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Roman Live On Line

Nu York

#031 Météorite

L’air est chaud et humide, c’est encore l’été. Pourtant on sent comme une menace. A hard rain’s gonna fall. Des tonnes d’eau vont s’abattre du ciel. Le cyclone est remonté depuis le golfe du Mexique le long de la côte Est, et puis il y aura le 11 septembre jour des remords, qui marquera la fin de quelque chose comme chaque année, jour de poussières, (de ciment, de laine de verre ou d’Antrax…) qui transforma la ville en une planète morte…

Robinet oxydé, douche rapide. Baignoire d’angle. Une serviette sur les épaules, je m’étire et hop trois flexions sur les genoux. Un coup d’œil par la fenêtre. La fourmilière bouge. Les syndicats se préparent pour une parade. Une parade de plus. Les professionnels se protègent en clan, on appelle ça les syndicats. Les bandes de pros mangent dans la même cantine, ils utilisent les mêmes arguments, ils connaissent les règles, et les erreurs à ne pas commettre. Les professionnels se corrigent avant qu’on ne leur fasse la remarque, il en va de leur survie.
Quelques graines dans la bouche. Trois demi-oranges sur le marbre. Jus acide des agrumes qui fait dresser les poils. Maladroit, je casse un bol dans l’évier. Fuck, je n’aime pas casser. Je ne suis pas un casseur. À part les démolisseurs, qui aime casser ? On sonne. J’enfile un froc. Mince, trop petit, mince, je ne suis plus mince. Je me pince les hanches. On re-sonne.
– Là, voilà, votre nom… la date… merci.
Signer le reçu sur la boîte électronique, remercier le type d’être monté jusqu’ici.
Refermer la porte. Jeter l’enveloppe sur la table. Je sais, c’est un excès de vitesse. C’est vrai que je me dépêche. Mynah voudrait que je cesse, que je sois patient, mais le mot “patient” a la même étymologie que “passion” qui vient de « patire » qui veut dire “souffrir”.
Je cours, je cours toujours. Je vais vite, je n’ai pas le choix, je suis inquiet. Je n’aime pas dormir, docteur.
– Il faut vous calmer… Avalez ça!

Mais qui donc m’a vu rouler vite ? Un appareil ou quelqu’un? La dénonciation est une habitude enfantine. Mouchards, cafards, cafeteurs, délateurs, rapporteurs, les impuissants débinent leur malaise aux puissances intransigeantes supposés incarner la justice. Et la justice s’applique sans chercher comprendre. Quand la Justice ne fait plus sa part du job, alors les hommes s’arment.
Inutile de se plaindre. Se plaindre contre qui, contre soi-même? Contre l’urgence? Contre l’envie de vivre et d’en faire plus? Pas la peine de protester. Subir le joug contre joue, plier sous le poids de la loi, du destin. Se mettre en colère, pourquoi? Les autres ont toujours raison.

Mercenaire du langage et de la guérilla rhétorique, je commence un article sur « There will be blood », mais les mots ne viennent pas. Pourtant le film a su réveiller en moi des émotions lourdes comme cette substance grasse. Histoire d’un empire, celui du pétrole. Histoire de folie et de la solitude des guerriers. Conscience Démocrate ou conscience Républicaine, le poids de la conscience pèse plus lourd que le harcèlement d’un supérieur hiérarchique. Je voudrais gagner assez pour satisfaire ma conscience, assez pour payer mon loyer et soulager mon compte en banque.

