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Roman Live On Line

Nu York

#027 « Délivraisons » de souvenirs

J’ai toujours le cœur battant quand je la vois, ça doit remonter à l’enfance, ou bien encore avant. Sarah-Ethel est à l’heure. Elle s’appelle Sarah, mais je l’ai toujours appelée Ethel. Dans mes yeux, elle est restée la même. Elle sort de JFK avec le sourire. Quelques fois, il suffit de peu de chose pour rendre quelqu’un heureux : ses bagages étaient les premiers sur le tapis roulant. Des petits bonheurs qui compensent les grandes angoisses. On se laisse convaincre par un Pakistanais qui nous propose un lift dans sa grosse Mercedes noire. Taxi parallèle qui utilise une voiture pour son compte quand la voiture est supposée dormir au garage le week-end. Même le Dimanche, oui, Mahmad bosse même le Dimanche, pour élever ses 4 enfants. Il dit que c’est dur et qu’il n’a pas le choix, mais Dieu l’a voulu.
Ethel se tait, elle observe. On se tient la main. Elle l’observe. Si je n’étais pas là elle ne serait pas montée avec lui. Sarah est toujours sur ses gardes. En Israël, elle a peur de ce qu’elle ne contrôle pas, et l’on ne peut pas tout contrôler. Ethel est venue pour les fêtes de Pessah, pass over chez un cousin. Elle a besoin de vider son sac et de recharger ses accus. En fait elle ne s’en sort plus avec sa belle-fille qui lui rend la vie impossible. Justiny a quatorze ans, est entrée dans sa période de conflit avec les parents. Ethel pète les plombs. Un jour, Justiny a dit qu’elle avait été violée au cours d’un voyage en Europe, elle a dit ça comme si ça n’avait pas d’importance. Peut-être un fantasme, ou du baratin pour bluffer son petit frère. À son retour d’Espagne, il y a six mois, Justiny n’avait rien dit de cette agression. Et puis Seth son petit frère qui a parlé à sa place. Quand Ethel a essayé d’en savoir plus, Justiny s’est refermée comme une huître, enfermée dans sa chambre, refusant d’ouvrir la bouche sinon pour balancer des flots d’injures et des « Mêlez-vous de vos affaires ! ». Ethel et Syllah étaient fous de honte et de rage, ils voulaient lancer Interpol et sur les traces des fumiers qui avaient outragé l’adolescente. Mais difficile d’entrer en contact avec une ado qui refuse de coopérer, au moment de lancer les recherches de police, quand ils ont discuté avec Simon un détective qui fait partie des volontaires du Mishmar Haezrahi, ils sont ressortis de l’entrevue très sceptiques, et Syllah n’était plus vraiment certain de ce qu’avait affirmé sa fille. Comme toujours dans ces cas-là, ça s’est reporté sur les parents, il y a eu un conflit entre mari et femme, et ça faisait sourire Justiny. Peut-être que le mot «viol » n’a pas le même sens dans sa bouche. Maintenant Ethel et Syllah se demandent si cette histoire a vraiment eu lieu. Cas de conscience et problème de confiance. C’est l’âge du mutisme. Syllah fait la gueule et s’enferme dans son boulot, Ethel se sent coupable et s’envole vers ici pour se changer les idées.
– Mais coupable de quoi ?
– Coupable de ne pas avoir été là…
– Quoi tu veux dire que tu aurais voulu te faire violer à sa place ?
– Je ne sais pas, je ne sais plus. Tu sais, je ne comprends pas cette gamine. Si tu pouvais entendre ce qu’elle me dit. Et comment elle abuse… Elle m’en fait voir de toutes les couleurs »

