures qui tels des énormes gloutons mécaniques coprophages avalent goulûment nos excréments, quand je vois les murs de sacs poubelles sur les trottoirs, ces millions de cartons, d’emballage et d’affaires, de « trucs » et de machins rejetés en vrac, j’en suis dévasté. Quel que soit le plaisir que j’aie à me trouver là, je ferme les yeux, en pensant que toute forme de gâchis menace notre survie.
Le recyclage c’est une autre manière de penser. Se dire que tout est dans tout, que toutes les choses sont faites d’autres choses, que tout est en mutation, qu’il suffit de trouver le bon outil de transformation.
Je ne parle même pas de morale, de condamnation ou d’embarras intellectuel, au contraire, je parle de richesse. Non seulement ce que fait San Francisco est extrêmement profitable d’un point de vue sociable, mais, ce qui n’est négligeable, mais il est évident que si l’on sait s’y prendre, la récupération des éléments constitutifs de ces accumulations de déchets peut être très lucrative. Quand on trouve les partenaires financiers/économiques intelligents et motivés ça peut se transformer en win/win, utile et rentable pour tout le monde!!!
Gloire soit rendue à ceux qui ont pris les initiatives politiques qui ont permis à ce projet long terme de se mettre en place, en espérant qu’il en inspire d’autres qui prennent à leur tour les initiatives nécessaires pour que le modèle se reproduise ailleurs.

® CharlElie  – NY Sept. 20XVI