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Roman Live On Line

Nu York

#026 Perplex cité

Snoop Dogg dans son langage de pimp raconte qu’il envoie sa girl sur le trottoir pour qu’elle lui rapporte l’argent qui lui permettra de s’acheter sa médecine. C’est immoral et pourtant c’est bien fait. Il y a des choses morales ennuyeuses, et d’autres sybarites et perverses qui font pourtant plaisir. Les bonnes pensées ne sont pas les plus stimulantes. Les artistes sont des totems. Dire l’immoralité est aussi nécessaire que de faire la morale.

Il y a toujours des raisons, de bonnes raisons et de mauvaises raisons.
Des raisons pour le bien, autant de raisons pour le mal.
On peut admettre que tout s’explique, tout et son contraire comme la théorie mathématique de Kurt Gödel.

So what ?
Même quand t’as trouvé les mots pour en parler, qu’est-ce que ça change ?
On sent venir une crise terrible. L’inflation se profile grandissante. Les banques ne prêtent plus aux banques, la mécanique économique risque de se figer à tout moment parce que les hommes perdent confiance. Certains parmi les puissants profitent de la faiblesse d’autres hommes moins documentés. Comme le raisin dans la presse, ils écrasent leurs semblables, et font un vin qui a la couleur du sang ; ce vin de sang dont les vampires et les moustiques s’enivrent. Quand on parle de « consommation », on parle avant tout de celles des hommes pauvres; ces mêmes hommes pauvres qui profitent du labeur des autres hommes pauvres. Inutile de se plaindre. Appeler au secours ? Porter plainte ? une habitude enfantine. Langue de bois, langue de velours ou langue de papier de verre, langue de vipère. Même pas la peine de protester. Les autres ont toujours raison. Subir le joug de la loi, plier sous le poids du destin, sans pouvoir se mettre en colère, contre qui? Pourquoi?
Dénoncer, c’est tout ce que l’on peut faire. Rapporter, débiner au dirigeant, aux parents, au prof, à la police, cafeter un cafetier ou un chef de section. Dénoncer.
Je pense au Tibet en ce moment sous les balles des soldats Chinois qui nient l’évidence à la face du monde. Le Tibet qui essaie de faire parler de lui en faisant entendre les balles que l’on tire sur lui. En 2005, on estimait à 2 milliards le nombre de téléphones portables dans le monde qu’on a pu miniaturiser grâce aux batteries au lithium qui ont permis leur miniaturisation.
Désormais, les industries du téléphone portable, des ordinateurs portables et de toutes sortes d’appareils électroniques compacts, sont totalement dépendants de la production de lithium. Peut-être dans quelques années l’industrie de l’automobile le sera-t-elle également.
Le lithium est le 33ème élément le plus abondant sur Terre. On l’extrait en grande partie des lacs de saumure, exploités principalement en Argentine. Aujourd’hui, le lac salé de Chabyer, dans la région autonome du Tibet, attise les convoitises. Situé à 4 400 m d’altitude, il est l’un des 3 plus grands du monde et représente la plus importante ressource de lithium de la région. Le Tibet se trouve être la 1ère zone dans le monde en termes de perspectives de réserves de lithium. Or la Chine est devenue le plus grand producteur et consommateur de batteries au lithium-ion. La production moyenne annuelle du pays a atteint les 19 milliards de pièces. Le Tibet dispose de ressources non négligeables :
100 à 150 millions de tonnes de gaz et de pétrole ont ainsi été découvertes en 2005 dans la partie occidentale du nord du Tibet. Son potentiel hydroélectrique est d’environ 200 000 MW, de quoi répondre à environ 30% de la totalité des besoins de la Chine. Le potentiel éolien se situe quant à lui au 7ème rang des provinces chinoises, avec 93 milliards de kWh potentiels par an. Enfin, une centaine de sites pourrait faire l’objet d’exploitation géothermique. Depuis 2005, la capitale du Tibet, Lhassa, est reliée à Xining, capitale de la province de Qinghai par la liaison ferroviaire la plus haute et la plus longue du monde. Elle possède une capacité de 150 000 tonnes de marchandises par mois.
Dénoncer, oui mais peut-on faire autre chose pour ralentir un processus inexorable ?

On cherche le chemin qui relie l’intelligence au sentiment comme un pont de singe au-dessus d’un précipice, entre la raison et l’émotion.
Un jour, je trouverai l’issue, la sortie du tunnel, comme l’abeille sort de la ruche.
Il faut creuser, s’enfoncer dans la mine, de plus en plus profond. Quand on n’est pas ingénieur ou géologue, on ne sait jamais ce que l’on va trouver, alors il faut continuer, et creuser pour creuser…

