Menu
Roman Live On Line

Nu York

#016 Lemon song

Nikos le superintendant de l’immeuble est un fan de Led Zep. Quand il a fini de bosser, il joue du rock à mille temps pour son perroquet. Il joue pour se regarder jouer dans la grande glace posée à même le sol. Il s’est mis à jouer, il y a deux ans et il collectionne les Gibsons. Il travaille beaucoup. Il veut un résultat rapide. Il entretient l’immeuble au mieux, mais chez lui, c’est un peu la dèche. Quand il a du temps, il s’occupe des autres et quand il a du temps pour lui il ne s’occupe pas de lui. C’est comme c’est. Il est seul et ça lui suffit. Il vient me voir de temps en temps en fredonnant the Lemon Song : « I should have quit you long time ago,
Yeah, long time ago.
 Oh yeah, long time ago. I wouldn’t be here, my children, 
down on This killin’floor. » Il finit la bouteille de Gin et il se sent innocent loin de son île de Malte. Ah, s’il avait eu la chance qui lui a manqué… Mais il dit qu’il a quand même plus de chance que beaucoup, la preuve, il est ici, à « New Yolk ». Au mur de son studio, une vierge et deux trous pour les yeux. Chaque fois qu’il discute avec Mr Thedukis, il dit:
-Il faut marquer au fer tous les vices de cette terre. Il faut serrer la mâchoire. Il FAUT vivre, oui, vivre sa vie, Ta vie.
Mr Thedukis est un voisin de palier typique, un être qui habite à côté de chez vous et dont on ne sait pas grand-chose. Je crois avoir compris qu’il aurait voulu faire de la politique :
-Il faut souffrir avec rage et refuser d’admettre et expliquer au livreur que sa voiture est coincée…
Mr Thedukis se prélasse dans la mouvance des 60th. Je crois qu’il est directeur adjoint d’un centre social. Il remplace un mec depuis dix ans. Il n’a jamais admis son rôle. Il fait ça pour faire quelque chose, mais il a peur de partir parce qu’au fond, il s’est habitué à sa vie.
Plutôt que d’aller à Central Park ou le long du fleuve, j’entends le crissement de son vélo sur une espèce de tapis roulant qu’il s’est bricolé chez lui. Il ne se maîtrise pas assez pour donner des leçons et à chaque inspection de l’office sanitaire, il jure qu’il adore son travail, et que les enfants inventent des histoires comme on creuse des puits
– Ils ont beaucoup d’imagination, vous savez…
Ça sent la cigarette.
On a sonné chez la voisine, aujourd’hui à minuit moins dix et hier entre 3 heures et 4 heures du mat exactement. J’ai entendu les détonations. Il paraît qu’on aurait tiré sur un flic. Ils auraient mieux fait de cambrioler la boutique du marchand de cacahouètes.
Je regarde sur mon écran défiler les prises de vue dans le Golfe du Mexique, on voit des surfeuses sur leur planche à voile rayée. Le ciel gris ramène des gros cumulo-nimbus au-dessus de Central Park. Nuage sous le duvet du vent qui passe d’une fenêtre à l’autre. J’entends une vive escalade dans l’escalier, des gens se courent après. Il y a une algarade sur le palier. Ce sont des invectives de serpents. Méandres de la pensée. Quelque chose d’irréversible. Je ne quitte pas des yeux cette fille dans l’immeuble d’en face. Je vois son visage calme et elle, allongée sur un gros canapé en cuir. Je la regarde depuis mon tabouret en paille. Sa peau catholique est quasiment intouchable. Quel est donc ce manège qui tourne en elle ? La sueur coule sur sa peau. Perles d’un soleil sénateur. Je te retrouverai au sauna, je te respirai entre les perles de vapeurs. On jettera du parfum sur les pierres chaudes. Je détends mes membres. J’entends les ficelles qui craquent. Éteins ta clope et viens me rejoindre.
Dans la nuit tiède et venteuse, j’entends le bruit des bennes à ordures. Je suis content d’être à l’intérieur, sauf que la fille du dessous s’est mise au piano. Elle a tout à apprendre. Apprendre les notes, apprendre chaque note, une par une, en faisant des soupirs. Les notes comme des perles noires enfilées un par une. Ça fait deux heures que ça dure. Elle fait preuve d’une indéniable constance, c’est vrai et à ce rythme-là elle sera concertiste dans 12 mois, mais rien que d’y penser, ça me stresse. Pantalon serrés, chaussures en daim, muscles tendus et petits efforts, autodiscipline, oui je sens que je change. Moins que ceux qu’on aime, on connaît bien ceux que l’on déteste!