Coups de klaxons, on ralentit avant le péage. Chacun suit sa ligne et puis soudain… Collision sur chaussée glissante. Blocage. Discussion, les gars remplissent des papiers. Ethel et moi, on parle de la Paix dans le monde, je ne sais pas pourquoi on parle de ça. Et puis un second type sort de la voiture avec une batte de base-ball, il a l’air défoncé, cracké surexcité, il casse le pare-brise de la voiture qui leur est rentrée dedans. Ça se gâte. Un autre homme descend de la voiture, il a un truc à la main, je ne sais pas quoi. D’ici trente secondes, ça va dégénérer en bagarre générale. On dirait qu’ils aiment ça. Mahmad panique et fait des manœuvres habiles pour finalement se dégager et trouver une issue sur le côté. Il passe l’EZY pass et l’on se retrouve tout seul ou presque, ça roule bien.
Rebondir dans les trous et les bosses du macadam.
Parler d’autre chose, c’est difficile.
– Freddy, un copain m’a filé deux places pour le concert de Carlos Santana ce soir au Madison Square Garden, ça te dit ? Je dois finir un article sur Ang Lee, tu connais ?
– Oui j’ai vu Brokeback Mountain
– Son dernier film « Lust Caution » est très ambigu. Une histoire d’étudiante comédienne qui joue le rôle de sa vie en devenant une sorte d’espionne qui séduit un bourreau dans l’espoir de l’attirer dans un piège.
-Non, je n’ai pas vu celui-là. Récemment j’ai vu Hushpizin, réalisé par Giddi Dar avec Shuli Rand, je l’avais rencontré il y a des années, avant qu’il ne retourne à l’orthodoxie. C’était un type assez cool, maintenant je ne sais pas.
– Et alors…
– Ah pour ce soir, Santana ? Ok, je passerai te prendre en fin de journée.

Je la dépose à Brooklyn, chez Sacha, son cousin et je rentre à pied. Ça me fait de bien. Il commence à faire beau. Les mecs recommencent à traîner assis à attendre rien sur le bord des « stoops » ces quelques marches au bas des entrées d’immeubles.
Hot dog kosher, mustard, ketchup et oignons cuits. Break. Half time. De l’autre côté du grillage, un petit chien frénétique aboie par convulsion. Finalement je rentre en subway.