Quand la joie remplit ceux qui ont le sentiment d’avoir fait mieux, être moyen n’a pas de sens.
Peindre le dimanche, tricoter des écharpes en comptant les mailles/secondes, compter le temps, réparer une grange ou utiliser les outils informatiques qu’un oncle a laissé en héritage dans une grange de données, les amateurs ont besoin d’un peu de gloire pour se sentir exister, un peu de temps, juste le temps d’une partie. Les amateurs ne veulent pas être des champions. Ils ne peuvent pas être champions, même s’ils en rêvent. Les amateurs ont refusé de faire des concessions, les amateurs ont choisi d’agir pour le plaisir, alors d’ailleurs souvent les amateurs se moquent des champions, ils ont du mal à les comprendre. Les amateurs veulent juste gagner une partie gratuite, ils ne veulent pas gagner leur vie.
Mais autant les excès rebutent les calmes contemplatifs qui se suffisent d’y croire, autant les extrémités fascinent les « professionnels » qui se comparent aux navigateurs, aux explorateurs, aux aventuriers, aux chercheurs d’or ou de diamants, de trésor ou de laboratoire.
Les professionnels se protègent en formant des clans. Gangsters. Les lobbies de pros qui mangent à la même table, qui bouffent au même râtelier, qui apprennent les rituels et parlent le même langage ; les pros connaissent les règles du jeu. Ils corrigent leurs erreurs et tordent la Vérité.
Les professionnels doivent savoir se corriger, il en va de leur survie. Conscience républicaine, conscience démocrate, est-ce que le poids de la conscience pèse plus lourd que le harcèlement d’un supérieur ?

La résignation c’est admettre. Je ne sais pas s’il faut admettre ou accepter de jouer à ce jeu de survie et de mort au bout du compte ?
Oublier ? Non. La mémoire est un filin sur lequel on marche comme des équilibristes au-dessus du vide. Ne pas oublier, c’est garder ce filin tendu entre les rives du passé et celles de l’Avenir quand le grand fleuve du présent coule comme une cascade sous le gouffre qu’on traverse à chaque minute. Il faut faire l’effort de mémoire, refuser de tirer un trait sur les massacres, ou feindre d’oublier la Shoa, ou le massacre des Tutsis, ou l’holocauste perpétré par les Khmers rouges, ou celui des Turcs en Arménie, ou des Irakiens sur les Kurdes, ou les milliers de morts de la « piste des larmes » lors de la déportation des Indiens en 1838, ou les millions de morts des Goulags de Iossif Vissarionovitch Djougachvili alias Joseph Staline, etc…

Les gens s’énervent, ils foncent les uns contre les autres, ou bien ils disparaissent en eux-mêmes du côté de la face cachée de la lune.
Les uns s’enfoncent l’aiguille dans le bras ou sous la langue, d’autres sniffent la poudre, d’autres s’injurient comme on crève une ampoule.
Quand les insultes ne suffisent plus, alors les armes font entendre le silence.

Un gamin qui s’était fait sodomisé par son beau-père est au tribunal aujourd’hui, accusé d’avoir tué dix-huit personnes. Il explique d’une petite voix qui ne ressemblait pas à celle d’un assassin qu’il vivait un cauchemar et que le fait de tuer le soulageait. Est-ce que cette explication a suffi à consoler les familles ? Pas sûr.

Une mère a été arrêtée après qu’une voisine a découvert son bébé dans le congélateur. Il y a de plus en plus de bébés dans les congélos. Le journaliste précise que, d’après le médecin légiste, le bébé n’était pas encore mort malgré les contusions et les hématomes qu’on a retrouvé sur son petit corps, quand elle l’a enfermé dans le noir froid du meuble polaire. Je ne sais pas pourquoi le journaliste gore donne tous ces détails.

Un jeune présentateur de sport célèbre vient de mourir d’une crise cardiaque.
La Mort ne prévient pas toujours.

Il y a eu plus de mille attaques indiennes et conflits avec les colons entre 1862 et 1890 date du massacre Sioux de Wounded Knee au Dakota. Sitting Bull l’homme médecine qui s’était retrouvé chef de la nation Sioux fut tué par la police indienne pour une histoire de règlement de compte. La guerre de sécession qui démarre avec le bombardement de Fort Sunter et finit par la bataille de Gettysburg, dura quatre ans et fit 620 000 morts.
Le premier président fut Washington. James Madison, quatrième président considéré comme le « père de la Constitution », fut président de 1809 à 1817.
On ne sait pas qui a tué Malcom X en 1965.
Rosa Parks refusa de laisser sa place le 1déc 1955 à Montgomery Alabama un an après, la cour suprême considérait que la ségrégation était contraire à la Constitution. La grande Histoire du monde et de tous les univers n’est faite que de petites choses qui prennent de l’ampleur.

