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Roman Live On Line

Nu York

#017 Un petit paquet lourd à porter

Soir. Une vingtaine de pigeons s’envolent au-dessus du bosquet qu’on appelle Colombus Park, un peu plus loin quatre mouettes se sont posées sur le mât d’un vaisseau pirate en carton-pâte, une attraction pour touristes en forme de restaurant sur l’East River. De l’autre côté, c’est le crépuscule embrasé par la lumière orange et pourpre de l’astre brûlant qui agonise entre les remparts de Wall Street, sous l’horizon cranté des buildings.
Depuis mon bureau, je lorgne la pendule numérique sur le building en face. C’est l’heure, il faut que les gens s’en aillent. Une sorte de nécessité impérative, celle qui consiste à changer d’air. Ils quittent les bureaux et rentrent chez eux. En quelques minutes, l’agence s’est vidée de tous ceux qui s’y occupent.

Dans la rue, la foule des employés en costume froissé sous les fesses et dans le dos après une journée assis devant leur computer dans les bureaux, les yeux tournés vers l’intérieur d’eux-mêmes, les gens se dirigent vers les stations de métro. C’est la foule pressée de tous les soirs, cette foule constituée d’une multitude d’esprits pragmatiques au questionnement matérialiste sur des corps entretenus et musclés dans les salles de fitness ou au contraire trop nourris aux sucres compensatoires. C’est une cohue ordonnée qui va retrouver son nid à Hoboken, North Bergen, Rutherford ou Yonkers, une masse qui retourne vers Jersey City, Kensington ou Mont Vernon, chacun son endroit, sa faille à Harlem, Astoria ou Pehlam bay, chacun son nid, son creux dans la falaise à Greystone, Kings Point ou Larchmont. Ils/elles ne voient rien, n’entendent rien. « Avoid eye contact. ». La foule avance avec force et détermination comme une lave en silence, les visages fermés, remplis d’une apparente abnégation. Comme eux, porté par la foule de mes semblables, les bras le long du corps, je suis un arbre parmi d’autres êtres-troncs sciés après une journée de concentration, qui glissent sur une rivière froide. Un Blackberry ou un Iphone à la main pour rester coûte que coûte en contact avec le monde, certains traînent leurs dossiers sur des valises à roulettes leur laptop en bandoulière, pour continuer à travailler depuis chez eux dans un autre contexte que celui des salles climatisées de leurs entreprises. Surtout, il ne faut pas que ça s’arrête.
Je m’inquiète un peu. Fuck. Y a un trou au fond de la poche de mon imper. D’ailleurs je m’énerve toujours quand j’ai perdu mes affaires. Où elle est ? Ma carte métro. Ouf, ça y est je l’ai, elle était coincée dans ma doublure. Même ça il ne faut pas que ça s’arrête, quand la foule arrive au portillon du métro, tous les gestes sont comptés, à ce moment un petit ralentissement et ce sont 150 personnes bloquées et la queue qui s’allonge.
Le tourniquet n’en finit pas de faire les rotations sur lui-même. À cette heure-ci, les eaux de toilette et after-shave mentholés du matin se sont évaporés, les hommes et les femmes ont retrouvé leurs effluves animales dans l’odeur si particulière du métro, acide et sucrée, l’odeur des étincelles sur le métal, l’odeur des villes. C’est la foule des gens fatigués qui attendent sur le quai, qui attendent comme tous les jours ce métro qui les dispatchera dans tout l’Etat. Certains ne seront pas chez eux avant une heure et demie de transport. Trafic d’affluence et trafic d’influences. Tous différents. On ne pourrait pas mettre plus de monde sur le quai, d’ailleurs maintenant un flic empêche même les passagers d’infiltrer leur carte dans la fente du lecteur de ticket. Jusqu’à ce que le prochain train du métro emporte les 1500 personnes déjà sur le quai. Que se passera-t il quand il n’y aura plus de voitures ? Je n’arrive pas à l’imaginer. De plus en plus de gens prennent les transports en commun, mais ça ne diminue pas pour autant le problème de la pollution. Avec un baril à 100 $, ça devient sérieux. Bientôt ce sera la crise. La crise grave. I-nex-or-able !!! On le savait.

