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Roman Live On Line

Nu York

#010 Mynah ou l’air du temps

Aujourd’hui, tout avait l’air facile. Il y a des jours comme ça où les événements se passent avec une aisance miraculeuse. Tout s’emboîte en mécanique, avant même qu’on l’ait désiré. Depuis des heures, le soleil d’été s’est couché dans ses draps rouges et ors derrière Jersey City, de l’autre côté du fleuve. Comme par habitude, le ventilateur de la climatisation fait son bruit sans saccade. Des fils de branchement électrique traînent un peu partout. Notes manuscrites étalées sur le tapis. Un coup de feu claque dans la nuit. Un seul. Un sportif hilare court dans la rue. Sirènes. Une musique sourde résonne dans la cage d’escalier; de la Techno qui fait vibrer l’immeuble. La fille du premier n’y est pour rien et pour cause après l’épisode de l’autre nuit, le proprio l’a virée vite fait. Les basses montent de la boîte de nuit sous l’ascenseur.
À midi y avait un asticot dans mon mesclun. Il paraît que chaque année, on avale 30 grammes d’insectes. 30 grammes d’insectes? Ça me semble beaucoup. Je ne sais pas comment “ils” calculent ça. Sous prétexte d“il paraît que…” ou de“on dit que…” les gens énoncent des chiffres qui n’ont pas de sens. Et ils adaptent les bruits à leurs propres croyances comme cette histoire de rumeur: un professeur Chinois en voyage touristique demande son chemin à un autoctone pour atteindre un certain beau point de vue, et quelques cancans plus tard ça devient “un espion Japonais est venu faire un repérage dans la région avant un bombardement”. 30 grammes d’insectes, t’imagines c’est énorme, si on compte le poids d’un mouche faut en avaler un sac entier non lyophilisées, ou ouvrir grand la bouche aux abords des villages en moto. Non, trente grammes, je ne peux pas le croire. Ces affirmations débiles invérifiables obstruent la pensée comme des cheveux dans le syphon du lavabo. Ah ben tiens à propos de cheveux, l’autre jour il y avait un long cheveu noir dans ma salade de poisson cru. Qui l’eut cru? C’est pourtant un restau qui semble bien tenu… On ne sait jamais ce que cachent les apparences. Je l’imagine en train de pousser dans mon ventre, et il prend l’importance d’une perruque dans ma tête, comme une touffe d’algues sous mon crâne. Je ne sais pas pourquoi un cheveu est si écœurant. Elle n’y était pour rien, je sais, mais la jeune serveuse Japonaise (ou Chinoise, ou Coréenne, ou Taïwanaise, ou Thaï…) s’est confondue en excuses, pourtant c’est pas demain qu’on retournera dans celui-là. Quand on dit qu’il suffit d’un cheveu pour qu’un avis change, je pense qu’il s’agit d’un cheveu dans la soupe…

La clé dans la serrure. Mynah ouvre la porte. Interrupteur. Les néons s’allument.
– Depuis quand tu vis dans le noir ?
Je rouvre les yeux. J’ai dû m’assoupir devant mon ordin. Pas le temps de répondre.
– Et toi qu’est-ce que tu fais là?
Mynah revient d’une soirée très maquillée. Super décolleté. Elle s’approche, enveloppée de mystère. Elle sent la clope et l’Herbe. Elle reconnaît qu’elle a “un peu” bu.
– Je te signale que tu est nu ! me dit-elle,
– On naît nu.
– Oui, t’as raison, je finis parfois par l’oublier, tu sais dit-elle avec humour.
– Ecoute, je ne sais pas ce qui m’arrive, mais parfois je sors comme ça et personne ne le remarque, comme si je n’existais pas.
– C’est ça oui, c’est moi qui bois mais c’est toi qui raconte n’importe quoi, dit Mynah en blaguant.
– Ecrire ça veut dire se mettre à poil, qu’on voit l’intérieur ou l’extérieur quelle importance…?
– Quand même… dit-elle un peu gênée.
– Au moins ça me rassure, toi, tu me vois pour ce que je suis. C’est pour ça qu’on se comprend tous les deux.
