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Roman Live On Line

Nu York

#023 Marin sur vague à l’âme

L’espace dans lequel on loge est l’image en trois D de cet autre espace qu’on habite dans la cervelle, une réalité virtuelle en quelque sorte. Je tangue sur le vague à l’âme de cette vie qui me porte au hasard. J’essaie d’éviter les tourbillons qui m’attirent vers les abysses, mais je vis comme un marin sous les poutres en métal de ce loft en chaos, et j’ai aussi soif qu’un capitaine enfermé dans sa cabine. Soif de vivre à fond, soif de respirer et me défaire de cette ceinture d’angoisse qui presse sur mes viscères. L’autre jour, je disais à Sépé : « No Pain, no Gain ». Sépé c’est le Mexicain qui nettoie l’entrée de l’immeuble. Il brique, il astique, il frotte, il nettoie la moindre trace, avec lui les flics sont mal barrés pour trouver une empreinte. Grâce à lui, le hall luit. Il incarne les petits métiers qui donnent son lustre à la ville. Sépé vient du Queens où il a quatre enfants. Sépé s’est retourné vers moi, un peu surpris, calmement il me demande si j’ai souffert. Et je me dis soudain en moi-même : C’est vrai, quel est le barème de la souffrance ? Les 130 médecins Suédois de l’Association contre la Douleur ont essayé de quantifier le mal de leurs patients, mais cela s’est révélé très subjectif. Un rien suffit à faire souffrir les plus sensibles. Je suis à fleur de peau, les nerfs à vif, à nouveau mis à nu. J’ai peur de me faire enterrer vivant, les idées neutralisées au bout de l’impasse. Depuis que je suis enfant, c’est comme ça. J’oscille, entre le haut et le bas des montagnes russes, sur le grand huit des jours qui passent, sur le wagonnet du roller coaster, mais ai-je pour autant le droit de considérer que j’ai assez souffert pour en parler ? Depuis toujours, la peine qui me tourmente reste invisible, c’est très différent des éléphantiasis des mégalomanes. Eux on les plaint. Moi, je suis torsadé, irrégulier comme une écorce ulcérée, le ventre serré tel un contorsionniste qui se réveillerait un matin, incapable de sortir de la boîte dans laquelle il est pourtant rentré sans problème la veille. Trop grand pour mon enveloppe, je voudrais briser l’enveloppe et sortir de mon cocon. Pourtant je dissimule mon malaise et je dors comme les loups qui plongent dans le coma du sommeil par séquences ultracourtes de quelques minutes. La question de Sépé m’a fait réagir comme une décharge de Taser. Il imagine sûrement quand je lui dis une joke en passant avec un sourire, que je suis comme les gens heureux que j’imite. Les spectateurs sont comme les enfants qui croient aux histoires qu’on leur raconte, croire aux masques, à la mascarade quotidienne de la rue. Vaste blague, chacun se la joue sur la table au poker. On me demande si ça va, et je réponds que ça va super, c’est génial, même si j’ai l’âme en morceaux, je réponds que tout est parfait, et même si mon intérieur est en ruine, en public, je continue de paraître, alors on me dit que j’ai de la chance, on se réjouit pour ceux qui réussissent. Les gens ne veulent entendre que des slogans vitaminés, et croire que tout va bien. On a besoin du mensonge comme l’illusion de parfums délicieux enivrants, ceux qui réveillent nous révèlent au réel qui sent souvent le musc. On se laisse emporter comme des animaux à l’abattoir qui ne peuvent pas ou ne veulent pas croire ce qui les attend.
