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Roman Live On Line

Nu York

#043 Tant de temps évanoui

Tant de temps perdu. Tant de temps perdu pour des choses sans importance. Je me dirai quelque chose comme ça quand j’arriverai au bout du chemin. J’ai gâché des jours, gâché des jours comme aujourd’hui. Attiré par la paresse comme une limaille par un aimant, comme une mouche dans la glue, des jours de vie à ne rien faire, presque rien. J’ai perdu des jours comme des soldats perdus dans la jungle, le fusil lourd au-dessus du casque, bouffés par les sangsues d’un marigot, avançant lentement dans l’eau épaisse des minutes opaques, je me suis embourbé dans l’argile d’indécisions et de choses non faites. Une journée de printemps qui ne ressemble plus à ce que furent les printemps, quand les jours de Juin étaient radieux. Une journée de Juin, grise et fraîche d’abord, et qui se transforme en mieux ou en pire, qui s’allume ou s’éclaire en fonction des nuages. La lumière mate me rend triste. Echec et mat. La lumière va et repart. Allumée éteinte, allumée, éteinte, les dieux jouent avec le commutateur.

Le prix des choses est lié à l’envie de contrôle. C’est le prix du contrôle qu’on paye. Le contrôle est synonyme de sécurité. La sécurité coûte très cher. L’incontrôlé aléatoire fait peur, alors beaucoup préfèrent assumer le prix de la maîtrise.
Si une réalisateur accepte que la lumière puisse changer d’un plan à l’autre, alors il peut tourner son film avec presque rien. S’il veut donner l’illusion du soleil quand un nuage obscurcit le ciel, alors la production devra louer des tonnes et des camions de spots et de flash lights et de projos et des kilomètres de câblage… C’est ce qu’on voit tout le long de le 5ème, des miles de câbles longent les canniveaux en vue d’un tournage de nuit. l’assurance d’avoir un bon acteur, alors pareil, il faut payer grave…

Après avoir checké mes mails, je regarde du cage full fighting, de la boxe ou du bull riding sur la 122, des vieux match de tennis sur la chaîne 455 ou du baseball sur la 53.

Il y a quelques jours, je suis allé voir les Yankees battre les Nationals de Washington dans leur nouveau Stadium. Ils ont bien défendu, et gagné d’un petit point d’écart. Leur budget est au moins sept fois supérieur à celui des Nationals. Le stade était plein de 64.000 personnes. On était six, chaque place valait 325$. Toutes les places ne valent pas ce prix, mais considérant qu’on mange au moins un hotdog à 15 $ et une bière à 8, et que chacun paye sa tournée, chaque jour apporte sa masse de billets verts. Je ne sais plus combien de millions de $ ils ont payé Derek Jeter, Robinson Cano, Jorge Cano, CC Sabatha ou Hadeki Matsui ? On peut s’interroger sur la véritable crise économique ? Quelle crise ?

Au vu des gros plans, les présidents des clubs de sports ont opté pour la moumoute en poil de mammouth, tandis que les producteurs de télé croient que leurs implants capillaires sont une réussite mais la technique n’est pas encore très au point, ça fait des touffes sur leurs crânes. Si la force est dans le cheveu, Batman, Superman et Popeye seraient teints.

Sur le canapé acheté à l’économie en me disant que ce serait provisoire, mais que je trimballe en fait avec moi depuis des années, je cherche une place confortable tel un contorsionniste. Je me découvre hypocondriaque, disposé à faire une embolie cérébrale ou pourquoi pas une crise cardiaque. Dans ce pays où l’on passe du sous-médicalisé au surmédicalisé façon Heath Ledger ou Michael Jackson qui vient de mourir à cinquante ans bouffé à son tour par l’over-chimie des médicaments qui rendent fous, le danseur androïde au cœur d’enfant vient de laisser la place aux souvenirs. Ça fait pleurer, ça fait écrire. C’est la chimie qui rend malade la planète et qui ne guérit pas pour autant Farrah Fawcett.