Pourtant on fait encore comme si de rien était. Chacun pour soi. Chacun fait sa figure de masque, un masque pâle de Scream aux traits tirés. Et pourtant derrière le masque, chacun s’efforce de faire bonne figure. « How are you ? » on répond toujours « Fine, thanks » parce que « ça va » toujours, même quand ça ne va pas. « Ça va super ». « Ça va au maximum ». « Ça va maximum top super » et ainsi de suite pour se convaincre soi-même. On ne sait pas à quoi le ratio « aller » correspond. Pour certains ça veut dire des millions de dollars, pour d’autres ça veut dire juste être en vie. Et si on me demandait à moi aussi, même si ce trou duc’ de Mike Shomsky chez COMCO, me stresse à la boîte, je dirai que ça va, et même si je souhaiterais avoir des nouvelles du scénario que j’ai laissé chez Sparkes & Jacobson, je dirai que ça va, et même si je me sens souvent seul et abandonné, même si j’ai du mal à joindre les deux bout, je dirai que ça va, et même si je suis mal dans ma peau nue comme un chien nu ou un chat nu sans poils, je dirais aussi que ça va au poil. Enfin, je veux dire « à poil ». (Tiens, j’y pense, nous sommes les descendants de singes nus qui ont survécu, mais on n’a jamais vu un tigre nu ou un ours nu, ça doit ou ça a dû exister, y a pas de raison, ça doit être impressionnant, un loup nu… ! Tu me diras, ils n’ont sûrement pas tenu le coup longtemps dans le contexte sauvage car c’est aussi le fait de la Nature Eugénique que d’éliminer ses différences. La Nature n’a pas de complexe. Elle élimine, back to Hell, dans la plus grande indifférence.) Je me demande parfois comment je tiens le coup. Nu parmi les vêtus. Nu la peau à vif. Pourtant je finis par accepter ce rôle. J’accepte qu’on m’ignore, et je finis par m’habituer à cette négation. En fait, je fais comme tout le monde ici, je nie mes problèmes. Reconnaître ses faiblesses c’est les accepter, et les accepter c’est presque déjà s’y soumettre, c’est plier sous le poids de la lourdeur des contraintes. Alors on préfère feindre de les ignorer, et du coup elles s’allègent. C’est ce que j’appelle « le mensonge positif ». Se plaindre c’est donner à l’autre tous les arguments pour te plomber. Dire le mal n’a jamais transformé le mal ! Dire le mal, ça fait juste un peu de bien parfois, comme lorsqu’on crève une ampoule, mais ça ne change pas la cause de l’ampoule. Dire le mal n’en fait pas un bien. Alors chacun fait semblant de croire que tout va bien. Oui, jusque-là tout va bien.

Un big man black essoufflé s’assoit à côté de moi. Je ne sais pas pourquoi je pense à son malaise. Je pense à lui quand il était petit, sûrement qu’il ne s’est jamais imaginé être celui-là quand il a pris l’habitude de manger plus que sa faim.
J’aime bien regarder ces gens patients qui attendent sans faire de commentaires. Ils n’ont pas le choix, ils sont résignés. Pourtant quand j’écoute le sujet de leurs conversations, je me dis qu’à part l’argent qui n’est jamais assez, les gens se satisfont de pensées minimales. Contrairement à ce que je voulais croire quand j’étais gamin, parmi le grand monde des adultes, les génies sont aussi rares que les champions sportifs par rapport au nombre de licenciés. Les hommes ne sont pas méchants, pourtant ils peuvent très vite le devenir, parce que peu d’entre eux analysent ce qu’on leur dit. Ils prennent tout pour argent comptant, sans remettre en cause les affirmations si absurdes qu’elles qui leur sont faites avec autorité. Il y a beaucoup de vraies têtes de pioche, et des connards irrécupérables, mais je ne crois pas que les hommes soient méchants au départ, hormis ceux qui cultivent leur misanthropie jusque dans leurs discours belliqueux de religieux sectaires (…) Et certains serial killers sadiques qui trouvent du plaisir à faire souffrir plus faibles qu’eux.
Vu qu’il y a plus de crétins que de killers, quand je lis les faits-divers, je me dis que les killers tuent majoritairement des crétins, ce qui fait office de régulation naturelle.

Quand on sent ce courant d’air c’est que le train arrive mais il s’arrête. Nouvelle panne d’électricité. Une annonce dans les haut-parleurs plus, tard, on attend patiemment que le train redémarre.