– Bon allez, arrête ton baratin. Enfile quelque chose, sinon tu vas prendre froid dans la clim, dit-elle un peu compatissante.
– Tu n’as qu’à pas regarder si ça te dérange…
Elle fait semblant de mettre les mains devant son visage. Je lui demande:
– À quoi tu penses ?
– Moi, tu sais bien, je ne pense pas, répond Mynah, c’est bien ce que tu me disais toujours quand on travaillait ensemble. Au fond t’es resté assez macho!
– Moi macho?…
Discussion stérile. Je change de sujet. Je lui demande si elle s’est bien amusée. Elle ne répond pas. Je suppose que oui, donc. Toni, lui a dit que c’était mieux qu’elle rentre, alors elle est venue ici. Se passer de l’eau sur le visage. Mynah me regarde un peu dubitative. Je lui déroule le tapis rouge.
– Ça fait plaisir de te voir mais au fait, t’es venue pourquoi ? Pour arroser mes plantes?
– Pour récupérer quelques affaires. J’ai trouvé un “one bedroom” du côté d’Harlem plus grand que mon studio sur la 45 th / first. C’est un peu loin mais c’est mieux. En fait que crois que je fais une super affaire.
– Je n’en doute pas, t’as toujours été bonne en buiseness.
Mynah cache sa vérité derrière un masque enjoué. On a le même âge elle et moi. 37 ans. J’ai toujours eu 37 ans. Même quand j’étais plus jeune, je rêvais d’avoir trente-sept balais. Je suis bloqué à 37. J’ai le sentiment que c’est l’âge d’un homme. Avant on est jeune et après 37 … Je ne sais pas encore ce qui va se passer ?
L’atout de Mynah, c’est sa beauté. Son arme c’est sa beauté affûtée. Elle a de la chance: elle fait plaisir à voir. La beauté qui fait mal, elle m’a fait souffrir. Sa beauté me botte. Amour blessé, saboté, je suis canin, elle est féline. Nous avons gâché pas mal de temps. Son élégance naturelle, cette allure et ses traits réguliers, sont des atouts dont elle a su se servir. Starlette de Sitcom, Mynah se fait un cinéma de pipole. Elle semble partout à l’aise, chaloupée extravertie, on pourrait croire qu’elle sait où elle va. Elle se veut dans l’air du temps. (Tiens « L’air du temps », c’est un beau titre.) Quand je l’aime, c’est justement cette fausse naïveté qui m’inspire, comme une psychanalyse ou un dessin animé pour adulte. Souple comme une plaque de PVC, Mynah marche à pas lents dans la pièce. Mini jupe légère, chemisier à carreaux roses qui descend vingt centimètres en-dessous de ses hanches, tissu acrylique transparent qui flotte comme l’eau. Au-dessus de ses hauts talons bicolore ses collants blancs à motif triangulaires qui lui font des jambes fuselée de poupée bien moulée.
– Je voulais t’écrire, dit-elle, J’ai beaucoup pensé à toi.
-Ah ?
– Oui, je l’ai fait.
D’un geste automatique et assuré, Mynah branche son Ipod sur mes enceintes et s’allonge, exténuée sur un gros canapé en cuir mauve. Mynah déplie ses jambes en se laissant aller à l’abandon. Même la nuit la chaleur humide colle à la peau. Un petit courant d’air caresse son visage. Elle rejette la tête en arrière et ferme les yeux, je ne voudrais pas qu’elle s’endorme. Elle ne bouge pas pourtant je la sens chargée comme une pile. À travers elle, c’est l’électricité de cette ville qui s’est accumulée. Myanh laisse ses jambes s’entr’ouvrir et mon regard-serpent plonge entre les cuisses de cette belle blonde musclée en salle de gym. L’étincelle de la séduction c’est l’attirance, j’ai envie de prendre les seins de silicone qu’elle a si bien fait refaire. Vue l’érection qu’il m’est impossible de nier …
La télé allumée dans le fond de la pièce, je ne la regarde pas, c’est comme un bocal de poissons exotiques, mais j’entends de loin les épaisses jokes sudistes d’un comique populiste. Ça ne m’amuse pas plus que mes orteils, et même ça me casse les couilles. L’humour n’a rien à voir avec l’amour. L’humour agit parfois comme un appât parce qu’il crée ce décalage qui laisse un peu de lattitude, mais une fois que le climat s’est instauré, l’humour n’est pas sex appeal. Je manipule le boîtier de la télécommande pour changer de programme. Mynah m’explique qu’elle a gagné un concours d’hôtesse d’accueil, mais qu’elle n’ira pas prendre le job.
