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Roman Live On Line

Nu York

#050 La valeur des choses

J’ai balancé dans le trash-can une boîte de caviar de deux pounds qu’on m’avait offert en remerciements du texte que j’avais rédigé pour un restaurant. Je suis nul en affaire. À force d’attendre le moment idéal pour ouvrir ce caviar de Russie, et avec qui ? et comment ? et j’veux en profiter un max, et meeerde j’ai pas d’vodka… Du coup j’ai laissé passer de six mois la date de péremption. Quand je me suis enfin décidé, c’était trop tard, les œufs baignaient dans une sorte de bave saumâtre bleue vert, un poison capable de m’envoyer à l’hôpital couvert de pustules tel un sorcier du Bayou déguisé en lichen.
On ne peut pas repousser éternellement le moment de profiter de la vie.

Les choses ont une valeur conjoncturelle. Qu’elle soit marchande ou sentimentale, la notion de valeur est éphémère. Les valeurs fluctuent comme des vagues. Certains savent surfer sur elles en costume trois pièces une souris sur l’écran tactile dans leur bureau de trading, d’autres s’y noient à la première virgule.

Je fais mon job de rédacteur à temps partiel dans une agence de com, mais je continue aussi à écrire des articles pour des magazines alternatifs culturels dans lesquels je défends certaines valeurs, comme un préhistorien prisonnier de sa vision de la préhistoire. Je re-write des discours ou des textes de présentations et je donne des cours à la New School sur « l’Histoire des creativ concepts ». Je n’ai pas un métier, mais j’en exerce plusieurs. Ça me permet de payer le loyer, mais à force de parler pour les autres, j’ai du mal à travailler pour moi. À force de me cogner contre les parois de l’adversité, les fibres de mon impatience viennent à s’user. La corde de l’arc bandé en moi, menace de casser comme un tendon d’Achille en tension. Peut-être qu’il y a un temps pour tout ? J’ai du mal à l’accepter. Je ne suis pas encore résigné, mais j’ai l’impression qu’un soleil de lucidité assèche le fluide imaginaire qui coulait dans ma tête. La source des mots qui s’écoulait entre mes doigts doucement se tarit.
J’avance pas à pas. Les jours me semblent lourds. Je pousse ma vie comme une brouette.
On ne connaît pas facilement la valeur de son propre travail… Peut-être qu’il y a de l’or dans les mottes de terre que je déplace, je n’en sais rien. Au fond, j’ai l’impression de creuser ma tombe.

Dans le cimetière de Westwood Village Memorial Park, à Los Angeles (West) un caveau vient d’être adjugé 4,6 Millions de $. Ça fait très cher le pied carré et en volume, encore plus. C’est la valeur de l’air.
Dans cette partie du cimetière, les tombeaux sont encastrés les uns au-dessus des autres. Celui-ci n’a rien de particulier, si ce n’est son emplacement : ce tombeau est situé au-dessus de celui de Marilyn Monroe.
Proposé 500.000$ au départ, il a grimpé sur Ebay jusqu’à la somme artistique de 4,6M de $. « Artistique » parce que la valeur n’a pas de rapport avec la matière. La valeur d’une œuvre est définie par l’Esprit qu’on lui accorde et non par l’addition du prix des composants. C’est illogique, mais c’est comme ça. Un tableau ne vaut pas le prix des pigments colorés, plus le prix du châssis, plus le prix du cadre, plus le temps de travail, non, il vaut ce qu’on estime l’œuvre. Il vaut la rareté du geste, ou l’innovant de celui-ci. Mais comment juger de la nouveauté d’un geste ?
Le rêve n’a pas de prix. Les symboles n’ont pas de prix. Les souvenirs n’ont pas de prix. Ou plutôt quel serait le prix des souvenirs ? Combien donnerait–t on pour se souvenir des bons moments ? Je suis certain de la fortune que se fera le type qui trouvera un jour comment vendre à chacun le moyen de renouer avec certains de ses propres souvenirs.
On peut calculer la valeur des choses industrielles en fonction de leur coût de fabrication. Certes, c’est logique, mais c’est un jeu de dupes, car une fois fabriquée, la fée communication, la pub et le marketing se chargent de faire croire au « mythe de l’objet ». Raconter une histoire pour donner un sens à la chose. Quelle qu’elle soit.
Dans ce cimetière de Westwood Village Memorial Park, à Los Angeles, l’emplacement symbolique a de quoi faire rêver.
En 1954, Richard Ponser avait acquis ce même emplacement après avoir versé 500.000$ à Joe DiMaggio, le joueur de base-ball, ex-mari de Marilyn. Ponser était un carrossier qui fabriquait les voitures blindées de la pègre de Chicago, (il avait notamment fabriqué celle qui protégeait Al Capone) mais il voulait se payer un dernier voyage « accompagné ». C’est pourquoi il accepta de payer cher le symbole : avoir un caveau situé au-dessus de celui de Marylin Monroe. Par ailleurs, il avait spécifié dans son testament, qu’il fallait installer son corps non pas sur le dos, mais sur le ventre pour son dernier sommeil. Sa jeune femme Elsie avait satisfait sa demande en ajoutant un peu blasée mais non sans humour :
« S’il suffit de ça pour te faire plaisir, de toute façon ça trouera pas le blindage… ».
Promesse fut tenue mais les années passant, Elsie se retrouva un jour contrainte de crise économique, de rembourser 1,6 million de dollars pour payer les traites de sa maison de Beverly Hills. Adieu la position dominante du gisant, la septuagénaire décida de proposer sur Ebay le caveau mural acheté par son mari…
C’est cet endroit qui vient d’être cédé à 4,6M de $.