Encore une journée à ne rien faire d’important, mais après tout pourquoi devrait-on ne faire que des choses d’importance ? Les merveilles sont simples. Ah la simplicité… !
On a le droit de penser qu’il n’y a pas besoin de sensationnel pour sublimer le quotidien.
Le monde média est paradoxal.
Les événements importants se vivent au quotidien, pourtant depuis que la télé a remplacé le discours du père, la référence de chacun n’est plus fondée sur ses affirmations issues de l’interprétation du réel, mais sur une perception théorique, irréelle et idéalisée (succès, fortune, gloire ou beauté, haine et violence). Le Sang, le Sexe et l’Argent sont les réacteurs qui font vibrer la communication.
Les accidents, les meurtres, les tremblements de terre et autres phénomènes météorologiques sont exceptionnels et impossible à prévoir, pourtant ce sont ces moments dont la télé et les médias raffolent. Ils sont spéciaux voire spécieux et pourtant ils sont promus à l’état de modèle, de référents de critères normés.
On sait que de 1950 à 2008, plus de 500 produits chimiques nouveaux ont été mêlés aux produits alimentaires, qui ont perdu 50% de leurs nutriments (sels minéraux, vitamines), dans le même temps il y a eu une augmentation de 300 pour cent des cancers – voir Google concernant le « Codex Alimentarius ») mais de cela on ne parle pas, parce que c’est lent, long, sournois, insidieux, minutieusement élaboré « phrase après phase ». On préfère le spectaculaire des chiens savants, des sportifs vainqueurs, des baiseurs à la bite de cheval ou des criminels en série. On les montre et on les amplifie, ils deviennent des dieux, des icônes, et tant pis s’ils sont dopés ou menteurs comme des écrivains. La vérité n’a jamais intéressé que peu de gens, même du temps des prêtres. La plupart des êtres vivants préfèrent vivre sur un satellite de fantasme en orbite autour de leur quotidien égoïste. Quelquefois, ça dérape et un astéroïde s’écrase en faisant un cataclysme qui change l’orbite de ladite planète…

J’ai croisé Barlus Wight le compositeur :arrangeur qui bossait sur le dernier cd de NIO. Il semble qu’ils ne travaillent plus ensemble. Il me raconte l’histoire qui est arrivée en Juin dernier à Stuart Washington, le guitariste.Lui aussi il était sur sa planète, en dehors de la stratosphère, sur sa Stratocaster.
Ça s’est passé down town.
Sur les murs éclairés par un rai de lumière diagonal qui passe entre les buildings, des photos et des pages de magazines punaisées en biais, un tapis kitsch taché qui jadis représentait une clairière sous un ciel tourmenté au milieu des collines croisées du Vermont. L’ambiance ressemblait à ça, je connais ces décors, un peu trashy. La clim qui ronronne, un potin d’enfer.
Assise devant lui, la main posée sur un coussin tricoté, Hosefa voudrait attirer son regard, mais le cœur n’y est plus, depuis qu’elle a fait une fausse-couche en Septembre dernier à la suite d’un accident qu’ils ont eu en taxi un matin en sortant de boîte. Hosefa était crevée ; elle s’était endormie à l’instant où elle s’est installée dans le taxi. Elle n’a pas de preuve, mais elle est persuadée que le taxi a perdu le contrôle du véhicule à cause Stuart qui était paraît-il passablement énervé en montant dans le cab. Le chauffeur n’a rien dit en guise de commentaire vu qu’il est mort en arrivant à l’hôpital. Quand Hosefa est sortie du coma, on lui a annoncé que le bébé qu’elle portait n’avait pas survécu. Elle pense que tout ça, c’est de la faute de Stuart.

Deux télés posées l’une sur l’autre, allumées sur deux chaînes différentes. Stuart fixe l’écran derrière ses shades Ferrari, NBA Basket Ball.Vieilles Nike aux pieds, un jean troué, sec comme une batte, le ventre aussi plat que sa gratte, Stuart est un varan avec ses grosses bagues heavy metal. Sourire truqué, il cicatrise une plaie sur sa joue droite, reste d’une bagarre avec un Black Bagel, il y a deux jours.