J’ai mis une cravate en velours, je sors.
Le froid se répand comme un fantôme, le froid nous envahit.
Je vais voir Ken Webb au Living room sur Ludlow Street. 18 personnes à 7PM. Il joue pour jouer, c’est gratuit, enfin, on donne ce qu’on veut, comme ce qu’on donne sur le Web pour télécharger Radiohead. Promo mondiale autour du fait qu’on pouvait les télécharger gratos. En fait un bon coup de marketing, moi si je mets en ligne gratos mon prochain roman, il y a peu de chance qu’on en parle… Les milliers de rats courent la nuit entre les rails du subway. Des femmes tricotent dans le métro. Visiter un autre ami qui habitait dans le coin, mais il a peut-être changé d’adresse.
Le temps défile devant les épisodes complexes de mes escales inquiètes. Je suis incomplet. Je traîne comme un ours en dehors de ma caverne. Je voudrais trouver du miel. On se croit tous de bien plus d’importance que celle qu’on vous accorde. Si on a de bons amis, c’est donc qu’il y en a aussi de mauvais. Avoir des mauvais amis c’est bien un paradoxe moderne. Avoir de sales copains! Je traîne, moi aussi ce soir, je ne vais pas vite. Je prends mon temps. Observer le zoo humain et voir briller l’ironie dans les yeux des otaries. Beaucoup de gens ont une laisse avant d’avoir un chien. Vers 2 heures du mat, les maquereaux zonent sur la huitième avenue dans leurs longs manteaux de cuir blanc. Les chauffeurs tournent en rond comme des mouches.
Le vent attise les feux. Les pompiers partent dans tous les sens. Je rentre bredouille. Plein les couilles. Je déprime quand mon sexe s’ennuie.
Après mon divorce, j’ai décroché du réel encore un peu plus. Recroquevillé sur moi-même comme une écorce, j’alimentais mes fantasmes dans cet espace devenu trop grand.

Parfois quand je me retrouve seul comme ça, avec la pression de la solitude, je repense à Gill, ma première femme. Je repense à elle comme des traînées de souvenirs dans le paysage de mes pensées. Ça fait plusieurs années qu’on est séparé, j’ai côtoyé pas mal d’autres filles, pourtant je pense encore à elle comme ces envies insidieuses de nicotine qui prennent l’esprit quand on a cessé de fumer, comme ces pulsions d’émulsions sur la cuillère chauffée ou ces envies d’alcool quand on croit qu’on a fini de boire pour toujours.
J’ouvre les yeux, je les referme. Je n’arrive pas à l’oublier. Il me revient des sensations comme des papiers qui volent soulevés par le vent de ma mémoire, des images de nos corps de statues sans pudeur, c’était il y a dix ans quand elle aimait que je la touche, quand nous étions complices côte à côte offerts au plaisir, quand on s’aimait d’un amour mélangé de sexe et d’esprit. Il suffisait d’un bruissement pour que nos corps s’embrasent. J’étais son premier amant, elle avait découvert avec moi un autre rapport avec elle-même. Élevée dans une famille rigoureuse qui l’avait enfermée dans son propre écrin, je lui avais appris à accepter l’apparence de son corps. Pour ces mêmes raisons familiales, on s’était marié jeunes, très jeunes, trop jeune. Elle avait 19 ans et moi deux de plus. On a appris à se connaître, mais notre union avait en fait atteint son paroxysme après cinq ans. A 24 ans, elle était enfin devenue fière d’elle-même, et ne cachait plus sa jeunesse sous les vêtements lourds. Ses parents d’ailleurs n’avaient pas vraiment apprécié cette mutation, et j’incarnais à leurs yeux l’aspect d’un diable pervers qui avait entraîné leur fille unique dans les tristes marais de l’immoralité, recouvert d’une fange putride dans laquelle vivaient les démons du vice et de la décadence. Du coup on avait un peu coupé les ponts.
On habitait sur le Riverside, on se sentait libre. Gill était souriante et s’amusait à porter des jupes aussi courtes que des abat-jour. Rien dessous. Elle jouait à ça et je réagissais comme le chien de Pavlov quand elle enfilait des bas et des porte-jarretelles, corsets et balconnets ou des collants peints.