Je vide un fond de théière, thé vert amer et trop distillé dans ma tasse et dans ma gorge un can de Diet Coke. Deux rats crapahutent après une ombre cornue et la moue d’un sorcier allumé japonais me nargue dans l’écran de la télé, un intellectuel théorise, un acteur joue sur les mots, un débat conventionnel, une page de pub. Dans ma tête parfois, je perds l’équilibre ; je chute en silence, chut libre. Un animal à écaille du carbonifère, rampant sur un tapis d’alluvions tiédi par un courant chaud, c’est le rêve préhistorique qui est en moi, je ne sais plus où je suis, je descends vers la lumière, je me sens devenir aveugle, pas le courage de résister. Je m’assoupis, je ne sais plus où je vais dans le labyrinthe des reflets de pluie, j’erre dans l’air lourd, chargé d’humidité et de gaz. S’enfuir toujours plus loin Pour ne pas être confronté à l’angoisse.
Réveil de travers. Torticoli.

Une journée prise en otage par l’amertume nauséabonde, sans trouver l’issue. Je crois me connaître, je trace des lignes de défenses barbelées et j’accorde à chacune plus d’importance, mais ma main tremble maintenant, comme une chanson hésitante, un appel fragmenté et mes illusions s’enfoncent dans le cloaque de rancoeurs insanes
Une journée à me poser des questions sur tout, le ventre serré. Une journée à rester là, ficelé comme un rôti qui attend qu’on le mette à cuire. Une journée à me nourrir de n’importe quoi, (Philly Steak sandwich acheté sur la sixième avenue à la cantine sur roulette de Mamad l’Egyptien, vendeur de Halal hot dog et mixed chicken lamb plate, relevé à la sauce blanche – et beaucoup de hot sauce- pour donner du goût à ces junk meats industrielles). Une journée gâchée, je ne sais pas pourquoi.

Parfois amusé au musée, aujourd’hui usé, mes muscles ont fait plusieurs fois le tour du monde. Impression bizarre et inquiétante, je me sens fatigué, faible, incapable de tout. Que sont les flux de sang qui vont et viennent en moi ? Je sens ce sang qui monte et qui descend le long de ma cuisse droite, dans le grand boulevard de ma fémorale. Au début, je croyais que c’était le vibreur de mon téléphone portable. Hormis lors d’états d’ivresse, je n’avais jamais eu conscience à ce point être rempli de liquide.

Ah, si j’avais été raisonnable, j’aurais continué à bosser à l’heure pour ces grosses compagnies qui nous traitaient sans ménagement. Ah si j’avais admis au lieu de refuser. Ah si je m’étais satisfait de ma condition au lieu d’imaginer que je pouvais m’en sortir en indépendant. Ah si j’étais resté salarié, j’aurais continué à rouler tel un wagon de marchandise sur les rails, attendre la fin du mois, chaque mois, chaque semaine et ça repartait pour un tour ; tant qu’on se fait pas diriger vers une voie de garage, on peut se laisser aller à imaginer l’avenir, en espérant que les choses ne changent pas. Ah si j’avais été raisonnable, ma vie aurait été bien différente. « J’aurais dû, j’aurais dû… », c’est ce qu’on pense après coup, quand on a repris ses esprits.