Quand on est deux, il faut que l’un des deux se décide à accepter… La proposition de l’autre !

Katia, la femme du peintre Morgan Stanley, a fait deux retraites zen dans un monastère au Népal.
– Tu avais besoin de prendre ta retraite ? Moi je ne sais pas si je saurais faire vœu de silence. Ça me paraît impensable.
– J’avais besoin de faire le bilan, de ranger mes affaires…
– Comment ça ?
Elle se tourne et me montre du menton la pièce du fond.
– Lui, il fout la merde…
Je suis un peu gêné. Elle parle de Morgan comme on parlerait d’un enfant. Elle croit peut-être qu’il ne l’entend pas, ou bien elle parle comme ça pour l’énerver. Elle ajoute:
– Lui, il ne range rien…
Ces deux êtres vivent ensemble depuis trente ans. A croire qu’ils ont signé un pacte de discorde, car ils se chamaillent sans cesse comme des chats qui s’excitent sur une pelote de laine.
Cette fois, ça ne rate pas, presqu’ instantanément Morgan réagit depuis la pièce du fond :
– Pas d’accord… Je range. Tu dis n’importe quoi pour le plaisir de parloter…
Elle sourit en me regardant. Ça l’amuse. Depuis la pièce en demi-lumière, il continue.
– Tu crois que le monde ne voit que d’un œil. L’œil de D. Tu te crois seule, mais sache que les autres existent, tu n’es pas la seule à avoir raison. Moi j’ai mon ordre à moi. Ce n’est pas le même que le tien voilà tout…
Morgan continue de pester comme un moteur diesel qui s’est mis en route. Ses élucubrations ne servent à rien, mais il continue quand même. Ça le soulage comme on expectore des miasmes. Katia m’attire dans le salon.
Elle a été prof de yoga. Elle me raconte que dans son centre de méditation, un temple construit sur le toit du monde, à flanc de montagne Himalayenne, elle ne devait ni lire ni écrire, ni parler ni quoi que ce soit pendant 22 jours. Rien de rien. Oui, elle dit que ça lui a fait du bien.
Je la regarde stupéfait. J’essaie de l’imaginer muette.
– D’autres le font pendant un an !
– Ils font ça pour atteindre le fond ?
– Oui, le fond de soi.

Même si j’ai parfois du mal à trouver les mots pour exprimer ce que je ressens, un an sans lire, ni écrire, ni parler… Non, je ne pourrais pas.