– Mais pourquoi t’as fait ce concours ?
– Je ne sais pas, juste pour le fun.
-Tu fais des concours d’hôtesses d’accueil pour le fun ?
– Ouais…
Et puis elle ajourte qu’elle a aussi gagné 5000 $, et que c’est toujours ça d’pris.
Le feu, le fun, le foen qui ouvre la fenêtre de l’esprit.
Pendant que je prépare un thé Mariage, assise en tailleur sur le tapis Mynah feuillette un livre d’aquarelles anglaises. Le casque sur les oreilles, coupée du monde, je l’entends qui fredonne “Beautiful Liar” en recopiant quelques adresses sur son PC Laptop puis elle se lève et sort sur le balcon pour fumer un calumet
– T’en veux ?
Je dis que j’ai arrêté de fumer.
– C’est nouveau… Depuis quand ?
– Depuis que j’ai visité l’expo des Bodies du dr Von Hagens.
– Quoi ? De qui?
– C’est un scientifique Allemand qui a fait pas mal d’expérimentations. Dans les années 70, il a mis au point la technique de plastination.
– Comment ?
– À l’origine c’est une forme d’embaumement, une méthode de conservation anatomique dédiée à des fins didactiques et médicales afin de pouvoir étudier en trois D les subtilités et variations individuelles des corps humains.
– Et à l’arrivée… ?
– Ça attire des foules de curieux qui viennent voir dans les expos comment nous sommes faits.
– C’est assez morbide ton truc!
– Non, t’inquiète c’est super clean, sauf qu’on voir des corps en leur état…
– Et alors ?
– Moi j’ai paniqué en voyant les poumons… comparé à la couleur laiteux des non-smokers, les poumons gris anthracite couleur de pierre des fumeurs m’ont foutu la trouille.
– Peur, toi ? Peur de quoi ? dit-elle avec désinvolture, la peur c’est ton fantasme… on croirait que t’as toujours eu peur de tout…
Mynah connaît mes faiblesses. Elle me tente encore.
– Goûte ça, allez, tu verras comme c’est bon.
Je l’envoie balader. Un flot de paroles se déverse entre nous comme un sac de sable. Je dis que pour moi les choses deviennent sérieuses.
– T’as toujours été trop sérieux, à croire que tu donnes de l’importance à tout. Mais, quoi, rien n’a d’importance. Lâche-toi!
– On vit des années charnières au milieu d’un charnier.
Mynah n’aime pas mes jeux de mots. Ici, on n’aime pas les idéologues spirituels non plus, on préfère le matérialisme des pragmatiques. On parle de la réalité des Pitbulls,on parle des Bulls Maastif, des Bassets, des Poodles, des Jack Russel, des Terriers et des Sheppards, de Rintintin et de Rantanplan, de Pluto et des Dingos en laisse, on parle des meutes de clebs que leurs maîtres mènent se défouler à Huit heures du matin dans les allées de Central Park. Je ne sais quelle association d’idée lui vient en tête, mais elle parle du Chien Andalou. Pour elle, le surréalisme est une thérapie qui s’arrête à la montée du nazisme.
– Aujourd’hui on doit croire les idiots. On ne veut rien entendre de la spontaneïté.
Depuis mon bureau, en soufflant sur ma tasse, j’observe Mynah amicalement. Quel est donc ce manège qui tourne en elle ? Polie comme un galet, au fond elle s’exècre en secret. Sécrétion et sacrifice quand elle était gamine, comme toutes les petites filles, Mynah voulait être une princesse, mais elle ne ressemble pas à cette idéal qu’elle aurait voulu incarner. Elle rêverait qu’on la respecte comme une duchesse, mais elle est aussi vulgaire qu’une courtisane défoncée. On se connaît bien tous les deux, on a travaillé ensemble, elle était chargé des prospés du temps de mon agence de com. Quand j’ai vendu mes parts, elle a essayé de monter une société de conseil en insvestissement publicitaire mais sa boîte n’a pas tenu le coup. Les frais trop lourds, fallait que ça marche tout de suite, pas le temps d’attendre.