Je surnage depuis quelques jours, entre deux eaux. Je ne sais plus vraiment où j’en suis. Pas plus bête qu’un pied de chaise, pas plus malin qu’un brin de laine, j’essaie de penser comme tout le monde, mais la crise m’atteint aussi et finit par m’étrangler l’esprit. Je suis tout ou je ne suis rien, cela dépend de la confiance qu’on a en soi. Je suis nulle part, je suis partout, ça dépend de la foi.
Se gratter la nuque, ronger un ongle, je finis un article sur « les irresponsables ».
Y a comme une grande incertitude dans l’air, l’acharnement d’Hillary Clinton n’est pas une bonne chose. Elle ne sera pas élue, ça c’est certain. Fiasco politique total, ou comment perdre sa chemise quand on devait gagner un costume.
La pollution des cœurs intrépides et le goût pour la coke, le sponsoring culturel ou la chute de la bourse, le fracas des idéologies, la relance de la Foi, le prix du hasard, cette sensation d’impossible qui incite à passer des heures à guetter l’écho du monde, tout vibre et rien ne se passe.
Tel un contrôleur aérien, depuis la fenêtre de mon Email, je regarde ce qui se passe, mais aujourd’hui, il ne se passe rien. Les gens n’y croient plus et moi, je perds aussi le goût de l’absolu. Ma boîte mail est presque vide, sauf pour m’apprendre le décès d’amis qui disparaissent. Un vrai cauchemar ! Un par mois depuis quatre mois : Sida, cancer, suicide ou accident. Qui sera le prochain ? À l’échelle des carreaux de faïence d’un zoo, je tourne en rond sur le béton de ma chambre en pagaille. Scott m’appelle, on parle de ça. Scott est un copain qui a une boîte de développement des forums de discussions. Il est Républicain, mais déteste Bush autant que le vétéran Mc Cain, mais il a l’idéal rigoureux droit, carré des Américains qui croient dans le Devoir moral d’une Amérique responsable de la destinée du monde. Il dit clairement :
– Qu’est ce que tu fais quand tu penses que tu as raison alors que tout le monde te dit que tu as tort ?
– Ben tu te ranges à l’avis général, parce que plusieurs intelligences valent mieux qu’une…
– Alors si tu fais ça, tu ne fais plus rien. Si tu demandes aux gens leur avis, ils choisiront toujours le plus facile. Et le plus facile ça n’est pas toujours la meilleure solution. Par exemple, le monde cherche des solutions pour lui-même, par exemple sans la flotte US il y aurait encore plus de piraterie…
– Mais voyons, Scott c’est une caricature, tu sais très bien que les arguments de Bush pour aller faire la guerre en Irak étaient fondés sur des mensonges, et si on avait dépensé l’argent qui a servi à la guerre, pour les bio énergies et le développement durable, on serait aujourd’hui les leaders dans ce domaine, et l’on aurait une longueur d’avance sur tout le monde.
– À l’époque on ne pouvait pas savoir…
– Écoute ce qu’on nous a raconté, c’était des bobards, ça veut bien dire que les menteurs savaient très bien qu’ils bluffaient !
– Je n’ai jamais dit que Bush était un type bien, c’est un crétin et il nous nuit, mais l’Amérique n’est pas encore prête à accepter le laxisme que représenterait pour les institutions et la population de l’intérieur du pays, le fait d’avoir un afro américain au pouvoir, et pas plus d’ailleurs si c’est cette femme… Ceux qui aiment Obama croient qu’il va gagner, parce qu’il génère une ferveur mais tout le monde ne pense pas comme à New York où les libéraux se croient seuls au monde, à l’intérieur du pays c’est encore le royaume de Dieu !