Je vis la nuit.
Quelques fois, je me soûle avec Rick. Comme si les verres se remplissaient tous seuls devant nous. Rick est en instance de divorce. Il ne va pas bien et je l’accompagne dans ses délires. Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Les sentiments se démènent en moi comme les vers qui se tordent dans la vase. On n’a pas toujours le choix.
Avant on allait chez Tony, maintenant on s’achève à l’Irish pub avec d’autres solitaires comme nous. Encerclé par la liberté qui me fait suffoquer, obsédé par la mort, je me sens souvent mal, mâle, animal. Je me sens un peu bête comme une bête abandonnée par ceux qui ont zappé d’envie. L’autre jour, je me suis effondré devant la cascade artificielle du Macy’s et tous les saints du paradis, tous les démons et leurs tridents, tous les elfes et les bonnes âmes n’y peuvent rien changer. Mes envies atrophiées comme des oiseaux de basse-cour qui ne savent plus voler, j’ai été sage comme on taille les bonzaïs. Parfois les envies remontent comme la mousse à la surface des pintes que je bois. Je suis de la couleur des peines. Il y a en moi une soif d’absolu que je ne peux étancher. Mais les bières ne suffisent pas vraiment à éteindre ce feu qui brûle en moi. Pourtant je pense être encore capable de contrôler mes pulsions, contrôler la situation. Je veux croire que je peux m’arrêter quand je veux.
Et puis doucement les bonnes intentions s’effacent devant l’envie. Les pulsions sont plus fortes que moi. Il paraît que c’est ce qu’on appelle l’addiction.

Addiction pour l’argent,
Addiction pour la déconne,
Addiction pour le travail,
Pour la famille,
Addiction pour l’ordre,
La drogue aussi
Et addiction pour le sexe !!!

Pete qui ne pense qu’à ça. « ÇA », oui, c’est vrai qu’on est nombreux à penser à « ça », mais Pete lui, y pense tout le temps, c’est vrai. C’est son mantra, son handicap, il doit faire avec. Il en a une grosse, une grande, et elle squatte ses pensées:
– Je ne pense qu’à ça… C’est vrai
Il ne pense qu’à ça.
– C’est vrai, je ne pense qu’à ça… Je devrais aller me faire psychanalyser ? Mais pourquoi ?
C’est vrai que ça ne l’empêche pas de bosser. Il est organisateur de soirées. Un homme public en quelque sorte.
– J’en ai marre…
– Fais comme Tiger Woods… Vas faire une rehab’ chez les Anonymous Sex Addicts.
Mais la phrase d’après, Pete répète à nouveau :
– Pourquoi je m’arrêterais, c’est tellement bon… Envie de baiser, non de Dieu… Tout le temps envie de baiser !
Et puis il se tait, comme un setter en arrêt. Il fixe une ombre élégante qui vient d’entrer. Longues jambes et mini-jupe noire.
– N’importe où n’importe quand. Baiser sur une tombe pendant un orage, ou baiser dans un ascenseur pendant la grève. Baiser à l’aise. Baiser sur la face B. Baiser n’importe qui, baiser une texane accro ou une démocrate aux yeux doux, baiser la femme d’un ami ou baiser la grande Haïtienne qui est venu pour tenter de lever des fonds en faveur de son île.
Je lui file le DVD d’un collègue à la New School, le réalisateur Caveh Zahedi qui a fait un film confession plutôt drôle sur le sujet : « I am a sex addict ».

Connaissant Pete, ça m’étonnerait quand même que ce film soit une révélation. Mais, on ne peut pas faire autrement que vouloir aider ses potes…

Kenny part en mission prolongée au Yémen. Il ne sait pas quand il rentrera, alors comme il va cuire pendant des mois dans le sable, on lui a fait sa fête au frais-froid, aux frais… De la princesse, on l’a emmené skier.
Une vraie journée de mecs, pas de fille avec des questions de filles. Non, juste Six copains. Yeah man au Yémen, tu t’en souviendras.
Kenny est un type bien, et il fait du bien à ses amis. On est un peu triste de le voir partir, même si on sait qu’il part pour la bonne cause.