Je l’ai toujours aimé un peu, beaucoup, à la folie pas du tout. C’est ça oui: un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout. J’aime comme tout le monde, par séquence, des séquences qui durent quelques minutes, quelques heures. Aujourd’hui elle bosse dans une banque sur les obligations je crois.
Gauguin le chat des voisins est passé par la fenêtre. Il s’est installé sur le tapis. Il vient assez souvent, me tenir compagnie. Au début, je le virais et puis je n’aime pas les conflits, je me suis habitué à lui et je le laisse faire sa ronde; après tout, il vient me distraire. Je ne comprends pas ce chat, je ne comprends pas les chats, ils nous échappent. E-chat-ppé. Gauguin s’allonge sur une couverture dés que j’ai le dos tourné.. Mynah joue avec lui, elle joue sans jouer mais le félin félon ronronne et ça m’insupporte. Je suis jaloux.

Eclairée par le reflet de l’immeuble en face, Mynah se lève et je vois son ombre qui s’approche de moi comme un lycaon. Elle me chatouille la nuque avec une longue plume de paon, je résiste quelques instants:
– Parle-moi de celles que tu as aimées, ça me donnera de l’importance.
– Qu’est-ce que tu veux savoir ?
– Rien, en fait dis-moi leur noms…
– Comment ça?
– Dis-moi juste leurs noms, c’est simple…!
– Mais, je ne sais pas, je ne me suis jamais posé la question sous cette forme. Attends, tu veux savoir celles que j’ai aimées, attends, je cherche…
– Tu dois chercher celles que tu as aimées ? Et tu appelles ça de l’amour…
Je demande juste le temps que ça s’organise dans ma tête, et puis y a plusieurs façon d’aimer… alors commence l’énnoncé:
– Je ne sais pas pourquoi les premières qui me reviennent sont Brigitte, Elizabeth, Séné et Camille et puis… ah oui Linda la blanche… et puis Eden… et Kimhini, attends…
– On n’est pas pressé…
Les prénoms de ces femmes réapparaissent au hasard de ma mémoire, je les dis comme on égréne un collier. La simple évocation de ces prénoms semble exciter Mynah comme des boules de geisha.
– Je sais qu’il y en a d’autres.
– Ah oui, Ashley qui venait de Brighton… Je n’arrive pas à comprendre comment ça s’organise dans ma tête. Il n’y a pas d’amour chronologique. Pour certaines ça n’a duré que quelques heures, tu sais. Je me rappelle aussi de Sandra Shawn-Phillips l’interior designer, de Kelly, Aëlle et Sonia, des modèles pour l’agence. Shelby Mc Pherson faisait des jardins de star elle m’a quitté pour un jeune mec qui lui a fait un enfant, et Angie la petite coiffeuse lors de la traversée de l’Atlantique en croisière sur le Queen E., et puis Rebecca l’écuyère, Sarah dans les vestiaires de Flushing, et Carole la présentatrice du Fantastic Show. Pour chacune, je pourrais te raconter comment on s’est aimé.
– Non, ne donne pas de détail, s’il te plaît, non, pas aujourd’hui, continue!
– Quand j’ai vendu l’agence, je suis allé m’installer quelques années en France. La première fille que j’ai connue là-bas s’appelait Hélène, et puis il y eu la gentille Marika, la belle Claire de Nemours fille de la contesse de Kastanov, et Murielle et Françoise qui était grande.
– Grande comment?
– Elle faisait du basket en championnat et ses pieds dépassaient du lit, couché, on s’amusait, mais debout… Bernadette faisait de la moto, je la trouvais bandante, mais elle n’aimait pas “ça”, et Martine dans l’Est était comme une sœur, la petite Elsa bossait dans un hôtel en Belgique je me rappelle qu’elle sentait la sueur et elle était sèche et puis Loren-Limoï… Chaque fois un autre début, chaque fois une autre fin. Il y a eu Marianne, Céline, Géraldine, Frédérique l’attachée de presse…
-Et en Israël ?