Si j’avais été raisonnable, j’aurais pris une meilleure assurance, et mon accident m’aurait rapporté des millions. Au tribunal, bien plaidé un accident peut te faire une rente à vie. Tout le monde ne se prend pas un sabot de cheval en plein dans le flan… et qui plus est un sabot ferré de cheval de flic en plein milieu de Time Square. Bang comme ça, le cheval a paniqué, à cause de je ne sais quoi, il a rué et le « cop rider » n’a pas su le tenir. C’est allé très vite. Bang ! Et c’était moi. Un méchant coup de sabot façon animal. Bang ! L’équidé n’avait sûrement pas l’intention de me faire souffrir, mais les conséquences ont été pénibles, il m’a mis KO sur le macadam. Coma. Ambulance.
Réveillé à l’hôpital, radio, scanner, examens, tout allait bien, on m’a fait sortir assez vite fait par la porte de service ou presque. A peine quelques lignes le lendemain, dans la presse, surtout étouffer l’affaire pour ne pas faire peur aux touristes. Les chevaux ne sont pas des bêtes sauvages.
J’aurais dû me battre plus que ça. Au procès, ils ont reconnu leurs tords mais ils ont dit que c’était de ma faute, je n’avais pas à me trouver là. Wrong time, wrong place. M’enfin, on n’a jamais à se trouver nulle part. L’avocat de mon assurance n’a pas été bon, il s’est déballonné en face des pressions de la ville. J’ai reçu une prime de quelques centaines de milliers de dollars, qui m’ont aidé à payer les frais médicaux et de justice, mais à l’arrivée, il ne m’est quasiment rien resté à part ces absences et maux de tête dont je connais la cause. C’était il y a six ans, encore aujourd’hui, par moment mon esprit s’envole et je ne sais plus où je suis. Je me perds entre rêve et réalité.
J’aurais dû me protéger mieux, mais je n’ai jamais su me protéger. Je ne fais pas partie de l’artillerie lourde derrière des boucliers, je suis au front comme une estafette.

Le temps s’est transformé.
Quelques heures ont suffi, maintenant il fait chaud. Je sors.

Time square. Temps carré.
Fin d’après-midi épaisse et atmosphère lourde pour corsages ouverts et dos ruisselants. À côté de la station de métro, un homme en veston bleu marine s’agite sur une caisse en plastique. Debout sur une jambe, le doigt pointé en l’air comme un prophète crado, il maudit les impies et appelle à l’holocauste. On ne comprend pas ce qu’il veut. Plaide-t il pour Jehovah ou fait-il de la retape pour attirer les passants à venir se nourrir dans un restaurant Mexicain dont il porte les couleurs ? Personne l’écoute. Les gens passent leur chemin. Ils font leurs courses, pressés d’en profiter pendant qu’on peut encore se gaver de la surproduction. Cadeaux, souvenirs, acheter et un plaisir dingue, une sorte de furie obnubilée, acheteur hypnotisés par les messages subliminaux lisibles entre les clignotements de néons saturés. New York est un very grand magasin.
L’homme fait des grands gestes. Il est trop agressif, les flics arrivent et lui mettent les embarquent le gus. D’abord ils lui mettent les menottes, et après ils discutent. Ils discutent calmement, mais fermement. C’est comme ça : je t’aime un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout.

Je recopie des pensées compressées dans un des 171 Starbucks de l’île. Quand les idées me viennent, je ne cherche pas à les organiser. Je ne veux rien, je suis un stylite qui prend ce qu’on lui donne. Je fais comme je « pneu » comme disent les chambres à air. Oui c’est ça, je suis gonflé, j’en ai plein les poumons.
SMS de Barbara. « Je voudrais que tu restes ce que tu étais… » Moi aussi j’ai faim de la toucher. Toucher sa peau. Toucher sa peau nue, sa mue de serpent. J’ai faim, comme tous ceux qui ont toujours faim, normal. Je brûle d’envies comme les sycomores dans le parc de Yellowstone ; moi je me consume comme une bougie le vendredi soir. Mais aujourd’hui c’est impossible, car il est là. Pourquoi m’a-t elle envoyer ce message. Tantôt amoureux bravant l’adversité, tantôt bandeur fou gonflant des combinaisons en caoutchouc, je cherche en moi ce que je ne comprends pas d’elle. Sûr que j’aime baiser cette femme riche offerte à mon trouble, mais je ne me sens aucunement (au cul ne ment) coupable de venir la voir quand son mari est en voyage. Parfois, je voudrais qu’elle m’oublie, mais elle en redemande. Polo synthétique, jupe droite, collier de grosses perles de Tahiti et boucles d’oreilles dorées Barbara reste dans le rang. Talentueuse diplomate, elle profite de son charme enchanteur, tantôt esclave et soumise comme toutes les maîtresses de banquier, tantôt innocente abandonnée sur le fleuve de son abnégation, Barbara reste au c^tés de celui qui l’entretient sans la tenir. Les shérifs veulent croire qu’aucun crime ne restera impuni, les religieux pensent que toute action généreuse sera récompensée.

