Menu
Roman Live On Line

Nu York

#058 L’ombre d’un doute

Brandi comme une menace inexorable, le bug de l’an 2000 avait été prédit, mais il n’a jamais eu lieu, l’effondrement des tours n’avait semble-t il été prévu par personne, et pourtant il a marqué l’entrée dans ce troisième millénaire de son terrible bruit de fracas qui résonne encore dans la conscience de tous les humains vivant quand cela s’est produit.
Dans un pays où il est fréquent d’entendre l’apologie de solutions individuelles, la catastrophe du 11 septembre 2001 a révélé une forme de solidarité, … dans la peine et la douleur.

D’habitude, l’Amérique aime se faire surprendre par la nouveauté. L’idée que « tout est possible » excite l’appétit des tous les affamés, qu’ils soient petits gourmands entrepreneurs, ogres de la finance, ou investisseurs insatiables.

L’Amérique inspire le meilleur comme le pire. Les philosophies se structurent autour de pensées parfois un peu paradoxales, ou aberrantes, mais on ne trouve pas toujours du premier coup. Les découvertes remettent parfois en cause des vieux mythes, et cet aléatoire est le prix à payer pour la recherche de quelque chose qu’on appelle « pursuit of happiness ».

Figure de proue d’un pays fier de son indépendance, la statue de Bartholdi rappelle en permanence à la conscience de chacun que l’Amérique est un pays de Liberté.
Liberté de religion, de parole, liberté de la presse, droit de s’assembler paisiblement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de ses griefs, l’Amérique est fière de penser que la Liberté est synonyme de jeunesse.

Bien sûr c’est le pays des extrêmes et l’Amérique se contredit souvent elle-même, mais elle s’amuse de ses paradoxes.
L’Amérique est velléitaire, elle veut se diriger elle-même… avec la grâce de Dieu.
Les Américains sont croyants. Ils veulent croire. Ils croient en quelque chose ; ils croient en quelqu’un, ils croient en eux.
Chacun se veut capable de quelque chose, de tout comme de n’importe quoi.

L’Amérique veut croire en Dieu, parce que Dieu n’est pas discutable.
Qu’ils soient Polonais, Haïtiens, Chiliens, Coréens, Bengalis ou Porto Ricains, les gens venus en Amérique veulent croire en leur chance. Leur chance de devenir quelqu’un.
Quelqu’un d’autre. Et l’argent est un moyen de se croire quelqu’un d’autre.
L’Amérique est un pays de gens qui ont choisi d’y venir.

Si l’Amérique est friande des idées nouvelles ; elle n’en reste pas moins pragmatique. Aussi les Américains espèrent-ils toujours mettre à profit le nouvel état des choses. Certes, nombre d’Américains pensent que les événements aléatoires (…) ont été voulus par Dieu, néanmoins ils ne jugent pas ladite intention divine, en Amérique on se concentre sur les conséquences plutôt que sur les raisons.

Le 11 septembre 2001, l’Amérique jusque là sûre d’elle-même et de ses mythes, a soudain découvert sa vulnérabilité et la fragilité d’un système en équilibre précaire.

Dix ans plus tard, l’Amérique continue de partager avec le reste du monde une tristesse légitime pour ceux qu’elle a perdu. Mais en plus des conséquences de la catastrophe, on a le sentiment que malgré sa foi en l’avenir, malgré les batailles d’Obama-le-téméraire, malgré le courage d’un peuple prêt à se remettre en question, malgré tout, on a l’impression que la conscience du pays s’est fait refroidir par l’ombre d’un doute qui ne se lèvera pas malheureusement avec le prochain soleil dans le beau ciel bleu de Manhattan.
CharlElie
New York
Septembre 2011