Ce jour-là il pleuvait dehors, il pleuvait trop fort. On a pris un taxi pour rentrer. Elle a fermé les yeux et j’ai glissé la main entre ses jambes dans le taxi. Le chauffeur Pakistanais continuait à parler tout seul au fil qui le reliait à quelqu’un. Elle serrait les jambes en même temps que les dents, je sentais sa jouissance qui montait. Elle s’est contractée en laissant échapper un petit souffle en faisant semblant de tousser. Le taxi nous a déposé et l’on s’est précipité dans l’immeuble. L’envie était trop forte, on n’a même pas attendu d’arriver à l’appartement. Arrivé au quinzième par l’ascenseur, on s’est reculé dans la cage d’escalier, il y avait pas mal de bruits. Je la revois debout les deux mains sur le mur. Je caressais son dos demi-nu, elle se laissait faire et puis elle s’est écartelée lentement. J’ai mis la main sur son sexe rasé et j’ai senti son clitoris en érection grossir entre mes doigts, tendu comme une petite verge. Elle s’est retournée mystérieuse et inquiétante, elle a soulevé mon maillot nerveusement et s’est mise à pincer mes tétons pour se venger sur mon torse de ce que j’avais fait à ce clitoris dans sa fente amoureuse. J’entends Gill respirer fort, elle m’a demandé :
– Je peux ?
J’ai répondu :
– Oui, tu peux, sans savoir de quoi elle parlait.
Alors elle s’est mise à pisser dans la cage d’escalier et son jet d’urine est descendu comme une fontaine jusqu’au tréfonds de l’immeuble quinze étages plus bas.
Je me suis agenouillé dans la lueur verte de la lampe d’issue de secours, j’ai écarté ses fesses rondes, et ce froid minuscule lui faisait plaisir, et j’ai tiré la langue jusqu’à la fleur de son anus. Je pense à ses seins lourds que j’aimais sucer quand elle était sur moi. Finalement j’ai plongé une fois encore mon phallus d’homme dans la chaleur de ses grandes lèvres lubrifiées par la cyprine. J’étais heureux d’être avec elle, heureux de vivre avec elle, heureux de me penser avec elle, à son côté et de partager sa vie, même si parfois elle m’énervait parce que je ne comprenais pas sa richesse.
Pourtant à cette époque, ce travail de directeur commercial chargé du développement mondial m’excitait, et j’avais accepté les contraintes de la responsabilité qui nous permettait de vivre un train de vie sans retenue. Je voyageais beaucoup, mes soucis me remplissaient la tête, et même si je rentrais pour faire la fête, et même si j’évitais d’en parler avec elle, je n’étais pas toujours disponible.
Après sept ans de vie commune, on s’est petit à petit écarté l’un de l’autre. Sans même s’en apercevoir, on est passé de la passion à moins passionné, de un peu beaucoup à pas du tout. Comme si le papier avait brûlé trop vite. Elle s’est vue enfermée. On était jeunes tous les deux, elle a pris peur, elle avait envie d’essayer autre chose. Toutes les danses de parades, les échanges en confidence, les frissons électriques ou phéromones de printemps, tout ça n’avaient plus vraiment de sens. L’envie a diminué, l’habitude, la lassitude. Comme si j’avais fini de la séduire, comme si je ne lui plaisais plus. J’ai eu l’impression que l’esprit avait pris l’ascendant sur le geste.

A 28 ans, je dormais deux cents nuits par an dans des chambres d’hôtel. La part du fantasme était devenu l’essentiel de mon rapport avec le monde.
Quand je pensais au sexe de Gill, je m’imaginais avec elle ou avec ces rencontres que je faisais dans la journée et je réinterprétais ensuite à ma « sauce ». Je me masturbais tous les jours avant de me coucher ou au réveil, et en fait, j’avais une activité sexuelle plus régulière quand j’étais seul que lorsque je rentrais à la maison.