Les trois mots que connaît Hosefa tournent dans sa cervelle comme des souris dans une roue. Elle les mâche et les remâche en même temps qu’un chewing-gum. Elle a beau chercher, elle ne trouve pas comment lui dire ce qu’elle doit lui dire. Elle se sent nulle. Ça gigote à nouveau comme un lombric dans son corps.
– Faut que j’te parle, finit-elle par lâcher, mais il ne répond pas, d’ailleurs il ne la regarde même pas.
Minutes blanches et après-midi lourdes ; Hosefa change de pièce. Quoi faire ? Elle tourne en rond et se rassoit sur le bord du sommier dans la pièce qui aurait du être la chambre du petit. Elle ne pense qu’à ça. Regard intense et terrible, euphories dépressives, ses pensées en pointillé volent d’une chose à une autre avec la logique interrompue d’un enfant. Repliée sur elle-même, comme une chauve-souris dans sa grotte, Hosefa fume un joint en se faisant à elle-même des sourires déformés dans le reflet chromé de la clenche de fenêtre. Nostalgie et confusion. Les animaux sauvages de sa parade fantasmatique courent dans ses méninges.

« Les San Antonio Spurs et Tony Parker (21 pts, 5 rbds, 5 passes) se qualifient pour la finale NBA en battant Utah 109-84 dans le Texas. Les Spurs disputeront leur quatrième finale en neuf saisons ! » Le match doit être fini. Elle entend du bruit. Stuart passe dans le couloir, il se fige un instant, la regarde en tirant trois bouf’s sur sa cigarette blonde. Hosefa lui demande l’heure. Il fronce le sourcil en se raclant la gorge, pour finir par répondre en montrant son poignet :
– J’ sais pas, j’ porte jamais de montre.
Ni parasite, ni génie, Stuart Washington s’est toujours démerdé entre les soupirs, les demi-soupirs et le temps syncopé des tempi du Rock.

Bientôt un an qu’ils sont ensemble. Stuart en a 42, elle a 19 ans. Il joue le rôle du pimp, il la protège et lui fournit sa came. Elle n’a pas de prise sur lui. Hosefa n’a pas d’ascendant sur le monde. Ils se sont connus les yeux fermés, emmêlés dans l’enfer excitant d’une soirée électrique, dans les vapeurs d’été et la dope facile. Il l’a baisée bourré et il s’est fait baiser. Elle avait besoin d’un abri.
Il était son asile,
Elle était son atèle
Quand il ne tenait plus debout. Elle avait besoin d’un repère, il l’a cachée dans son repaire.

Longue fugue, Hosefa s’est enfuie de la cave où ses parents l’enfermaient. Enfuie depuis quatre ans, ses parents ne s’en sont pas souciés, non pas plus que ça. Père mécano abusif et violent, mère alcoolo en douleur, cinq sœurs et un jeune frère quelque part en Indiana. Elle n’a pas donné signe de vie et personne a cherché à la retrouver. Comme si elle n’existait pas. Maintenant elle a dix-neuf ans, elle est majeure. Hosefa s’est déjà brûlé les ailes. Serveuse et petits boulots, de spot en spot, de lit en lit, elle s’est retrouvée ici, avec ce guitariste junky.

– … Tu sais, j’crois qu’ je suis à nouveau enceinte avec un mélange de joie et d’angoisse.
Il fronce les sourcils. Il ne croit pas à son coup de bluff. Stuart n’a pas le sens de la répartie.
– Il n’est pas de moi, tu sais ça, il n’est pas de moi hein !
C’est clair qu’il n’en veut pas. Peut-être qu’il n’est pas de lui, mais s’il n’est pas de lui, elle ne souvient pas de celui qui peut être le géniteur. Elle est raide comme une mante religieuse quand elle l’entend dire :
– Avorte ! Avorte tu m’entends !
Elle se met à rire comme un animal échappé de sa cage, il ajoute :
– Arrête ! J’en ai marre de t’entendre…
Et puis il ajoute
– Je t’ai laissé un truc qui te fera du bien. Je sors…
Elle pense au petit caillou de crack qu’elle a vu sur le bord de la table basse.
-Si tu te barres encore, je te tue, dit-elle.
Ultimatum dérisoire, menace impuissante. Ça l’amuse, il sourit.
– Oui c’est ça…
Il s’avance vers elle, menaçant. Elle recule et se protège spontanément le visage avec ses bras, comme elle le faisait quand son père la battait dans le basement de leur maison de la banlieue de Plainfield. Stuart baisse sa main. La discussion s’achève. Il détourne les yeux et sort sans rien dire. L’a-t il jamais aimée ? Il ne sait pas, le fait est qu’il n’aime plus Hosefa. Il voudrait qu’elle dégage.
Elle referme la porte qu’il a laissée ouverte.