Son père était médecin. Un médecin populaire, pas un vendeur de santé.
Kenny a pu faire ce qu’il voulait mais pour les filles, à l’ancienne, le père décidait comme un patriarche. Ann voulait faire quelque chose pour le bien d’autrui, elle voulait être designer. Le patriarche voulait qu’elle devienne avocate. Elle avait une gêne congénitale articulaire. Un grand chirurgien l’a opérée, mais il a touché un nerf qui l’a paralysée d’un côté. Elle a dû réapprendre tous les gestes en utilisant l’autre main.
Quand son père est mort, Ann avait 24 ans, elle suivait des études pour devenir juriste. Au lendemain de l’enterrement elle a abandonné le droit.
Elle a travaillé dix ans dans le tourisme sur la côte Ouest, mais c’était pas son truc, non plus. Un jour une amie l’a persuadée de faire des études de psycho.
Maintenant Ann est graphologue. Elle lit à travers l’écriture des autres, et elle exerce dans le cabinet de son père.

Britt la copine de Kenny l’avait prévenu qu’elle devait aller voir sa fille qui s’est cassé le ménisque dans une compétition de Lacrosse à Portland / Oregon. En partant, Britt nous avait filé ses clés. Il faisait encore nuit quand on a débarqué chez Kenny. On était cinq : Hyatt l’avocat, Abbott le trader, Faegan le banker, Eldwin l’ingénieur, et moi-même. Un belle bande de dangereux maniaques.
Le doorman voulait pas nous laisser passer malgré nos arguments, et puis un 20 vert supplémentaire nous a ouvert l’ascenseur.
Kenny est plutôt du genre lève-tard.
Il a poussé un cri de panique à six heures du mat’, quand il a vu ces formes sombres débarquer dans sa chambre dans le flash torche de la caméra numérique d’Eldwin. En plus Abbott mesure 6,3 pieds et il est costaud comme un cheval.
– Putain, d’bordel qu’est-ce que vous foutez là ?
Faegan dansait sur le lit…
– Eh quel âge vous avez ? Vous vous croyez sur Youtube ?
Y avait pas de poupée gonflable à côté du lit, et à part le maxi bordel des affaires entassées les unes sur les autres, Kenny n’avait pas trop la honte, sauf qu’il s’était bien mis carré la veille, et ce réveil soudain l’obligeait à puiser dans ses réserves, comme si en poussant sur ses frêles pattes arrière, un coléoptère devait soulever à lui seul, le rideau coulissant de la porte du garage bloqué par le gel. Cela dit peu de gens imagineraient dans quel chambard peut vivre une des voix d’influence des Nations-Unies.
Bon, on l’a aidé à se doucher, et la lumière lui est revenue en même temps qu’on partageait croissants chauds du pain quotidien et œufs brouillés.

On a pris la route vers Camelback dans les Pocono Mountain dans le Delaware.
Il faisait beau mais très froid aux alentours de – 20 Celsius en haut des pistes. Mais la neige était bonne. Sur les pistes c’était chacun pour soi, les caïds casqués fonçaient sur les courtes et abruptes pistes noires, les autres choisissaient l’option longue piste. On s’est laissé glisser les uns les autres entre les buées sur nos lunettes.
Au bout de quatre heures, on en avait plein les quilles, on est allé se gaver d’un gros steak dans une auberge.
Au retour tout le monde dormait dans le wagon, sauf Hyatt qui conduisait son gros Dodge familial.

Moi, je regardais par la fenêtre et certaines visions m’illuminent l’esprit.
Chaque fois que sur une route, je repasse à l’endroit où quelque chose s’est déroulé, chaque fois me revient le feeling d’un souvenir: un buisson où je me suis arrêté pisser, un bar où j’ai bu un café, un car stop où l’on a baisé en urgence.