À l’autre bout du monde, Gill avait pris le contrôle et se faisait plaisir sans moi. Du coup, quand je rentrais, je la sentais rigide, refusant de s’abandonner. Maintenant elle restait consciente, acceptant mes invitations sans joie. Et j’ai senti qu’elle commençait à faire semblant. Elle n’avait plus autant le désir de moi, que j’avais le désir d’elle. J’ai essayé de ne pas lui en vouloir pour ça. Je voulais lui faire confiance. Et puis je n’avais pas le temps de m’y perdre, à mon tour. J’ai essayé de la croire puisqu’elle niait. Je la revois scrutant le mur pendant de longues minutes, avant de répondre à mes questions maladroites, ces questions que je me posais comme un torero questionne le sable de l’arène. Ou bien j’aimais sa voix grave au téléphone, me parler doucement et je bandais en raccrochant. Je l’aimais toujours. J’avais envie d’autres femmes certes, et certaines de mes collaboratrices furent des séquences sans lendemain, mais ces autres fantasmes n’avaient pas son charisme.
J’étais loin, j’idéalisais et elle continuait de me faire envie, et j’atteignais l’extase quand je pensais à elle. Moi, j’aimais son sexe, mais elle ne voulait plus vraiment du mien. Elle disait que « ça » n’avait plus d’importance pour elle, plus autant d’importance. Si « ça » se passait, ok, sinon, tant pis. Elle n’en avait rien à battre, que ça me manque ou non. Elle s’endormait lassée et préférait les bras de Morphée aux miens. Moi, c’était un besoin, j’avais ce besoin de faire l’amour, elle n’avait pas cette même nécessité. Elle préférait dormir, c’était plus agréable de se faire caresser en rêve plutôt que de se faire caresser par moi. Le faire c’était comme un cadeau, une récompense, c’était comme me donner quelque chose tout en se donnant à elle-même un peu de bon temps. Mais de temps en temps lui suffisait, il fallait qu’un certain nombre de conditions soient requises et je ne savais pas quelles étaient ces conditions. Pour elle c’était en plus, pour moi c’était en moins quand ça ne se passait pas.
Alors qu’au début, on négociait nos dissidences en faisant l’amour, (j’en venais même à me demander si on ne pouvait penser que l’amour ne soit lié à une forme de punition du genre « : « les hommes veulent-ils punir les femmes en leur faisant l’amour, », a la fin par contre c’était devenu une cause de chagrin.
Et le sentiment d’être trompé, trahi, est devenu une obsession douloureuse. De même j’avais couché avec certaines de celles qui étaient venues me chercher, de même je l’imaginais elle aussi avec un autre. J’imaginais qu’elle me mentait comme nous avions nous-même menti à d’autres, quand le téléphone sonnait pendant qu’on faisait l’amour. Elle savait filtrer la mélodie de ses émotions si bien qu’elle pouvait décrocher et parler sans que l’interlocuteur ne se doute qu’elle avait un godemiché ou ma bite entre les jambes. Elle savait bien mentir pour se défendre.
Pendant une période, on s’est embrouillé pas mal, on se disait des mots, trop de mots. A la fin, on ne s’engueulait même plus. Elle faisait semblant de ne pas comprendre mon malaise. On s’était déjà écarté l’un de l’autre. Pour nos dernière vacances ensemble on avait loué une villa sur la plage, elle disait :
– On n’est pas pressé.
Je savais que « ça »se passerait une fois, et cette seule fois lui suffirait.
– Mais depuis quand on est « obligé » de faire l’amour à Noël ?
Et moi je ne savais pas quoi répondre. Et c’était une sale période et je sentais que c’était fini. Ça cristallisait en moi, et j’étais devenu silencieusement jaloux, comme un poste de télé qui implose. J’ai payé un détective, mais le type s’est transformé en maître chanteur au moment de me remettre le dossier. Le ton est monté, je l’ai pris par le col. Ça a failli très mal tourné car je savais qu’il était armé. En guise de dénouement, il a passé sous mes yeux les feuilles du dossier, une par une dans le broyeur. Il aurait fallu que je paie le double pour savoir, et je n’ai pas voulu savoir. Je l’ai envoyé péter et je suis resté avec mon doute et mon questionnement.