Elle attendra qu’il revienne, ce soir, demain ou dans huit jours. Stuart est resté nerveux, tendu, violent et coincé dans sa logique rebelle. Il n’a pas quitté l’underground pour le top floor, Stuart ne cherche même pas d’alibis, parfois il part sans donner de nouvelles, et disparaît une semaine pour aller se défoncer ailleurs. Y a pas de vacances pour ceux qui luttent.
Fermeture automatique des portières. Subway. L’ombre de l’ombre se profile sur le mur, il se dépêche, aujourd’hui Stuart deale plus qu’il ne joue de la guitare.
Depuis le bar, Stuart achève un cocktail de fruits exotique dans une noix de coco en plastique, en matant les poitrines moulées des serveuses. Il y a des genres de belles putes plein la nuit artificielle. Une fille plus accessible qu’un mutant regarde fixement Stuart avec des yeux d’extra-terrestre.
– Tu veux t’occuper de moi ?
Stuart pince les lèvres.
-Comment ça ?
– T’as l’air d’un mec qui contrôle…
Ils parlent pognon et elle se casse en mille morceaux. Il lui refile une dose et la laisse sur le trottoir devant les centaines d’ampoules allumées. Les étoiles qui brillent comme ces centaines d’ampoules sur les enseignes de Bowery.

Je me suis souvenu l’avoir croisé chez Tony ce soir-là, on avait parlé un peu.
– T’as des nouvelles de NIO ?
– Pas depuis qu’on a fait une télé à Milwaukee / Wisconsin… Mais tu sais moi j’étais en sup’… Ma gratte est pas très hip-hop…
Comme toujours, il avait l’air stressé comme on l’est quand on doit fourguer de l’illicite. Il avait un rancard dans ce bar à l’écart où les nuitards noient leur angoisse, et j’ai pas vraiment insisté.

Stuart rentre la tête dans les épaules et déploie ses antennes paraboliques sous sa mèche triste. Poses lascives de ceux qui se détournent de la réalité ; deux mélomanes en col roulé envisagent l’avenir en claquant des doigts, à côté d’eux un mec seul, un larron après l’effort, un affamé qui cherche le réconfort. Pompes cirées sobriété et costard noir, la cravate repliée dans sa poche après une journée sur les marchés boursiers, boutons de manche défaits, le mec fait une espèce de grimace. Si les caricatures pouvaient guérir l’homme de ses faiblesses, on ne vendrait pas de médicaments. Il s’amuse en émettant des signes invisibles qui vibrent dans la poche de Stuart.
« Elle avait la peau triste et le cœur en granit, j’ l’aurais aimée jusqu’en enfer si j’étais sur sa liste… ».
– La liste de quoi? C’est quoi ce poème ?
Le type ne répond pas. C’est le code.
– Ça va ?
– Ouais.
Ici, ça va toujours, même quand ça ne va pas. Du Nu Jazz syncopé sort des enceintes.
Ils se retrouvent aux bathrooms. Stuart met l’argent dans sa chaussette et indique au type ce qu’il faut faire, avant de ressortir mine de rien. Le type ramasse le papier plié sur le distributeur de capotes où Stuart a posé le gramme de poudre de LSD qui va faire voir le monde autrement au yuppie flyé. Dans la tête du mec, les troncs des séquoyas immenses se mettent à grandir au-dessus des nuages, ils grandissent, et s’élèvent encore jusqu’à monter plus haut que la lune, et l’ombre de leur feuillage s’imprimant devant elle plonge la ville dans la nuit la plus noire, c’est pour ça qu’il fait nuit.

Y a déjà longtemps que Stuart est parti continuer son busyness ailleurs.

