532 – « NOS vieux »

Au fond le scandale des exactions commises par certains au détriment de leurs pensionnaires sous l’enseigne ORPÉA, ne choque que ceux qui veulent bien être choqués. Comme un coup de pied dans la fourmilière. Et on apprend ensuite que les pratiques du groupe Korian ne semblent guère plus « civiles ». Et je me souviens d’un dîner, il y a quelques années, ma mère était encore vivante, au cours duquel un sinistre financier, qui sûrement ne me connaissait pas, mais qui faisait parti d’un Club d’investisseurs, m’avait froidement suggéré de miser sur les maisons d’accueil ex maisons de retraite et nouveaux Ehpad. Toute la soirée il m’avait fait miroiter les bénéfices substantiels qu’il espérait lui-même tirer des parts qu’il avait prises dans ces sociétés cotées en bourse. « Ça peut faire du 18 à 24% » disait-il en mangeant. Je restais muet. Non seulement je n’avais pas à disposition les fonds avec lesquels il semblait lui-même jouer comme au Monopoly / Richesses du Monde, mais au fond j’étais écœuré par le cynisme de sa proposition. Selon lui, la manne était garantie car il allait y avoir de plus en plus d’ «anciens », piètres consommateurs et improductifs, dont il faudrait immanquablement s’occuper. Si maigres que soient leurs carcasses, ils allaient devenir un poids… « de plus ajoutait-il comme ceux qui n’ont aucun scrupule à revenir sur leur parole, leur retraite aussi allait devenir une plaie…»
Le niveau de vie augmentant, les enfants et petits-enfants trop occupés par leur vie professionnelle, n’ayant matériellement plus le temps de le faire, ils allaient donc être contraints de s’en décharger.
Placer un parent en Ehpad, c’est un peu comme ranger un balai dans un placard après qu’il ait fini de servir; on sait qu’il est là, mais on ne veut plus le voir au risque de trébucher dedans quand on est pressé. Bien sûr puisqu’on peut ressentir du malaise à devoir prendre la décision de se défaire malgré soi de quelqu’un qui n’est plus capable de s’auto-suffire, quelqu’un qu’on a aimé mais qui a visiblement besoin d’être pour le moins accompagné, alors on payera le prix qu’il faut pour s’acheter une bonne conscience en confiant à d’autres le soin / la responsabilité de s’en occuper « au mieux »… D’où la suggestion de cet enfoiré d’investir dans le secteur. Un placement juteux, sans risque. Mêlant soit-disant la « morale » à l’affaire il disait qu’on pouvait faire payer cher les quelques 5% de la population qui « peuvent se le permettre ». Il n’y avait qu’à ouvrir les bras, des gerbes de blé allaient vous arriver. Les maisons de retraite sous toutes leurs formes allaient ainsi devenir un nouvel « Eldorado », vendu comme un « service de luxe, d’amour et de partage dans une nouvelle famille ». Éh éh, souriait-il, il suffit de trouver le bon slogan. Me voyant faire la moue, à chaque fin de phrase, il ajoutait « Allons, il faut être « réaliste ». Ah ! ce satané réalisme capitaliste libéral qu’on appelle aussi la Liberté entrepreneuriale, acoquiné à la sordide notion du « profit », ça fait des ravages!
Je me souviens aussi de ce qui vient de se passer avec le COVID19. C’est encore très présent d’ailleurs. Craignant qu’on ne leur reproche de n’en avoir pas fait assez, les jeunes élus au pouvoir prirent des décisions absurdes et abusives, aux seules fins qu’il ne leur soit pas reproché de n’en avoir pas fait assez. LUI Jupiter et ses députés élus sous la bannière du renouveau, fustigeaient les « anciens dirigeants indigents ». Ils promettaient qu’ils feraient mieux, et communiquaient à mort sur le fait qu’ils étaient capables d’affronter l’adversité de la vie. Lors quand le COVID19 est arrivé, les premières mesures ont concerné « les vieux ». Les « vieux » ceci, les « vieux » cela, « NOS vieux », traités comme des animaux de compagnie. Mis en quarantaine, isolés, malgré eux, comme s’ils ne s’appartenaient déjà plus. Soit disant protégés de leur famille, « pour leur bien » les pensionnaires des Ehpad se sont retrouvés à l’écart, derrière des grilles, derrière des plastiques, mal déguisés en cosmonautes, visites minutées, mettre des gants. Dans les faits cloîtrés, prisonniers de leurs bienfaiteurs. « On s’occupe de tout… », le personnel justifiait son intransigeance insupportable en disant que chacun du personnel « au front » faisait évidemment « ce qu’il pouvait ». Je jure bien que je n’ai aucun doute là-dessus, d’autant que la situation était très floue et l’angoisse générale. Il n’empêche que les âgés se sont retrouvés interdits sans pouvoir rien dire, certains du très grand âge n’avait même pas réellement conscience de ce qui se passait. Il n’empêche que pour beaucoup cela fut une torture. Et l’on a tôt fait de les traiter d’emmerdeurs séniles quand quand les vieillards tentent de faire entendre leur point de vue. Oui la solitude, la grande solitude s’est insinuée, froide comme un spectre, chaque journée semblable à la précédente. Et l’extrême solitude en a fait mourir des centaines, des milliers qui ne voyaient plus venir personne, qui n’avait plus de raison de faire l’effort de vivre. Eux qui n’attendaient comme une éclaircie dans leur vie qui s’embrume, que de voir venir un proche qui leur apporte un peu d’amour.
Si dévoué soit-il, on sait bien que le personnel employé ne peut pas donner à tous, tous les jours, des preuves d’une même tendresse affective.
Alors quand en plus les consignes vicieuses, perverses, malsaines et économes des chefs de ces entreprises, sans le moindre respect de la dignité humaine, ne visent qu’à générer du profit afin de redistribuer des dividendes aux actionnaires, alors… ça mène à ce que l’on peut lire dans le livre « les Faussoyeurs » de Victor Castanet dans lequel on peut lire des lignes dignes de vous soulever le cœur comme ce que je ressentais moi comme un triste présage à la fin de ce repas, il y a quelques années.
Beurk.
CharlElie COUTURE
6 Février 2022

535 – Il y a trente-six conflits armés sur la terre en ce moment

J’ai connu la guerre dite « froide », celle qui opposait deux idéologies contraires : d’un côté le bloc communiste à l’Est, de l’autre l’empire capitaliste à l’Ouest. J’ai connu la « guerre économique », celle des seigneurs de l’industrie se livrant des combats sans merci en utilisant toutes les armes financières pour conquérir des...

534 – Exposition à Lunel

Mercredi 23 Février Comme si certaines régions me faisaient plus confiance que d’autres, peut-être, je ne sais pas disons surtout depuis que Stéphane Jurand est venu me visiter à la REGallery dans mes années New-Yorkaises, j’ai donc exposé depuis plusieurs fois dans le Sud-Ouest : à Sète au Musée Paul Valéry, en 2019 à l’Arbre...

533 – Visite virtuelle de la grotte de Lascaux

Si depuis la nuit des temps l’homme rêve d’un toit pour le protéger, si chacun/chacune rêve de devenir propriétaire de l’endroit qu’il habite, pour autant « la cité de l’architecture » ne peut pas se vanter d’être le plus visité des Musées de Paris. Combien de fois suis-je passé devant sans même savoir qu’il existait…...

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