– Il y a eu Tova dont le père voulait me convaincre de la nécessité des pratiques et prières rituelles quotidiennes, et puis Maatzahl et Myriam les deux sœurs…
– Ah tu as connu une Myriam?
– Au moins une… C’est confus, dans ma tête. Pas besoin de mentir, j’ai fait l’amur au moins une fois avec toutes ces femmes. Certaines étaient des clientes, des employées, des amies, des relations d’un soir, quelques fois par envie, par passion, par besoin, par opportunité, par lassitude, par orgueil ou par vanité, par caprice, par habitude. Oui, j’aime faire l’amour, tu le sais, tu m’as connu. Enfin, c’est vrai que j’ai aussi changé, un peu et j’ai pris mes précautions. J’essaie de dire la vérité. Enfin la vérité dont je me souviens…
– Je me fiche de TA vérité dit Mynah d’un ton péremptoire, de toute façon tu sais trés bien que je n’irai pas vérifer.
– Tu veux que je te parle de Joëlle qui s’était convertie, de Sandrine la fille de la télé, de l’actrice Victoria, de France la journaliste, Isabelle la femme du consul, Khristin, Négina et puis encore Annie…
– Annie ah, c’est qui celle-là? Tu ne m’en avais pas encore parlé…
– De toute façon, ça n’a pas d’importance, au fond, je m’en fiche …
Mynah se plaque devant moi.
– Ça suffit maintenant, j’en ai marre de tes conneries…
Pilote automatique. Elle me regarde droit dans les yeux et se frotte sur ma cuisse.
– Montre-moi ce que tu leur as fait…
Je glisse ma mais sous sa mini jupe. J’adore son odeur et je respire la danse des phéromones qui bondissent de ses pores. Sauf qu’il y a le filet de ce collant qui interdit le contact. Elle n’a rien dessous, c’est merveilleux. Mettre un doigt puis deux sous les plis du nylon et l’ongle de mon index s’infiltre en force entre les mailles de la trame commencent à lâcher.
– Tu veux me baiser, espèce de connard, alors, ne te gêne pas. Sers-toi. Profites-en, tu n’auras peut-être jamais l’occasion de recommencer.
Les mots sortent comme les jurons d’une envoûtée devant son exorciste. Je sais qu’elle me provoque. Je serre son collant entre mes paumes et j’écarte les fibres qui craquent comme une toile d’araignée acrylique.
– Retire-le me dit-ele d’une voix rauque.
J’arrache son collant blanc suffisamment pour pouvoir atteindre ses petits poils rasés. En me regardant droit dans les yeux elle me jette à la face :
– Tu crois qu’il n’y a que les mecs qui on envie de se faire sucer?
Et elle écarte ses lèvres brilantes, tendant vers moi comme un garçon qui pisse, sa vulve purpurine et son gros clithoris gouteux comme une coquille Saint Jacques.
– Lèche-moi, j’ai envie de toucher ta langue.
Écarter encore plus sa fente ruisselante. Je la goûte avec tendresse et avidité, alors telle une méduse des abysse, elle m’attire vers le sol en m’empoignant la verge qu’elle avale goulument. Elle est au-dessus de moi, l’anus à l’air. 69 face à fesse. Cunilingus dans tous ses états. Je te prends, tu me prends par la barbichette. Se lécher et puis lècher encore sa chaleur. Il me reste sur les lèvres le goût de ses lèvres grasses, deux doigts dans le sexe. Mynah pisse trois gouttes dans ma bouche et me sourit de façon étrange.
– Maintenant c’est à mon tour d’en profiter.