Pourtant les nombres peuvent nous rendre fous : les 25% de QI supérieur en Chine sont plus nombreux que l’entière population du continent Nord Américain, le nombre de petits Chinois diplômés et gradués est supérieur au nombre d’enfants Américains. La Chine sera bientôt le premier pays de langue anglaise sur Terre. Durant ce temps de lecture, 60 bébés naîtront aux US, 244 en Chine et 351 en Inde. On considère qu’en 2010 un type de 38 ans aura travaillé dans 10 à 14 compagnies différentes, les métiers les plus demandés dans 8 ans, n’existent même pas encore aujourd’hui car ils utiliseront des technologies qui n’existent pas encore, à savoir que ces métiers permettront de résoudre des problèmes dont on ne sait même pas qu’ils seront des problèmes. Nintendo a investi 140 M de $ dans la recherche et le développement tandis qu’en 2002 le gouvernement Américain a dépensé moins de la moitié dans la recherche et l’innovation éducative. En Sept 2006 il y avait 106 M d’inscrits sur MySpace soit le 11ème pays du monde entre le Japon et le Mexique. On vit une période exponentielle. Il y a 3.4 milliards de recherches par mois sur Google, le nombre de textes et messages envoyés, dépasse le nombre de population mondiale (soit plus de 6 milliards). Il y a 540.000 mots dans la langue Anglaise aujourd’hui c’est à dire 5 fois plus qu’à l’époque de Shakespeare, plus de 3000 livres sont publiés chaque jour. On estime que dans un seul numéro de fin de semaine du New York Times, il y a plus d’informations qu’un homme en recevait sur l’intégralité de sa vie au XVIII ème siècle. On estime que 1.5 exabytes (1.5x10puissance 18) d’informations uniques nouvelles ont été générés et échangés en la seule année 2006 c’est-à-dire plus qu’au cours des 5000 années qui ont précédé. La somme des informations technologiques se multiplie par deux, tous les deux ans, c’est-à-dire qu’un étudiant sortant d’université après quatre ans d’études a un bagage de connaissances technologiques déjà à moitié obsolètes. La troisième génération de fibres optiques a récemment été testée par NEC et Alcatel qui permettra le transfert de 10 trillions de bits / second ce qui représente 1.900 Cds, ou 150 Millions de coups de téléphones simultanés chaque seconde. Cela triple tous les six mois, et l’on considère que ce sera pareil dans les 20 ans à venir. La fibre est déjà là, il n’y aura qu’à changer les connexions. En 2006 on a vendu 47 millions d’Ordinateurs portables. Le projet des ordinateurs à 100$ pour les pays sous-développés laisse penser qu’on en exportera environ 100 millions chaque année. On pense qu’un super computer d’une capacité supérieure au cerveau humain, sera construit en 2013, vers 2023 des ordinateurs à 1000$ auront cette même capacité. Et même s’il est très difficile de faire des projets qui dépassent 15 ans, on peut supposer qu’en 2049 un ordinateur à 1000 $ aura une puissance supérieure à celle de la espèce humaine…

La télévision diffuse un match de paint-ball.
Vingt mille personnes sur les gradins. D’où viennent tous ces gens?

Gauguin le chat du voisin a bondi dans la pièce, en me faisant sursauter tel un extra-terrestre de bande dessinée. Peut-être que Gauguin le chat serait allé au stade de paintball s’il avait pu se payer de quoi.
– Hein t’irais bien voir un match de basket au Madison Square Garden. ?
Le chat ne me répond pas. Il m’ignore dignement.
Tourner les yeux vers la grosse araignée qui court sur le sable beige du plafond.
Le robinet oxydé goutte sur le bord de la baignoire d’angle qui ne sert plus.
Comme le chat moi aussi, je m’étire. Une serviette mouillée sur les épaules, je fais les gestes dynamiques de gymnastique matinale. Trois flexions sur les genoux : la première, je l’appelle Carnegie, pour l’acier, la deuxième, Rockefeller pour le pétrole et la troisième Morgan, pour la finance. Et à nouveau trois autres : la première c’est Armstrong la seconde, Aldrin et enfin Collins.

Je suis juste sous le nuage. Depuis mon balcon, je peux voir les reflets de l’East River au bout de la rue droite. Il fait froid, un peu froid. Le ciel est gris, il ne fait pas très froid, mais il pluviote ce matin. Plus que la pluie. La bise fraîche a soufflé toute la nuit. La bise venue du Canada, qui glisse sur les plages, qui avance dans la plaine et remonte les collines jusqu’aux murs de la cité. On ne pourrait jamais croire que le printemps arrivera dans quelques jours.

J’enfile un jean trop petit. Fesses moulées, (c’est la faute de la lessive.) Je file à l’aéroport. Sarah, ma demi-soeur de chocolat au lait, débarque à JFK.
Les limousines de rêve parquées devant les Palaces brillent de tous leurs reflets d’opulence; au volant des chauffeurs attendent un émir ou un tycoon, un homme ou une femme inconnu mais riche. Il y a beaucoup plus de riches inconnus, que de gens connus qui sont riches. Le klaxon bloqué sous sa paume lourde, mon chauffeur de taxi Pakistanais fait sonner sa rage immobilisée dans les tympans de la rue. Sur les trottoirs, les passants pressés ne bronchent pas, la seule révolte est celle d’un autre type coincé comme nous dans sa bagnole derrière le livreur qui décharge des packs et des cartons. Je reconnais l’avocat du premier étage ; il gesticule pour expliquer au livreur que sa voiture est coincée, s’il était armé, il tirerait c’est certain. L’autre ne réagit pas, il fait un signe qui veut dire à la fois: j’y peux rien, je me dépêche, je n’ai pas le choix et : sois patient.
Le livreur sort enfin du dépôt avec son papier rose à la main. Ça y est le camion est parti, les fourmis se remettent en mouvement. J’espère que je serai à l’heure à l’aéroport.