Pendant que j’étais à l’autre bout de la planète, à cet instant précis, Gill palpait l’entrejambe de celui avec lequel, après un repas, après avoir un peu bu, après
une discussion animée, elle allait en venir aux faits. Seule dans l’appartement, sans témoin, elle se laisse cueillir. Elle ne savait pas que j’ai truffé l’appartement de petites caméras numériques que je commandais à distance et qui arrivaient jusqu’à mon ordinateur. Je me souviens de cette première fois :
D’abord assis côte à côte, elle n’attend que cela. D’abord un peu perplexe devant ses avances, il ne veut pas d’ennui. Il n’en n’est pas moins homme et tente une dernière manœuvre pour avoir confirmation. Il se lève pour aller chercher quelque chose à la cuisine. Je ne sais pas qui il est, je ne le reconnais pas, peut-être un membre du club de yoga auquel elle s’est inscrite. Il revient et se plante devant elle. Elle est toujours assise sur le canapé. Il reste là, elle ne baisse pas les yeux. Il sent les phéromones qu’elle ventile comme une fleur au printemps. Elle voit cette forme tendue sous son pantalon. Son cœur se met à battre fort. Il s’approche encore un peu d’elle. Elle se lève à son tour pour ne pas être en dessous de lui. Ils sont face à face, proche l’un de l’autre, elle sent son odeur d’after-shave bon marché. Elle ne sait pas quoi dire. Elle dit n’importe quoi, pour essayer de détourner la conversation. Il avance contre elle. Elle ne peut plus reculer. Elle ne veut pas reculer. Il la regarde aussi profondément, son regard a glissé sous la chemise blanche transparente de Gill. Elle le regarde aussi, elle a de la salive plein la bouche. Le programme music ambiant du computeur tourne sans que vous ayez à vous en préoccuper. Le silence est rempli de musique. Vous ne parlez pas. Soudain il embrasse délicatement Gil dans le cou. Elle a un instant d’hésitation et puis elle se laisse faire. Il prend la main de Gill et il l’appuie sur le tissu de son pantalon. Elle sent cette queue tendue sous le tissu, ce phallus différent du mien. Elle a envie de la toucher, la toucher peau à paume, sentir la chaleur de sa peau. Il a pris les choses en main, et elle aime ça. Elle se laisse faire avec lui comme une danseuse avec un partenaire. Il pose ses mains sur les fesses fermes que je connais. Elle apprécie de le sentir décidé, il a de la poigne et de l’autorité. Il commence à défaire sa ceinture, et elle l’aide aussitôt à le faire, maintenant elle est pressée. Depuis longtemps, elle a semble-t il accepté l’idée de tromper son mari qui est loin et qui n’en saura rien. À la fois elle panique et elle ne veut pas se la refuser, alors vite elle se fabrique des alibis qui justifient l’instant présent. Elle se dit que je suis loin, que j’ai dû le faire aussi, qu’elle a le droit. Elle ne me trompe pas puisque je suis loin, et que je n’en saurai rien. Emancipée, elle s’autorise à être libre, débarrassée du carcan de la morale et de cette routine qui l’ennuie. Gill est maintenant impatiente de plonger dans l’interdit excitant, pressée de savoir qui est le démon qui l’embarque, elle a hâte de s’offrir.
Elle sent ce membre lourd, ce sexe tout en muscle enfermé dans son slip. Elle y ploge la main et ça lui fait un effet atomique. Elle en veut, le goûter. Oui, goûter. La goûter, me goûter. Comme un défi. Cette autre verge bandée pour elle. Il baisse enfin sa braguette et elle la découvre. Enfin, elle la voit. Elle la trouve belle, impressionnante, différente, veineuse et torsadée. Elle l’embrasse du bout de son rouge à lèvre. Elle la sent du bout des narines comme un animal, instinctive. L’autre avait prévu son coup. Elle trouve son parfum sucré plutôt agréable.Tout en soupesant ses testicules, elle commence à lécher le gland lisse de l’homme qui penche la tête en arrière. À ce moment précis, lui il se demande combien de temps il va tenir. Gill pense un instant à moi, et ça l’amuse. Une fraction de seconde, elle compare ce phallus nouveau avec celui qu’elle a pris l’habitude avec les années de sentir en elle. Lui, il pense qu’il est en train de baiser une femme mariée de 26 ans, il trouve qu’elle a du style et une bonne expérience, lui ça l’amuse de baiser ma femme.
Après quelques minutes, elle dit: « on va dans la chambre ? » Il la suit. Elle veut lui faire croire qu’elle maîtrise la situation mais en fait elle veut surtout montrer ce qu’elle sait faire à cet homme. En même temps, c’est tout son corps qui tremble.