Retour à NY à 4 heures le temps de se doucher et l’on se retrouvait alignés tous les six en rang d’oignon, les pieds dans le bassin du salon de massage de Mimi Shing Li.
C’était la première fois que je vivais cela. Hyatt avait fait la proposition de ce truc spécial à partager. La course à pied lui permet d’évacuer le stress de son job et de ses cinq enfants. A force de s’entraîner, il a trouvé son rythme et il a terminé dans les 1500 premiers du dernier marathon de NY. Mais le secret c’est l’état des pieds, alors après les courses il vient là se faire remettre en place mes osselets, tarses et métatarses.
Les pieds dans l’eau salée, on avait chacun son opératrice, sauf moi qui me suit retrouvé avec Kim un Népalais habile des ses doigts mais dont les gestes fermes n’avaient rien qui puisse me laisser fantasmer ce qui mes copains voyaient défiler sous leurs yeux clos quand les paumes des masseuses s’occupèrent à les relaxer une fois que la séquence « pied » se fut transformée en séquence « dos ».
Ensuite la journée s’est achevée dans un restau de grillades japonaises extrêmement fin et l’on a raccompagné Kenny chez lui dans un état proche du néant.

N’empêche que ces journées comptent dans la vie,
Des journées de repères qui permettent d’évaluer une existence en trompant le quotidien, la routine. On parlera pas de la veille, ni du lendemain, on parlera de cette journée-là. C’est pour cela que les concerts coûtent chers, les organisateurs se sont rendu compte qu’ils vendaient des souvenirs. Ils ne vendent pas des tickets, ils vendent des moments de vie. Ceux qui n’ont pas ces moments à eux, ces moments au présents, ceux qui vivent à l’imparfait sont quasiment morts.

Je sens la vie dans le ventre de mes jeunes amies et mais je sens aussi la mort qui rôde dans l’air au-dessus des parents de mes proches. Les unes sont enceintes, elles espèrent voir à quoi va ressembler cet allien qui vit en elle depuis des mois. Elles sont impatientes, excitées, énervées, tendues, heureuses. Je ne sais pas quoi dire pour les aider. D’autres accouchent comme on fait un boulot, complètement assistées.
Et puis je vois la tristesse qui envahit le regard d’autres amis qui perdent leurs parents comme des fruits mûrs tombés de l’arbre. Parfois c’était prévu, après une longue maladie, parfois c’est soudain suite à une embolie cérébrale, ou un infarctus, un cancer foudroyant, apoplexies ou ruptures d’anévrisme. Je m’aperçois que cela fait partie des sujets de conversation récurants. Autre forme de mort subite : à quelques rues de l’endroit où je travaille, un bijoutier s’est fait assassiner la semaine dernière sur Madison, par un « homme à capuche », tu parles d’une description. Ça peut aller très vite. Bien sûr on peut dire que bijoutier comme flic, c’est un métier à risque. Mais quand même… Madison entre 75/76th, 12.30 près du Withney Museum. Le type entre, il s’approche du bijoutier et de son employé. Le voleur tend deux sacs. Puis il sort un pistolet 9 mms semi automatique, et puis il crie à l’un des deux hommes : « Tu crois que c’est un jouet ? Tu crois que je blague ?» . L’autre n’a pas le temps de croire quoi que ce soit. Ça y est-il prend une balle dans le thorax, il est mort. Et le gars ramasse pour 900 000 $ de pierrailles qu’il fourre dans un sac plastique. Henry gît sur le sol, le thorax explosé par une balle tirée à bout portant ; il n’a même pas eu le temps de comprendre qu’il allait mourir. Et voilà, ça prend quelques minutes.
Il n’a pas eu le temps de préparer sa mort, ses affaires, mettre ses comptes en ordre ou dire au revoir à personne.
Dix minutes avant il n’y avait personne, dix minutes après, ça y est, il était mort. Aujourd’hui en plein Manhattan. Je repense à un reportage dans lequel l’ancien président du Kampucéa Cambodge, explique comment il croyait aux théories persuasives de Pol Pot et comment il acceptait l’idée que son pays devait en passer par là… 1,7 million de morts en cinq ans. La vie des uns ne vaut rien pour d’autres.
L’employé est en état de choc, il dit aux flics que le voleur avait une écharpe et des lunettes noires. Tu parles d’un indice ; il n’y a pas de caméra dans la boutique. Le voleur court toujours, ou plutôt il n’a même pas besoin de courir. Personne peut le reconnaître.
Une fois passé le chambard, le voleur ne pourra sûrement pas refourguer les cailloux à plus de 50 000$ au max.

C’est aussi ça la valeur des choses.
Une valeur qui n’en n’est pas une…