Pendant quelques jours, il a fait très froid, un froid clinique qui nettoie les larves sous le ciel bleu. Aujourd’hui pourtant il a d’abord neigé et puis ça c’est réchauffé, maintenant il pleut. Il pleut averse depuis ce matin, les gouttes tintent dans la casserole sous le velux disjoint. Coincé en quarantaine, je regarde les embruns qui cinglent les carreaux. Les journées ineffables, fouettées par les bourrasques de vent, les journées sombres n’en finissent pas. Tout le monde à peur de tout le monde. L’air joyeux de la présentatrice météo contraste avec les informations qu’elle donne. La tempête a soulevé les bateaux de pêcheurs oubliés dans les accords internationaux, qui se battent contre les éléments sur le moment, ils serrent les poings et puis après ils appuient leurs gros doigts pour faire des opérations de survie sur leur minuscule calculette quand ils rentrent au port. Et les deux présentateurs-troncs nous assènent ensuite des horreurs d’une voix monocorde et flegmatique, des sermons lus sur un prompteur qui obligent à la résignation. Signer d’abord et résigné ensuite. La guerre va se terminer c’est certain, mais on ne sait pas comment. Le pays hésite entre casser le Barak et caser Clinton. Faits-divers : On a retrouvé l’acteur Australien Heath Ledger, mort dans sa chambre de Soho. Il avait joué le rôle du Joker dans le prochain Batman. Dimanche, le SuperBowl sera suivi par plus de la moitié du pays. Les Giants de NY seront opposés aux Patriots de Nouvelle Angleterre au Phoenix Stadium. Tom Petty fera le show de la mis temps. 7000 tonnes de chips, 4000 tonnes de guacamole seront consommées. Les téléspectateurs vont boire des millions de litres de bière. Au moment des coupures publicitaires, ils iront pisser. 120 millions de personnes qui pissent en même temps, ça va augmenter considérablement la consommation d’eau…

Mes démarches n’ont pas encore abouti : le scénario que j’avais déposé dans cette filiale du groupement d’éditions Sparkes & Jacobson m’a été retourné, sans explication. Je suis photosensible comme un caméléon, mon âme est à l’image des cieux. Je réagis comme les enfants qui se lèvent pour aller à l’école quand la lumière s’est allumée dans le couloir qui mène à leur chambre et qui efface les limbes des derniers rêves. Dans un demi-sommeil, ils ont entendu le réveil, mais ils veulent gagner du temps. Ils voudraient rester au chaud sous la couette, mais quand la lumière s’allume, c’est irrévocable, on ne reviendra pas en arrière : le soleil s’est levé ! Il faut ébranler ce petit corps, le mouiller devant les carreaux de faïence de la salle de bains, et aller à l’école pour rejoindre le tracas des jugements arbitraires, les commérages et les potins entre générations du futur, affronter les provocations et les ragots d’ados, les mauvaises notes et le verdict des intransigeants. Enfin, c’est le souvenir qui me reste de cette période.
Méditer sur la méditation. Les arguments se mélangent dans ma tête comme les glaçons dans un verre. Je suis un mélange de douceur et de violence. Ma violence est contenue. J’ai échappé aux coups de couteau dans le métro, il y a eu un meurtre dans une bousculade du métro, un homme s’est fait poignardé au milieu de tout le monde sans que personne s’en aperçoive. J’ai évité les blessures irréparables, je n’ai pas tué ceux que je haïssais. J’ai peur, souvent peur. Des ombres volettent sous mon crâne casqué. Pas de commande à satisfaire ou de patron à contrarier, je me sens loin du monde. Je ne sais pas tout faire, je ne peux pas tout faire. J’admire les gens qui savent séduire. Je n’ai jamais voulu séduire. Quand j’étais gamin, je pensais que la vie nous obéissait, mais c’est elle qui nous fait plier comme le saule au bord de l’eau. J’ai trente-neuf ans et pourtant je commence à pouvoir imaginer ce que je serai à cinquante.
J’écris mes articles pour le Village Voice, Sunday Times et Fashion Week Journal. Cette semaine, j’ai rencontré Chris Paine qui a réalisé l’année dernière le documentaire « Who killed the electric Car ? », puis les réalisateurs Français Patrice Leconte pour une rétrospective, et Michel Gondry pour son nouveau « Be Kind, rewind », et enfin Ben Affleck pour « Gone Baby gone ». Pour le meilleur et pour le pire, de manière un peu simpliste, à cause de l’éducation Européenne que j’ai reçue, on m’envoie surtout pour couvrir les sujets en référence. J’ai revu « à bout de souffle » de Godard, on prépare aussi un dossier sur le cinéma d’avant-garde des années 60’th. À tous les étages, on sent venir la crise, moi ça me stimule.
