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Roman Live On Line

Nu York

#048 Rumeurs et maladie

Je reconnais que, dans ce cas précis, on pourrait dire de moi que je suis un mauvais citoyen. Ca crée d’ailleurs une sale ambiance dans les soirées quand je l’avoue, mais c’est vrai, je ne me suis pas fait vacciné.
– Qu’est ce qui s’est passé ? Ils manquaient de vaccins ?
– Non, c’est pire que ça, je n’y suis pas allé.
Désolé, mais plus ils trouvaient des mots pour me convaincre et plus je devenais sceptique. L’histoire de se laver les mains pour se prémunir du virus ne collait pas. (un virus est un parasite intracellulaire de la taille du nanomètre, rien à voir avec une bactérie qu’on peut détruire facile avec des produits chimiques). L’histoire de me dire qu’à nouveau le Tamiflu le médicament qui sert à tout, on pouvait après s’être protégé contre la grippe aviaire qui n’existait pas, se protéger à nouveau contre la grippe du porc venu par les Mexicains ? Ils avaient l’air si sûrs d’eux, tous ces apôtres de mauvaises nouvelles, ce chœur de bien intentionné, vestales, augures et devins qui annonçaient le MAL avant qu’il ne soit là, mais comment pouvaient-ils donc être étrangement si certains de leur information alors qu’elle ne s’appuyait au départ que sur des rumeurs ? Non ça ne collait pas.

Quand je reconnaissais le parfum puant de la « propaganda », désolé, je fuis. Ma nature rebelle trouble peut-être mon jugement, mais il suffit de me dire qu’un truc est obligatoire pour que rentre dans ma coquille comme un escargot qui craint le soleil. Plus on me dit de faire quelque chose, plus je me bloque.
Je suis un peu psycho rigide et je m’accroche à mes défis. Je dors peu. J’aime la vie et je ne me souviens pas de mes rêves. Je suis assez « stiff ». Dans la famille raide, je tiens mes paroles et je ne suis pas de ceux qui promettent ce qu’ils ne peuvent pas donner. Pourtant je n’aurais pas pu faire une carrière dans l’armée, les injonctions des autorités me tétanisent. Je crains la raison qui préjuge aux raisons qui motivent ceux qui donnent les ordres.
Combien de paroles se sont envolées ? Où sont-elles allées toutes ces paroles en l’air ? Toutes ces estimations fausses et ces menaces en l’air ? Ont-ils été puni ceux qui ont diffusé le mensonge des armes de destruction massive qui a justifié le déclenchement de la guerre en Irak qui n’a fait qu’entraîner le monde dans le chaos ? Et l’Antrax qu’est-il advenu de cette poudre qui allait tuer tous les postiers du monde et puis tous les innocents de la planète ? Et aussi plus ancien, juste une piqûre de rappel des faits : Qui a posé la bombe aux jeux olympiques d’Atlanta ? On n’a jamais pris le coupable, ce n’était pas le gardien…

Non, je ne me suis pas fait vacciner contre le mutant H1N1, et je n’ai pas eu la grippe, sûrement grâce à tous les bons citoyens qui ont fait le barrage en offrant leurs chairs à l’aiguille. Je ne suis pas allé se faire inoculer (de sa mère) les doses qu’on m’a pourtant offertes, je n’ai pas offert mon corps à la pharmacie car je crois plus aux analyses des bio-chimistes plutôt qu’aux promesses commerciales des chimistes.
Je ne suis pas pris pour un Goldorak avatar, transformé en bouclier bio-ionique capable de s’opposer à l’attaque de virus transcontinentaux.
(Ceci dit, si je suis pris de remords, je pourrai toujours le faire l’année prochaine, vu que le virus mute. Ceux qui se sont faits vacciner cette année, devront le refaire l’année prochaine et l’année d’après, et celle d’après, et encore après etc, car le shoot qu’ils se sont pris n’est valable que pour un seul virus qui change sans cesse de forme. Et puisqu’ils ne craignent pas les adjuvant stabilisants au mercre, ils auraient tords de s’en priver. S’ils veulent se sentir équipés d’anticorps prêts à en découdre avec les virus aliens, ce qu’on vit de manière incohérente cette année devra se reproduire l’année prochaine et l’année d’après et d’après et d’après . Sans fin.

Nu, tel un gueux sans armure, j’ai quand même été malade. « Ah, bien fait pour toi ! » disent avec un sourire ironique les esprits ignorants qui confondent toutes les maladies. Ne leur en déplaise, je n’ai pas eu la grippe, mais une angine qui a envahi ma gorge et mes muqueuses nasales, avant de m’anémier comme une descente de lit pendant quatre jours.
Un soir au sortir d’une fête au cours de laquelle j’avais trop dansé et trop bu, je me suis assis devant la baie vitré à regarder la nuit et je me suis endormi. Du coup, j’ai pris froid. J’ai pris le froid. Aucun vaccin n’aurait rien pu y faire. Le froid est rentré en moi, comme la mort. Il a pris le pouvoir sur les forces chaudes qui s’occupent habituellement de cuire mes ennemis. Alors du coup subrepticement, une armée de minus, gros comme des petits riens s’est développée en moi pour prendre le pouvoir sur les forces vives qui ne l’étaient plus. Et quand mon corps ivre de fatigue, s’est enfin réveillé, ma raison a tout de suite compris, mais il était trop tard. Mes adversaires avaient pris le pouvoir dans les centres d’état-major qu’on appelle « ganglions ». Mon corps s’est enfiévré de colère, mais sans l’assistance médicale d’un rééquilibrage des forces grâce au soutien médicamenteux, ça a pris un peu de temps pour que les microbes et bactéries se laissent assimiler. Que nenni des méthodes modernes de combat pour les vaccinés, dopés aux antibios super héros, j’ai fait payer à mon corps sa faiblesse et pour le soutenir dans sa guérilla, il n’a eu droit qu’à quelques Eferalgan, du manganèse cuivre et des inhalations mentholées. Des recettes de gueux ! Mon corps n’a guère apprécié mon humour et mon esprit de contradiction, mais il s’est résigné et, dégonflé certes tel un pneu à plat, j’ai continué à vivre. Périodes de chaud-et-froid et j’en ai perdu la voix. Et puis l’entrain a repris.