Ethel passe me prendre pour aller au MSG. Marcher sans rythme dans les rues droites. À son tour, elle écoute mes histoires qui lui passent par-dessus de la tête. Les hommes construisent les villes à leur image. Les villes ressemblent à ceux qui les ont conçues. Rues perpendiculaires et avenues parallèles ici, tandis que dans d’autres pays, c’est un enchevêtrement de petites ruelles, les villes sont à l’image de ceux qui les ont inventées. Les villes ont été voulues par les hommes pour les hommes. L’urbanisme est un scanner. Ici, le plan a défini des blocs de Liberté comme autant d’idées. Vivre l’instant, à la seconde près, sans projet ni bataille se faire plaisir à cause d’une lumière.
-Qui choisiras-tu comme témoin quand tu te remarieras pour la troisième fois ?
Ethel éternue.
– À tes souhaits! Bless you !
Debout, les mains dans le dos, en face d’une horloge, je bégaie :
-Tu connais l’histoire du roi Salomon ? Il a tout, il est riche, mais il est laid. Il prie tous les jours, il prie : « Oh Adonaï, faites que je sois beau… » Tous les jours, il prie : « Oh Adonaï, faites que je sois beau… Faites que je sois beau… » Un jour, il se réveille, Il est riche, il est aimé des femmes, il a le pouvoir et en plus il est beau. Il se voit beau dans la glace. Il est heureux, il a tout. Il sort, et dans la rue il ne fait pas trois pas qu’il se fait écraser par un bus. Arrivé au ciel, le roi Salomon fait la queue dans la salle d’attente, et quand enfin il se trouve en face du Saint Béni-Soit-Il, il se plaint un peu. Salomon dit : Ecoute, j’ai prié pendant trente ans tous les jours, et tous les jours je t’ai supplié, finalement enfin tu m’exauces, et je suis beau. Et toi qu’est-ce que tu fais ? Tu m’écrases par un bus. » Alors Ashem se tourne vers lui en disant « Ah, Oh excuse-moi, Salomon, j’t’avais pas reconnu. »
Ethel sourit. Elle me demande pourquoi je lui ai raconté cette blague. Je réponds que tout est histoire de timing.
Une fine lisière d’or dessine la silhouette des buildings de Jersey City. Le soleil se couche derrière les toits en feu. Le froid revient. La nuit s’installe en quelques demi-heures. Un enfant dort à côté des fontaines de Vénus de Jim Dine, autour de nous les tours du Daily Star de Métropolis où bossent des Supermen et des Lois Lane. Les bandes dessinées sont remplies d’histoires complaisantes et qui dupent les enfants et les persuadent de l’habileté des adultes. Le petit enfant bercé par la chanson de l’eau soupire sous un drap, au milieu du passage, sa mère fume en tendant la main. Personne ne semble voir cette femme pauvre et abandonnée à elle-même comme un poulet rôti dans la vitrine d’un boucher tentant de séduire des végétariens. Elle tient un carton sur lequel il y a marqué une supplique. Le bébé n’y est pour rien. Les hommes bougent trop vite.
Comme Carlos Santana qui joue trop vite pour moi. Lui et son groupe m’ont donné à entendre en un seul concert plus de notes que je n’en ai entendues pendant ces trois dernières années. Technique et généreux, ce petit moustachu Mexicain de 61 ans au demeurant fort sympathique, est un personnage convivial, mais il a trop peur du silence. Ses doigts sont devenus carrés à force d’appuyer sur son manche, ce qui lui donne ce son cristallin reconnaissable entre tous. Ses gammes à lui, c’est pas mon style et cette joie macho me soûle, mais j’ai soif tout court. Pourtant le nombreux public est ravi et même Ethel danse sur son siège en faisant des sourires à la grosse hispano en robe moulante qui met en péril la résistance de son siège. Moi j’attends que ça se termine, et après les dizaines de milliers de notes du dernier morceau qui n’en finit plus et dont la partition, si elle avait été imprimée, aurait été aussi épaisse que tous les numéros du New York Times de l’année tirés sur papier bible, Ethel prend un taxi, et je vais boire un coup chez Stan.