Quand j’ai fini mes devoirs, je me confesse dans le secret de l’écriture, Rempli comme une boîte multicolore de M&M’s, je suis un mélange d’illusions et de désillusion. Conscient du peu d’importance, qu’on accorde à ma personne, j’écris ce journal clandestin depuis l’endroit où je me cache comme un clandestin, mais le bateau dérive, le gouvernail s’est tordu sur un nuage en pierre. J’écris pour moi des phrases musicales sur l’écran plat comme des encres en osmose qui se confondent entre elles, comme la vérité et le mensonge. Mal à l’aise dans ma peau de lézard, je voudrais muer. Captain Tempête, et sa fausse identité, on ne joue pas avec l’identité. J’ai changé de nom comme un espion change de matelas, un gage de recommencement en quelque sorte. Tel un cosmonaute ou un pilote entraîné à se prendre des G de pression, je me croyais capable d’assimiler l’aventure de cette rencontre avec Leslie / Tiago, y penser comme une anecdote, mais elle m’a finalement plus qu’ébranlé… Mélange de fascination et de répulsion qui me met l’âme à l’envers. Toute cette mise en scène m’a entraîné dans un univers parallèle et je me suis laissé prendre à ce fantasme, aussi impuissant qu’une mouche sur une toile de l’araignée.
Démons et jeux de mots, les mots sonnent comme des gongs sous mes phalanges. Écrire tout l’amour que je garde en moi et faire saigner mes ongles. Je chavire dans l’océan des mots pour oublier le fracas d’une époque qui voient des pans entiers de l’économie s’écrouler comme les falaises de la banquise qui glissent vers la mer devenue chaude.
Je referme la porte du frigo. La poubelle est pleine de bouteilles vides. Assis sur un tabouret en plastique, je feuillette un journal de l’été dernier. Je tombe sur une publicité qui incite à partir.
“ Venez en Louisiane pour goûter le soft shell crabs “. J’ai trop soif. Faire le point : il me reste assez d’argent pour finir le trimestre après on verra. Et puis j’ai toujours ce caillou qui me rassure. Mynah est passée me voir, ça m’a fait du bien de papoter. Elle m’a parlé de son fils et de massages qui la soulagent. Même quand je me crois seul en fait, je croise pas mal de gens. Ma solitude est à l’intérieur de moi. Je vis comme un masque de cérémonie inutile dans la vitrine d’un musée imaginaire.

Je me décide à aller régler cette histoire de taxes. Je fais la queue pendant trois heures ; ça n’avance pas. Tout d’un coup une femme s’est intercalée dans la queue devant moi. Ça ne se fait pas. Elle me répond en Espagnol en faisant semblant de parler au téléphone. Je n’insiste pas, mais centimètre par centimètre, insidieusement, je la dépasse, et je la bloque avec ma doudoune. Il va falloir qu’elle force le passage et là ça va faire le clash. Elle comprend que je l’ai repérée, elle essaie autre chose et passe sous le ruban tendu entre ces poteaux qui font avancer la file en zigzag. Soudain une jeune fille qui ne veut pas se faire griller appelle : « Sécurité, Sécurité ! ». Avec sa veste trop petite, Immédiatement, trop content d’avoir à justifier son rôle, le vigile rond comme une sphère avec sa veste trop petite et sa casquette droite, s’approche de nous, il interroge le groupe qui répond d’une même voix pincharde et solidaire expliquant que l’autre était sûrement venue de l’espace. Il demande à la femme de sortir de la queue, mais elle refuse et lui parle en Espagnol. Il dit « What the fuck are you talking to me in Spanish don’t you speak English ? ». Elle continue en Espagnol. Il ne s’énerve pas, il va chercher un autre type qui dit à la femme qui lui demande de se taire : « Shut the fuck off and come off the line » Comme elle refuse il lui dit qu’après tout elle peut rester autant qu’elle voudra dans la queue, mais de toute façon elle ne sera pas servie. La femme persiste une demi-heure, et puis elle comprend que ce sera irrévocable et se résigne enfin à s’en aller. La pression collective a fait son effet.