J’aime ses grands yeux rieurs, ses pensées en octave et son élégance indulgente. J’aime son humour décalé, sa culture oubliée, son appétit de vestale et son savoir-faire impeccable. J’aime sa soif de vivre. J’aime entendre son cœur battant la chamade quand je prends son poignet fin et qu’on se redécouvre enfin sous son tailleur sage. J’aime ses chevilles de danseuse, ses longs mollets fuselés et ses longues cuisses ouvertes, j’aime goûter les saveurs de son clitoris tendu. J’aime ses gestes tendres et ses doigts chauds sur ma peau. J’aime sa grande mansuétude et son air de ne pas y toucher (et pourtant si touchant). J’aime l’entendre ronronner comme une chatte s’offrant à la caresse. J’aime sa bonne éducation soudain mise à quatre pattes et, tendant sa croupe à mes lèvres goulues, la sentir se cambrer en murmurant « encore, je t’en prie continue » . Et j’aime en guise de conclusion qu’on se désaltère ensemble, pour quelques gorgées de plaisir. Champagne ! Elle me demande d’en profiter, et j’en profite. Parfois je fanstasme qu’IL est au courant de mes allers et venues quand IL a le dos tourné, et qu’IL s’en satisfait, mais je ne prendrai pas le risque d’aborder le sujet concernant ses propres caprices quand on se croise lors de quelque soirée mondaine. S’il savait comme j’aime sa femme, je pense que je serais mort, même s’ils entretiennent ensemble des rapports abstraits, virtuels, ésotériques. Leur relation est très codifiée, politiquement, socialement correcte rigoureuse et calviniste, fondée sur des obligations, des devoirs et beaucoup de non-dits. Economiquement généreux, il ne fait rien pour la satisfaire trouvant en compagnie de garçons le prétexte à assouvir ses propres pulsions paternalistes.
Un autre SMS m’invite chez Mynah dans le bas de la ville, un autre monde. Mynah, c’est tout le contraire, j’ai l’impression qu’elle se refuse à l’élégance. Elle ne cherche pas se mettre en valeur, elle a gardé ce côté punk et provocateur. Murs vides, et ses affaires entassées les unes sur les autres, elle vit en mode célibataire dans un inconfort anticonformiste assumé au milieu d’un véritable capharnaüm depuis le départ de son fils. Chez elle chaque objet n’a pas vraiment une place, il est là où on l’a laissé. Minah ressemble à un insecte emmitouflé dans un cocon d’habitudes.
Le téléphone sans fil posé à côté d’elle sonne. Il sonne une seule fois et elle décroche comme un reflex professionnel rapide, Minah saisit le combiné aussi vite qu’un duelliste dégaine une arme. Faux numéro.
Appuyée sur un dictionnaire de produits médicaux que lui a fait parvenir le laboratoire dont elle porte le badge cousu à l’épaule, Minah tourne machinalement les pages d’une revue spécialisée. Ses cheveux blonds à la racine foncée et son air précieux, ses respirations profondes et son mouvement silencieux, Minah refuse de se laisser chagriner par les descriptions rébarbative et articles écrits par des jeunes chercheurs pour le compte de laboratoires d’analyses investissant sur les virus et maladies psycho-modernes qu’on voudrait pouvoir guérir en diffusant des médicaments.
Je perds à nouveau contact avec le sol. Minah se doute que je ne vais pas très fort, elle murmure :
– Tu crois que ça vient de là.
– Je ne sais pas … c’est la chaleur.

