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Confesse Book

143 – Rio sans Brio

Ce début de Rio sans brio semble laisser sur leur fin ceux qui avaient faim de médailles tricolores. Moi j’aime la beauté du geste, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, mais aujourd’hui j’ai coupé le son. Je ne peux pas m’empêcher de laisser l’écran allumé, mais les intonations, les commentaires des spécialistes et surtout la philosophie de leurs analyses me stressent. Qu’il s’agisse de tir à l’arc ou de basket, de volley ball ou de rugby à 7, de canoë ou d’aviron, de judo ou de natation, j’entends les mêmes exhortations enflammées au micro : « Allez, c’est maintenant ! Il faut y aller ! Il faut tout donner ! C’est encore possible. Allez les petits, on y croit, il faut que ça passe. Ça va passer ! On veut y croire. Il faut y croire, après toutes ces années d’efforts et de sacrifices, “on” la mérite cette médaille. Il ne faut pas qu’elle s’en aille Mais… qu’est-ce qui se passe ? Ah lalalalala… Mais pourquoi ? ”
Aïe, pas de med’ Aïe ! A une touche près, à une demi-seconde, à un point, à un centimètre, à une barre, à une décision d’arbitrage, à presque rien, à un cheveu, une volte-face, à une ironie du sort ou une pirouette du diable, et hop, c’est une autre « chance de médaille » qui s’envole. On ne comprend pas. Est-ce le stress ? La nourriture ? La chaleur ? Le vent ? Est-ce l’envie ou à cause du dopage ? On parle d’une trop grande pression, on parle d’un manque de repères, d’un excès de confiance, ou au contraire d’un manque de confiance. On parle de fatigue due à une préparation trop dure, on parle d’une blessure à l’orteil… Les mecs ont toujours un argument, une anecdote ou un bon mot pour justifier le résultat.

Arrivée pleine d’espérance dans le stade de Maracaña, la délégation d’athlètes Français n’a jamais été aussi nombreuse (et que dire de celle des cadres, accompagnateurs, entraîneurs, kinés, invités et dirigeants ?) Tout ça pour ça ? Drôle de samba !

Pour se consoler on se dit que cette expérience est formatrice, que « ça servira demain », que « cette équipe est jeune », qu’il y a un « bon esprit », qu’ils sont tous «solidaires », et on commence même à sortir le joker : « l’important c’est de participer ». Il est aussi question des nombreux voyages offerts aux uns et aux autres par le ministère de la jeunesse et des sports, par les régions ou par les comités des fêtes de certaines villes en guise de compensation, pour atténuer d’autres frustrations… Bref, les gens sont là, mais pour quoi sont-ils venus? Pour le Brésil ou pour les Jeux?
Les Russes se sont fait prendre dans les mailles du dopage d’Etat, les Chinois aussi, pourtant ils sont présents. Faut pas se leurrer, le sport a remplacé la Culture. C’est pas nouveau, le sport est un enjeu politique. « Panem et circences », le président Français l’a bien compris, lui qui ne s’y intéressait pas au début de son mandant, sait qu’il lui faut désormais apparaître coûte que coûte lors des manifestations sportives, dût-il pour cela justifier sa présence en énonçant avec un sourire béat, n’importe quel lieu-commun bidon sur la compétence et l’esprit d’équipe. En politique aussi, pour exister il faut occuper le terrain.

Pourtant les exhortations des supporters et les prédictions des augures-experts incarnent juste des souhaits, des espoirs, des vœux, à l’arrivée, c’est le meilleur qui gagne. Disons, celui qui est « meilleur » ce jour-là, à cet instant précis. Il faut faire confiance aux athlètes eux-mêmes, et cesser de leur mettre la pression, tout en sachant qu’ils se la  mettent déjà eux-mêmes, et que c’est parfois plus difficile d’être favori qu’outsider. La beauté de la victoire ne tient souvent qu’à un souffle, un frisson, un murmure des dieux, une pichenette du destin. On connaît la règle du jeu « citius, altius, fortius », c’est un défi autant vis à vis de soi, que vis à vis de l’Autre, d’où qu’il vienne, qui qu’il soit. Aux jeux Olympiques, les nations riches et puissantes se retrouvent confrontées à la pugnacité tenace de petits pays qui se jettent au corps à corps dans la bataille sans avoir rien à perdre.

Dans la vie, l’ennui apparaît quand on refuse de se faire surprendre, et quand on croit que tout est joué d’avance. Rêvant de contrôler le monde, les gens du marketing et leurs complices des médias voudraient prendre les choses en main. Ils n’aiment pas se faire surprendre et ils écrivent l’histoire comme bon leur semble, vendant le résultat des matches avant qu’ils ne soient joués. Mais pas plus que pour les choses touchant l’émotion dans les domaines de l’Art, dans le sport, rien n’est joué à l’avance. Une victoire est seulement la conséquence d’actes parfaits/efficaces réussis par des gens intelligents et courageux. Oui le courage, cette capacité à surmonter l’adversité !
J’entendais récemment, une chanson qui parlait du « droit au bonheur », mais le bonheur n’est pas un droit, le bonheur est juste  un instant, ce moment de grâce à la conjonction entre ce que l’on veut et ce que l’on peut.

Les jeux viennent à peine de commencer, il reste encore beaucoup de choses à vivre, tout reste à faire à Rio, pour le meilleur,

et pour de joyeux J.O. de Janeiro.

 

® CharlElie – Août 20XVI