J’y croise le photographe Will Cassa qui tient des propos pour le moins confus. Lui il a commencé à boire avant que j’arrive et j’ai encore toutes ces notes dans la tête qu’il a déjà lui une longue addition. Pourtant je m’efforce de porter intérêt à ce qu’il dit mais à force de parler de tout, il ne reste rien. Candeur naïve et non-dits, on voit le monde caché sous le masque des timides, ceux qu’on appelle les humbles prétentieux. Pourtant Will est plus fin qu’il n’y paraît au premier abord. Il n’a jamais vraiment connu son père, et sa mère avait été mannequin, puis « journaliste », puis vendeuse dans un magasin de fringues, puis décoratrice, sa mère s’était débarrassée de lui en le plaçant dans un internat de son pays d’origine. C’était une grande bâtisse comme dans les films, comme si le temps n’avait rien changé à rien, briques rouges, les murs toujours humides, et dans les douches que l’eau froide. Se faire corriger par les surveillants sadiques armés de joncs fraîchement cueillis, qui fouettaient à plaisir le dos nu des récalcitrants attachés au poteau de basket dans la cour. Internat sévère pour gosses de riches abandonnés à l’écart d’un village du Sussex, citadelle ou refuge pour enfants seuls, Will avait passé huit ans de son espèce de vie, planqué ici ou là, dans les toilettes, ou sous les arbres dans les flaques d’eau boueuses et glacées dans le grand parc de l’Institution inondé par des orages impromptus.
Entre chaque gorgée de whisky, Will me livre ses souvenirs comme un livre qui se délivre du mal. Aujourd’hui Will est photographe, il habite chez un beau cuisinier alcoolique et dépressif qui vient de vendre son restau pour se sortir des nœuds administratifs dans lesquels il s’est laissé piéger à force de repousser à plus tard la rigueur dans les comptes. Histoires embrouillées comme des gribouillis, à faire déchiffrer par un psy. Will a cette sensibilité à fleur de peau qui le rend sexy, malgré son teint ravagé et ses premières rides, il voudrait se faire caresser comme un chat qui ronronne, il continue de raconter ses souvenirs d’enfance surréalistes pendant les vacances au milieu de la tribu qui accompagnait son père partout où il se déplaçait, avec des femmes fatales tyranniques qui se faisaient belles devant des hommes-paons qui faisaient la roue. Jackson Kazakh, le père de Will était un célèbre musicien de jazz qui avait fait fortune avec la musique après la guerre en montant une radio, puis une chaîne de télé, puis il avait fini comme producteur animateur d’un show de télé réalité. Cette vie de tumulte média continuait en dehors des plateaux et Jackson vivait façon hippie, entouré d’une communauté d’artistes pop rock plus ou moins célèbres, de publicitaires aux dents longues, de jongleurs psychopathes, de marquis de la finance et de forgerons industriels, de pipoles dilettantes et de sub-top models. Et venaient là ces guests, comme des personnages stéréotypés d’un village magique près de New London dans le Connecticut, où il avait fait construire sa villa sur un pic rocheux, sur lequel venaient se briser les vagues de l’océan furieux les jours de tempête. Là, dans ce paradis protégé par des caméras de surveillance, ils faisaient ce qu’ils voulaient. Jackson aimait cette instabilité comme des syncopes dans sa musique, il avait ce goût des musiciens pour la perfection, et ce besoin d’être adulé. Aussi dépensait-il tout ce qu’il gagnait pour satisfaire les désirs hédonistes de ceux qui tantôt flattaient son super ego, tantôt profitaient de sa richesse en se défonçant aux Oranges Sunshine, Mystical Tour, Blue Lagoon et autres pilules qui font planer l’esprit et voir des rainbow dans chaque goutte d’eau. La perfection est fragile, la fragilité a du charme et Jackson Kazakh avait le charme des gourous et charmeurs de serpent. Les filles qu’il avait séduites, l’avaient d’ailleurs mordu plus d’une fois. À la fin de sa vie, le vieux Jackson qui aimait tant les femmes s’était retrouvé seul, raidi par l’arthrose et incapable de le fuir. Seul contre tous, Will avait essayé de renouer le contact avec ce père célèbre qui ne l’avait jamais vraiment aimé. Comme une petite vibration dans l’hypophyse avec son géniteur, une corde s’était mise à résonner, et le vieil homme s’était attendri, (en fait, il était seul et il avait besoin qu’on l’accompagne).
Alors il brassait tous les démons du siècle, tous les diables de l’individualisme venus danser des pogos d’enfer dans son âme incomplète qui s’écrasaient à plaisir comme des fruits dans un shaker. Avant de mourir, il avait tout dilapidé, et Will n’avait hérité que de ses dettes. En avalant le dernier verre de la bouteille qu’il a bu tout seul, Will murmure :
– Je n’ai rien vécu de tout ça, je crois que je n’ai rien à dire.
Will est un peu perdu, son ami est toujours parti.

« Oh TOI qui nous écoute, si tu nous entends, délivre-nous de nos mauvais souvenirs. Nous allons franchir la mer, traverser la rivière, passer de l’autre côté des murs infranchissables, par la force de notre pensée, par notre foi, nous saurons dépasser l’impossible.
Oh toi qui nous écoute, toi qui nous entends, délivre-nous du poids de nos devoirs, redonnes-nous le droit d’y croire, le droit d’un avenir, donne-nous l’espoir, à travers cet espace que l’on devine de l’autre côté de la rive,
Car la mer va s’ouvrir à nouveau comme elle s’est ouverte une fois, et nous serons libres à nouveau, libres d’inventer un monde meilleur. »