Une femme ravissante s’est installée sur la banquette en face. Je la matte entre les fesses de ceux qui se tiennent debout. Je la déshabille du regard. Je suis fasciné par ses grands yeux en amande, et ses lèvres pulpeuses qui s’entrouvrent parfois, laissant apparaître des dents blanches parfaitement organisées comme celles d’une star de la pub. C’est vrai que la parodontologie a changé les visages. Elle a une quarantaine d’années, peut-être moins, peut-être plus. Ici, on ne sait pas l’âge des femmes. Elle a enlevé son manteau chic, c’est bizarre de faire ça dans le métro, comme si elle se mettait à l’aise pour un long trajet. Elle écoute de la musique, ça doit être ça qui l’inspire. Les voyageurs sortent. Je la vois mieux. Elle porte aux pieds des Prada neuves, bref coup d’œil vers le pied des autres voyageuses, on dirait qu’elles ont toutes de chaussures neuves. À croire qu’une chaussure de femme ne vieillit pas, c’est le syndrome Cendrillon, pantoufle de vair. Sa fine robe lui colle à la peau et pas grand-chose dessous. J’adorerais qu’elle me demande n’importe quoi, juste pour entendre sa voix, mais elle feuillette un magazine de mode. J’ai envie d’elle. Croiser les jambes, décroiser les jambes, elle semble un peu tendue. Je matte les dentelles noires de son petit sac estampillé Victoria’s secret et je fantasme sur son contenu. Finalement elle pose ses deux pieds à plat sur le sol. Elle me regarde, je bande. Elle replonge dans son magazine. Elle porte un bijou « Baby » ciselé sur sa belle poitrine modélisée façon silicone Angélina Joly. Je l’ausculte comme un docte docteur. Je bande encore. Parfois elle se touche le sourcil délicatement. Doucement… Comme ça… Oui c’est bon. Son voisin baille lourd, ostensiblement, sans mettre sa main dans sa bouche des chicots et certainement des nuits de douleur buco-dentaires qui laissent supposer qu’il ne bénéficie pas d’une grosse assurance de santé. Il écarte les bras pour se détendre, il la frôle. Elle ne dit rien, rentre un peu la tête dans les épaules, me jette un regard complice mais sévère. Soudain, elle ferme le magazine, se lève, comme si elle était programmée pour s’arrêter là. Elle frôle mon pied et me jette un petit coup d’oeil amusé. J’ai envie de la suivre. J’entends son murmure
– Oups sorry.
Est ce qu’elle a fait exprès ? Elle répète.
– Sorry.
– No problem.
Je lui fais un petit sourire, mais elle n’a pas le temps d’y répondre, ça ne sert à rien.
Elle descend du wagon. Aimer quelqu’un le temps d’un trajet. Je devrais la suivre, j’hésite. Ça y est, je ne la vois déjà plus. Le wagon repart. L’autre mec épais comme un sac en cuir glisse son cul à sa place de celui de ma muse. Pressé, fatigué, anxieux, il déplie un journal et se penche en avant puis se rejette en arrière. Il parle et demande à tout le monde d’une voix neutre si ça va. Les gens ne répondent pas. C’est un malade, les yeux rouges, brûlés. Il se frotte de temps en temps la main sur le menton, ça fait crisser les poils noirs de sa barbe mal rasée. On dirait qu’il se pose des questions sur l’existence. Ce type est peut-être un bon père de famille ou un escroc délétère, un héros malgré lui ou un menteur thuriféraire, un tsar ou un oligarche en exil, un plongeur perdu sur terre ou un ancien champion d’échec, un soufi persan ou un acrobate désespéré, un médecin légiste ou un criminel en puissance, un iroquois, un spadassin, un millionnaire du National Lotto, un inspecteur camouflé ou un aristocrate ruiné, je ne sais pas, je voudrais qu’il soit quelqu’un plutôt que n’être rien. Il fait du bruit quand il respire. Je m’assoupis quelques secondes. Et je m’éjecte soudain réveillé par je ne sais quel instinct, quand j’arrive à ma station.
Remonter les marches et retrouver la rue. Le froid, le mouvement des autres.