Moi j’ai fait la queue pour rien, quand j’arrive au guichet, le gars me dit qu’il me manque un papier, allez ope retour à la case départ. J’abhorre les administrations.

Le plafond du ciel aux nuages nomades entraîne mon âme dans les landes de la tristesse. Dans la rue, pauvres et riches se croisent comme des boules sur un tapis de billard, toute cette énergie me redonne la patate. Je promène au hasard ma dégaine en quête. Je ne pensais pas qu’être un homme, c’était ça.

Quand ça va pas, je me fais une ligne. Je descends au bout de la ligne. Je monte dans le métro jusqu’au terminus, le Métro comme un voyage au présent. Transformer le moyen de locomotion en un voyage. Dans la rame qui m’emporte au bout de la ligne, je voudrais oublier les méfaits des regards défaits. Au bout de quelques stations, je suis le seul blanc d’œuf. Une femme fait un signe de croix avant de s’asseoir, de l’autre côté du wagon une autre gerbe tout ce qu’elle a dans l’estomac. Je change de wagon. Seul dans celui-ci.
Fête foraine de Coney Island. Peu sensible au charme désuet, suranné, un peu nostalgique de ces attractions démodées, je déambule entre les stands ouverts parmi les passants fauchés qui se traînent sans rien faire. Même les devantures des manèges sont sordides. Avant les gens n’avaient pas le choix : c’était s’amuser ici ou rien, mais les consoles de jeux vidéos ont fait du mal aux forains. Je traîne comme un ethnologue. Les filles ne savent pas se maquiller. Des retraités de la police se défoulent en tapant dans des punching-balls en mousse. La femme à barbe fume la pipe en s’imaginant un cancer, l’aigle à deux têtes est moribond. Viser la cible au bout de ma Kalashnikov.
– Champion !!
Comme on passe un relais, le Russe me tend le témoin sous forme d’une demi-bouteille d’un mousseux Californie que j’avale d’un trait en mangeant un Donut, assis sur un banc. La poudre du sucre glace neige sur ma manche. Et puis je décide de me faire mettre la tête à l’envers, ceinturé sur le siège matelassé de ce manège pour adulte. Je suis le seul client de ce tour du monde supersonique à me faire démonter les méninges. Tourniquets, soubresauts et tape cul, voltes et virevoltes, tourbillons et supra-pesenteurs de l’“Hyper Flyés ». Les bras de métal du moteur à turbine me projettent en l’air, et secouent mes lubies, et m’abandonnent comme une coquille vide. Est ce que cette machine se nourrit de notre énergie ? Je n’ai plus que de la lymphe dans les guiboles. Cervelle secouée, ils me relâchent enfin j’ai autant de force qu’une pieuvre nourrie et je vomis derrière un camion.
Je reprends la rame, back home. Fin de journée. Le dernier lambeau d’un soleil filtré éclaire les grilles du jardin public. Personne dans les allées, pas un écureuil sur les branches pour montrer sa queue à la lune, cette lune ronde qui apparaît déjà. Une bande de kids font la moue devant un Starbuck, l’Ipod dans les pavillons, le grésillement qu’on entend laisse penser qu’ils livrent de terribles combats entre leurs tympans. Ils parlent fort et jouent à s’impressionner les uns les autres. Ils posent et font des grimaces d’antihéros dangereux dans la ville comme au milieu d’un camp d’entraînement.
Au milieu du paysage de macadam, de briques et de béton, le “Down Town Oasis » éclaire le trottoir luisant de son néon jaune et vert. Quelques centilitres de vieux rhum plus tard, mon esprit s’évade vers les cocotiers de l’île des Pirates. Dans le vacarme de la sono, les fils s’emmêlent dans ma tête et je perds mes mots comme un prisonnier à fond de cale. Les heures défilent sur un cadran électronique, bientôt trois heures dans l’inconfort, appuyé au comptoir, je tangue dans la houle, je roule sur les vagues d’indécence dans tous les sens. Les deux coudes vissés au bar comme une statue célibataire, une blonde fatiguée me jette un regard bleu éperdu. Elle a l’air maussade de celles qui ne ressemblent plus à leur idéal. S’est-elle jamais interrogée sur l’infiniment petit ? Elle me fait un signe. Je m’approche. Elle s’approche de mon oreille, je crois qu’elle veut m’embrasser, mais elle me mord la joue. Je la repousse, elle de son tabouret. Elle peut-être est aussi partie que moi, mais elle est moins stable sur ses talons pointus. Je veux l’aider à se relever, mais il semble qu’elle refuse ma main. On me parle, mais ça vient d’ailleurs, je ne comprends plus la langue de ceux qui s’adressent à moi. Et ce barman que me dit-il ? Je ne comprends pas. Il a l’air de s’énerver après moi, et la masse de muscles du doorman éjecte mon corps sur le trottoir. Apparemment l’autre me disait de sortir.