La nuit n’en finit pas pour Hosefa. Le clair de pleine lune radiographie les nuages. Angoisses perdues au “ fond du puits”. Elle rêve.
Elle a fait brûler son caillou de crack qu’elle a inhalé à pleins poumons. Elle plane, allongée sur le petit lit, un foulard acrylique avec un motif rouge et des fils d’or jeté sur l’épaule, elle rêve. Ah si seulement elle avait rencontré un ange. Délires naïfs en rêvant d’un macho doux, un beau qui ne crierait pas, un gars con comme sa bite qui ne penserait qu’à la baiser – parce que ça elle sait le faire-, un lambda cool façon star pipole de supermarché, un attaché commercial qui bosserait dans une fabrique de matériel ménagers et plastique moulé, un superman comme tout le monde, un mec idéal qui aimerait le baseball autant que sa famille et sa bagnole, un homme qui la ferait voyager de Berlin-New Hampshire à Madrid dans le Maine, de Paris-Tenesse à London-Kentucky, de Rome- Ohio à Madrid-Alabama. Des larmes coulent dans l’âme des gens abandonnés.
Si c’est une fille, elle l’appellera Britney. La naissance de Britney pourrait tout changer. Elle se voit bien, assise sur un banc parmi les gens heureux. Hosefa s’imagine parmi les nannies au kinder garden, avec les grands-mères et les joggers, les touristes amoureux ou les animaux en laisse. Elle veut un enfant, elle est prête à tout, elle a le regard affûté d’un prédateur. Elle pourrait enlever un enfant ? Elle hésite. Elle trouve sa vie trop injuste, elle se dit qu’elle saurait donner plus d’amour à son enfant que bien des parents qui ne s’en occupent pas. Si elle avait un gosse, elle saurait l’aimer bien plus qu’elle n’a jamais été aimée elle-même. Une vieille femme en tutu passe devant ses yeux comme un fantôme qui lui ressemble quand elle avait huit ans.

Soudain, elle entend la clé dans la serrure. Il revient. Il revient déjà. Elle ouvre les yeux, mais elle ne bouge pas. Elle a peur. Stuart trébuche dans le tapis, il bredouille avec l’assurance des imbéciles.
Sans tourner la tête, il se couche à côté d’elle. Elle n’existe pas. Elle ne bouge toujours pas. Il s’endort comme une masse. Il a bu.
La nuit est longue. Trop longue. Elle n’arrive plus à fermer les yeux.
Ça monte en elle comme une sève, comme un cri, comme un besoin de vengeance. Elle le déteste. Elle le hait.
Elle glisse doucement comme un serpent hors du matelas. Elle a préparé des petites cordelettes. Elle attache au lit les chevilles et puis les poignets de Stuart. Elle connaît bien ces nœuds qu’utilisait son père. D’abord il ne sent rien et puis quand il commence à bouger, le nœud se serre de lui-même. Avant qu’il ne crie, elle pose un oreiller sur son visage. Il tente de se dégager, mais, il ne peut pas. Elle s’assoit sur l’oreiller. Il vibre sous elle. Ça l’amuse de le voir bander comme tous les pendus bandent. La télé est toujours allumée dans le fond. La télé n’est jamais éteinte.
Quand il a cessé de bouger, elle lui a tranché la gorge avec un cutter. Elle regarde le sang qui coule comme elle aurait voulu voir couler celui de son père quand il venait la violer dans la cave. Et puis elle l’a d’abord émasculé avant de lacérer ses chairs avec application.

Les flics ont dit que le type n’avait rien senti de cette sauvagerie vu qu’il était déjà décédé quand elle a commencé à le charcuter. Elle a calmement pris une douche et puis elle est sortie, en laissant la porte ouverte. La télé dérangeait les voisins alors ils ont appelé 911, et les flics ont découvert le carnage.

On a retrouvé Hosefa deux jours plus tard, errant sur un parking dans la petite ville de Plainfield Indiana.
Internée à l’isolement en attendant son procès, enfermé dans une cave aux proportions identiques à celles de son enfance, elle n’a pas vraiment de chances de revoir le jour.
C’est ce que Barkus m’a raconté. C’est assez rare de connaître les acteurs d’un fait-divers comme ceux qui remplissent quelques lignes dans les quotidiens. Une histoire simple autant que sordide, comme une météorite venue heurter la surface de ma conscience.