C’est la nuit. Tous les chats sont gris. Une pluie fine commence à tomber. « Demain les rivières en crue rempliront mes souliers. » Mon mobile vibre, c’est Sam, il veut passer me voir, il veut me laisser quelque chose. Je ne sais pas d’où provient la profonde amitié que j’éprouve pour ce chacal séfarade de Samuel TK. Mais j’ai l’impression que je ne peux rien lui refuser.
On se donne rendez-vous chez Stan.Sur un écran plat accroché au mur de ce bar d’habitués, des images numériques asiatiques tournent sans fin comme un tableau animé, une musique hippie tourne en fond sonore en plus des bruits de la rue, de la clim, de la télé qui diffuse un match de baseball, des conversations. « La nacre rosée de fleurs synthétiques percent la neige rouge sous un soleil d’hiver. » Les filles s’ennuient sous leurs perruques en vinyle. La nuit les suit à la trace. Les serveuses pulpeuses passent entre les tables et aguichent les solitaires qui boivent à l’ancienne avant de rentrer. Les girls sont des travailleuses manuelles, des ouvrières du sex-appeal qui œuvrent avec la lenteur pesante d’un escargot. La nuit toutes les chattes se ressemblent. Assis au bar, je tripote un stylo en faisant rouler sous mes doigts la petite tablette en carton qui sert de dessous de verre.
Figée devant la vieille affiche déchirée d’une marque de collants ou de soutien gorges encadrée à côté d’une photo dédicacée par Marilyn Monroe et Jo DiMaggio, une étudiante attend la commande, de l’autre côté de la vitre, sur le trottoir, un grand big belly sort un Havane barreau de chaise genre module Churchill qu’il lèche avec délectation et chauffe avant de l’allumer.
Avec son allure d’ado plein de vie, Sam TK serait devenu danseur comme Travolta, Harold Christensen ou Merce Cunningham, s’il n’était resté bloqué dans ses gestes par une putain de polio. Il a du charme et sa copine est superbe. Maryse a été championne de ski au Canada, il voit le monde à travers elle sans comprendre ce qu’elle fait avec lui. Il la kiffe grave et veut la réjouir, alors il dépense tout ce qu’il a, et plus encore. Il prend des risques et lui raconte des histoires d’investissements dans l’immobilier mais en fait, il joue sa vie sur les tapis de poker dans les nuits froides des salles climatisées.
Je discute avec deux costards qui s’enfilent un 5ème Jack Daniels en parlant de leurs vies. Le premier est avocat, il s’appelle Ray. Il somnole en faisant des réponses absentes à Clayton qui discourt sans ouvrir la bouche, sauf quand il avale des doubles whiskys – soda. Ray dit qu’il voudrait avoir le courage d’adhérer au parti démocrate et défendre Hillary Clinton, mais il repousse toujours la carte en attendant d’être suffisamment convaincu. Apparemment Clayton est un pro de l’embrouille, il débite des poèmes sur un ton monocorde et sa femme paie ses dettes. En entrant, Sam me fixe avec l’acuité d’un tireur visant une cible. Je suis son soulagement. Il s’approche de mon oreille et me dit au milieu du brouhaha :
– J’ai peut-être fait une connerie…
– Une de plus ?
– J’avais pas le choix, tu te souviens de Fabio,
– Celui qui jouait du ténor avec Hal Singer et Bill Coleman ?
– Oui, mais il faisait aussi la vigie avec une bande de pirates du Bronx …
– Ce mec discret qui faisait tout pour qu’on ne le remarque pas ? Oui, oui, je me souviens…
– Je lui ai prêté du fric pour acheter une livraison, et il devait me rendre le pognon vite… Disons qu’il me devait des intérêts, parce qu’en fait j’avais emprunté deux cent mille pour lui prêter, et ensuite il m’a dit que la livraison était bloquée en douane, temporairement, mais que ça devait se libérer…
– Tu veux dire que t’as acheté de la came avec du fric qu’on t’a prêté ? Et l’autre ne peut pas te rembourser…
– Schwein veut son fric demain, si je l’ai pas, j’vais perdre l’autre jambe…
– Alors ?
– Je chope Fabio, je lui cloue le bras et je lui pète la main avec un marteau, et là il me dit que son affaire a capoté, qu’il peut pas me le rendre en numéraire, mais il peut me filer un truc qui vaut dix fois le prix, j’ai demandé :
– C’est quoi ce truc ?
Samuel me fait signe de le suivre. On va aux toilettes, il ferme la porte, et il pose un petit paquet sur la tablette en faux marbre, en disant d’une voix fiévreuse :
– J’avais pas le choix, c’était ça ou l’embrouille…
De toutes façons, Sam est déjà dans l’embrouille. Je demande ce que c’est que ce truc ?
Après avoir regardé en l’air en cherchant instinctivement l’œil d’une caméra de surveillance, il vide un mouchoir. Une douzaine de pierres brillantes comme des diamants roulent sur le plexi.
– Putain merde, ça vient d’où ?
Je ne sais pas pourquoi je pose ces questions idiotes. De toute façon il ne peut que mentir. Donc en effet il dit qu’il ne sait pas et qu’il doit gagner du temps.
– J’ai confiance en toi. Garde les jusqu’à mon retour.
Je lui ai demandé ce que je pouvais faire de ces pierres.
– Considère qu’elles sont à toi…
– À moi, mais…
– Planque les, jusqu’à ce que je rentre. T’as l’heure ?
Du menton, je lui indique une horloge numérique qui marque sept heures.
Il dit qu’il doit prendre un avion dans deux heures et qu’il reviendra chercher les cailloux bientôt, à moins que ce ne soit Maryse.
Je lui tape sur le dos, il pose la main sur mon épaule. Je mets le paquet dans ma poche, et je sors à mon tour.
Quand j’arrive chez moi, la techno des voisins fait vibrer les carreaux de fenêtre, ça danse en dessous. J’explose sans rien dire. J’envoie deux trois fléchettes sur une cible au mur. Je range trois bouquins que je viens d’acheter, je pose mes affaires. Je cherche une idée de planque. La poussière colle à tout, elle colle à la peau, je me sens sale. Je trouve l’inspiration quand j’enlève mes chaussettes trouées et je cache le paquet dans le talon d’une chaussure.

Le seul danger, c’est que j’oublie moi-même où j’ai planqué les cailloux. J’ai autour de moi quelque part, un certain nombre de trucs planqués que je ne suis pas près de retrouver…