Il recommence à pleuvoir des cordes pour les pendus. Je me relève mon manteau est mouillé, souillé, ma tête tourne. Le sang coule dans mon cou et sali le col de ma chemise blanche, l’autre « carnasse » m’a mordu vraiment fort. Les bras tendus et les pas hésitants, je traverse la rue comme dans on cherche son chemin dans un palais des glaces. Tels des hors bords se poursuivant à fond dans cette nuit de tempête, je vois les phares des bagnoles qui m’évitent.
La bise glacée descendue de l’Atlantique glisse sur les plages et remonte jusqu’aux parois du mur de la cité. Les anges se rassurent auprès des vierges incertaines, les satyres se tirent en douce dans les couloirs de l’hosto. Arrêter de boire, arrêter de bouger, arrêter de penser. Appuyé contre un mur décrépi couvert de graffitis, je veux prendre le temps comme on prend le taureau par les cornes. Je pense à toi, et puis je ne pense plus. Pas besoin de penser.
Perdu puis retrouvé, je ne sais pas pourquoi je cherchais un nouvel itinéraire pour rentrer chez moi. Il m’a fallu plus de temps que d’habitude, pour arriver en bas de l’immeuble. Finalement, je reconnais la plaque de l’immeuble. Les lettres scotchées sur la boîte aux lettres. L’ascenseur est en panne. Mince ! La main crispée au métal de la rampe, c’est l’escalier du temps que je monte ce soir pas à pas. J’étouffe dans cette ambiance atomisée puant l’essence, le gaz et l’huile de friture du restau italien du rez-de-chaussée. Le sol se dérobe, il s’enfonce sous mon poids, quand je monte l’escalier qui n’en finit pas. Les marches fondent sous les semelles de mes tennis. Les étages de l’âge défilent comme un film sorti de son crantage. Un ascenseur descend de l’autre côté de la paroi abrupte. En fait, si ça se trouve j’ai raté le bouton de l’ascenseur. Ça y est, il remarche…. Le vent hurle comme un fantôme, les courants d’air s’infiltrent sous les fenêtres rectangulaires disjointes au bout du couloir. Ma porte grince enfin quand je retrouve ma clé.

Le jour va se lever.
On m’a menti trop souvent ou bien j’ai été trop naïf au point de croire ce qu’on me promettait. Où s’arrête le passé, quand commence l’avenir ? Comment croire au futur ? Le futur est une déclinaison de grammaire ou un argument politique pour faire patienter des protestataires. Moi, je vis au présent. Je suis mort de fatigue. J’aimerais m’aplatir comme une carte, me vider comme un poisson, me laisser disséquer sur une table d’opération. Comment dormir quand le sommeil a dépassé la limite ? Je regarde mon reflet dans la glace en respirant une bouffée d’oxygène. Cette vampire de l’Oasis m’a vraiment fait mal. Un coton, un peu alcool, ça y est ça va mieux. La chimie anesthésie enfin cette plaie qui me brûlait l’esprit. Je me laisse descendre vers les cendres.
Tant de gens suffisants proclament qu’il ne faut pas se prendre au sérieux. Tout cela n’est qu’une vaste fumisterie. Je me méfie des gens qui font semblant de ne pas y croire, en général ceux-là sont les plus prétentieux. Ils sont déguisés voilà tout.
Quand je relirai ce journal de bord écrit d’une traite, j’aurai sûrement retrouver le cap, direction l’île Mystérieuse …