Elle se retourne et après avoir fait glisser le préservatif, elle s’empale rudement sur mon priape tendu vers la lune, sa lune. Je tends le ventre. En flexion sur les jambes, elle monte et redescend. Elle se gave et se trémousse. J’aime la sentir légère et forcenée, qui abuse de sa liberté sans la moindre retenue. Des klaxons se mettent à hurler. Baiser au premier degré comme des adolescents qui se découvrent, baiser au second degré tels des adultes qui se connaissent. Baiser d’instinct comme au premier jour, elle a tant d’expérience… Elle grogne, elle feule, elle m’injurie, elle gémit et profite de l’instant sans complexe. Mynah prend son plaisir comme on prend quelque chose qui vous est dû. Elle se sert de moi. Des perles de sueur s’écoulent sur ma peau elle se penche et me boit. Je suis d’accord. Elle est ailleurs. Nous nous jouons l’un de l’autre. On se défie, c’est notre rôle d’amoureux, et c’est bon de revenir aux sources de notre animalité en rut, chatte et chien à quatre pattes. Elle en veut encore, elle se gave de ma queue gonflée en ses profondeurs viscérales, elle s’enfonce sur moi sans vergogne, elle veut que je l’ébroue, que je la chahute, elle veut du mouvement, je me cambre, je me cabre, elle bouge et je me tends le cœur battant. Une heure de film X, plus technique qu’émouvant. Je suis sa chose sexuée, mon sexe cogne contre sa paroi interne. Devant à fond, et dans le derrière grand ouvert, et puis à nouveau devant. Elle sent monter en elle ce paroxysme de la jouissance. Alors l’expression de son visage change, toute en elle-même, elle voudrait pleurer mais elle est aux anges, comme un ogre l’orgasme la prend, elle se voit grimper à l’Olympe dans cette montée du plaisir au culminum de la volupté. J’aime la voir en extase au firmament. Je me retire, elle se réveille et me demande de me laisser aller.
– À toi maintenant, je voudrais te voir jouir, qu’est-ce que t’a dans les couilles, je que t’éjacule sur mon visage.
Je me redresse elle m’enlève le préservatif et à genoux, sous mes mains, elle caresse mon poitrail. Quand le sperme sort de moi, ça me tire dans les jambes jusqu’aux genoux. Autant j’avais mal au couilles autant c’est trop bon de se libérer de cette substance nucléaire! Et ça dure, au moins trente six chandelles, je vois mille étoiles comme dans les orgasmes exhaltés et hallucinogènes. Trop bon.
Fatiguée, plus un mot, elle en a assez, elle s’écarte comme un bateau quitte l’embarcadère. Salle de bains. Elle se lave. Je n’existe plus. C’est assez spécial de faire l’amour avec une amie.
Eteindre la lumière et dormir trois heures. Je dis une prière en silence. Je parle dans son rêve.
Une autre nuit de plus à ranger sous les draps.

Les camions redémarrent et recommence le va et vient.
Minah se veut volage et capricieuse et puis elle ne veut plus rien du tout. Elle me guérit de mes solitudes. Elle dit qu’elle était soûle et qu’elle n’aurait pas dû fumer sur la passerelle. Elle veut se justifier. Elle se veut maîtresse, maîtrisant ses humeurs. Elle frôle mon épaule avant de partir. On décide de se téléphoner dans la semaine.
– Tu m’appelleras Vendredi… Ok?
– Et toi, Robinson…?
-Comment?
– Rien, je déconne.
-What ?
-Rien.
Je ne sais pas quand je la reverrai. Elle emporte ce qu’elle était venu chercher ses quelques affaires en répètant qu’elle emménage bientôt. Elle m’embrasse et puis elle disparaît. Elle se farde en descendant l’escalier dans sin cellular elle parle de son palais doré.
Partout dans le monde, chacun son style, chacun sa façon, chacun son art de vivre et de mourir, de boire, de manger, de parler, de s’allumer et de s’éteindre, de jouer, de s’habiller, de prier, d’aimer, de danser, de se faire tatouer, de réparer les velux, de se faire élire, d’avaler des couleuvres, de construire un pont, de fumer, de changer un roue, de longer les murs, de raconter une histoire drôle, de se saluer, de faire une ordonnance, de se libérer des contingences, de s’embrasser ou de se lécher les babines, de gonfler une chambre à air, de caresser le dos de sa voisine ou de frôler l’entrejambe d’un inconnu, de faire imprimer des cartes de visite, de travailler dans son garage ou de faire de la muscu, de frapper sur un clou, de murmurer à l’oreille des chevaux, de s’acheter un slip de bain, de faire circuler l’information, de jouer avec les mots.