J’entrouvre à nouveau les yeux. Dans la cuisine, un fond musical fait effet sans importance, par la fenêtre entre’ouverte les bruits de la rue bourdonnent vingt-deux étages plus bas. Il règne dans la pièce un doux tohu-bohu qu’elle n’entend même plus.
Derrière le ventilateur à ailettes qui diffuse un peu d’air, Minah adopte des poses de modèles devant la baie vitrée. De temps en temps, elle jette un œil vers l’écran de télé qui diffuse un documentaire sur la vie de Thomas Edison.
– Ca va mieux me demande-t elle sans trop d’inquiétude.
– Oui oui, ça va.
– T’es juste overdosé.
– De quoi tu parles ?
– De rien, dit-elle.
Je la regarde préparer des pâtes fraîches au basilic. Ses gestes un peu maladroits trahissent son envie de me faire plaisir ; mais elle ne veut pas que ça se sache.

Je me relève et les mots sortent de ma bouche comme l’eau d’une rivière souterraine.
Elle me ressert un verre de Zinfandel et mangeant des croustis trempées dans du tarama. Elle a mis de dernier CD d’Iggy Pop, dans sa boîte en verre, un varan tire une langue noire. Minah me parle de son divorce avec un dessinateur, devenu homo qui a rompu les ponts, depuis des années.
Son fils est parti aussi il y a trois ans. Marié à Seattle avec une fille « comme lui » (je ne sais pas ce que ça veut dire). Il s’appelle Stonk et il a fait six mois de prison à dix-huit ans pour consommation d’héroïne. Il a 24 ans, il bosse dans un restau, mais sa belle-mère une bigote qui fait des prières pour sauver l’âme du jeune homme, n’a jamais voulu voir Stonk est mis à l’écart. Quand on fait des conneries on les paie deux fois quand la famille refuse de pardonner. Minah se fait beaucoup de souci pour lui, elle veut se persuader que c’est fini… Elle économise pour faire des voyages, elle va partir faire un stage de yoga en Argentine. Elle adore le yoga. Chaque mouvement nécessite un effort.
J’aime bien Minah pour sa sincérité. Habillée de rien, elle se penche souvent vers l’avant et mon regard plonge naturellement jusqu’à la pointe de son téton, mais je n’arrive pas à convertir cela en envie. Elle et moi on est presque d’accord sur tout mais du coup on n’a pas grand-chose à se raconter. Devant mon peu d’entrain, vers minuit je l’abandonne.

Tribeca. Down town. Lumières chaudes des lampadaires. La ville est belle, magnifique somptueuse. Instant de pur bonheur urbain. Dans le ciel, un avion venu de Newark à quelques kilomètres trace un ligne de nuit. Même si un petit courant d’air frais venu de la mer nous rappelle que NY est un port, il fait carrément chaud ce soir. De gros nuages planent sur les grues de la reconstruction, on sent que ça pétera à nouveau dans la nuit.

Décalé. Pas assez callé. Penché au-dessus de la grille du balcon, au-dessus du vide, je ne suis pas un ange. Les bennes à ordures font un raffut d’enfer. Je regarde le fer qui rouille. Un coup de feu claque dans la nuit. Il éclate dans ma tête. C’est précis. Un seul coup de feu.

Je devrais me faire opérer à nouveau, mais je n’ai pas les moyens ; alors je reste avec ces maux de tête qui me lancent des signaux comme des gongs assourdissants.

Peut-être que je ne suis pas arrivé à scier les barreaux de la morale dans laquelle on m’a enfermé. Juste par ignorance, parce que je n’ai pas de but précis. Je suis perdu dans l’absolu.
J’allume un bâton d’encens. Les encres se confondent comme les phrases d’un débat contradictoire. Battu, démonté comme un animal sauvage, je m’envolerais bien loin pour être soulagé du poids de journée comme celle-ci.
La conscience tranquille, je me pose sur le matelas telle une libellule de deux tonnes sur un nénuphar. Sur le matelas mousse, je regarde mon ventre en respirant une bouffée d’oxygène. Dur de trouver le sommeil. Des idées plein la tête, le sommeil ne vient pas. J’allume mon ordinateur et je cherche parmi les figurants outranciers des vidéos on line celle dont je pourrais associer les formes à celles de la mature Barbara. Quand je trouve enfin, alors je me laisse aller dans une serviette de Mickey.
Et là, je m’endors comme on finit quelque chose qui n’a jamais commencé,
cette journée n’a jamais existé.