Elle ne veut plus l’entendre. Elle ne l’aime pas, elle veut juste qu’il la baise profond. Elle se déshabille et va se laver. Elle se demande ce qu’elle est en train de faire… Il la rejoint sous la douche. Elle est contente. Elle regarde cet homme inconnu et son priape de faune. Elle le regarde, il lui fait tellement envie et aussi un peu pitié tant il est prêt à tout pour elle. Il y a peu de lumière, elle est aussi honteuse qu’elle est fière d’elle-même, belle et rajeunie aussi. La buée sur la caméra m’empêche vite de voir sur mon écran d’ordinateur, ce qui se passe là-bas, à 10 000 kilomètres de l’endroit où je me trouve cette nuit-là.

Ils sont revenus dans la chambre et elle se laisse aller au plaisir. Elle a enfilé sa robe de chambre en soie. Sous ses doigts, elle joue avec et puis elle avale cet autre membre que le mien. Elle doit faire un effort parce qu’il est gros. Elle n’aime pas ouvrir la bouche. Elle ouvre la bouche pour respirer. Elle s’est couchée sur le dos les jambes hautes repliées sur elles-mêmes. Elle l’aide à rentrer en elle. Wah. C’est bon. Une autre forme, une autre peau, une autre odeur que la mienne. Parfois ça la débecte et parfois cette odeur de l’autre l’excite. Je regarde ça et je ne peux pqs le croire. Je le craignais et je ne sais pas si je regrette de savoir enfin ce que je craignais depuis deux ans. Je me dis que c’est la première fois. Ils ne semblent pas bien sûrs d’eux. Je me masturbe en pensant à ce qu’elle ressent. Plus que je ne les vois sur l’image floue qui m’arrive par pixels arrivés de l’espace, j’imagine leurs jeux de mains.
Il ne connaît pas ses habitudes, il lui fait un peu mal, mais elle n’ose rien lui dire. Elle fait juste un petit mouvement pour esquiver, et lui pince les tétons pour te venger, ça l’énerve, et comme il ne l’aime pas, il s’impose, et plonge et replonge en elle avec fermeté. Elle bouge comme elle ne le fait plus avec moi, je la vois se donner pour que cet inconnu garde un bon souvenir de ce moment fantasmatique. Il a cette grande et grosse bite qui secoue ses viscères. Gill trouve ça bon tout simplement, elle semble soûlée de plaisir. Elle se met à quatre pattes sur le lit, et il la prend par derrière. Elle a effacé tous les tabous et ses filtres de morale. Elle n’a pas envie que ça s’arrête. La jalousie me brûle en même temps que je regarde cela. Ça me déchire et je me dis que c’est fini, entre nous, ça ne sera donc plus jamais « comme avant ». J’entends battre mon cœur, et ça me fait bander aussi. C’est étrange, cette peur qui pourtant me fait jouir. À cet instant elle s’en moque, elle se tourne vers la caméra, l’a-t elle vue ? je ne sais pas. Elle semble me regarder l’air narquois, l’air de me dire: « Ah tu voulais voir ça, tu voulais me voir baisée par un autre? … alors profite-en. Regarde bien. Je ne l’aime pas, je n’aime que sa bite, celle qui me rentre dans la chatte et peut-être qu’il va m’enculer, parfois tu sais combien j’ai aimé ça. Regarde! C’est elle que j’aime aujourd’hui, mais c’est lui qui me baise, toi tu es trop loin mon pauvre amour. Il me baise à ta place puisque tu n’es plus là. Regarde, regarde bien comme cet inconnu me baise à fond. Tu l’as voulu. Je le fais pour toi. Hmmmm, je n’y peux rien, maintenant, je suis bien. » Je l’entends me dire cela à travers mon fantasme. Elle tourne à nouveau ses lèvres vers l’autre. Son corps est pris de tension. Je la vois se cabrer sous celui qui n’a pas de nom et elle jouis comme nous avons joui ensemble si souvent. Fin de la retransmission.
Je me suis juré que je ne dirais rien. Je n’ai rien dit. J’ai laissé les choses se passer comme elles devaient se passer.
Et puis un jour, elle m’a transpercé le cœur en me tendant la convocation chez l’avocat, et ce fut pour nous deux un soulagement.
Et j’entendais la chanson citron de Led Zepelin : « I should have quit you long time ago,
Yeah, long time ago.
 Oh yeah, long time ago. I wouldn’t be here, my children, 
down on This killin’floor. »