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mardi 1 mars 2016

Sexty donc

Soixante années donc. In the sixtie’s.

C’est ainsi que moi aussi, je suis passé au six…

Même si une une amie complaisante me disait que l’un n’empêche pas l’autre, j’avoue que l’idée de passer de « sexy » à « sexa » ne m’enchantait pas plus que ça. À priori, je souhaitais faire la transition en toute discrétion, mais il semblerait que l’information n’ait pas été gardée « secret défense », puisque j’ai reçu hier des centaines de messages m’en souhaitant un « happy » ou même un simple HB migrant jusqu’à ma boîte mail.

Je n’ai pas pu répondre à tous, j’en profite pour les remercier ici.

 

Or donc je me soulageais vaille que vaille d’un tour de reins que je me suis fait à l’aRtelier en déplaçant un châssis, et je regardais distraitement les avis péremptoires de Judge Judy, quand la porte d’entrée s’est ouverte. J’ai tourné la tête machinalement, pensant voir entrer celle avec qui je partage ma vie, et c’est alors que je réalisai le merveilleux cadeau qu’elle m’avait préparé en toute discrétion depuis des semaines: mes deux filles venaient vers moi un grand sourire aux lèvres, ravies de m’ébahir, stupéfié que j’étais. Yamée avait traversé l’Atlantique, Shaan était venue de Californie, l’une et l’autre se retrouvant à l’aéroport pour parfaire leur surprise. Ma gorge s’est nouée, une larme a mouillé mes yeux. Dans le profond sommeil paradoxal de ma vie plutôt simple, je n’aurais pas rêvé plus beau présent que leur présence pour ce weekend. À l’heure où j’écris ceci, je les entends échanger des idées en riant de leurs voix jeunes comme ce bavardage complice qui animait leurs chambres dans ce même appartement qu’on habite depuis des années…

 

Depuis ce pic de la soixantaine, je contemple le paysage à l’infini des choses possibles, tout ce qui me reste à faire ! Je n’arrive pas à penser que ça puisse s’arrêter. Comment pourrais-je glisser au fond du Grand Canyon ? Et pourtant plus on s’élève, plus le vent souffle fort. Chaque jour demande d’avantage d’effort pour rester accroché à la paroi de la vie. Avec le temps, le muscle des envies est moins tonique, (je veux parler de celui qui attache l’huître ou la moule à sa coquille bien sûr…) On n’a pas idée de cela quand on sent en soi l’aspiration présomptueuse de l’adolescence comme la sève dans la tige d’une jeune plante(…) Quand on a vingt ans, et qu’on entend parler de ces âges-là, on se dit que c’est loin, très loin, quasi inatteignable. On se dit que la montagne du temps est haute, très haute. Quand on en a vingt ou même trente, 60 balais, ça nous concerne pas.

Et puis voilà !

 

J’entre désormais dans la zone rouge.

Disons si l’on m’accorde encore un peu de marge, la zone peut être considérée comme seulement « rose », mais comme tous ceux qui l’ont cueillie, la rose peut faire sentir ses épines (…)

 

À ce propos, moi qui ne me suis jamais engagé réellement dans le combat politique, je suis admiratif de la campagne courageuse que mène à 74 ans avec une fougue idéaliste et une énergie dingue, Bernie Sanders face à la falaise de l’establishment financier habitée par d’arrogants grimpeurs sur la façade friable d’un capitalisme abrupt, et face au scepticisme abasourdi de classes moyennes usées autant que désabusées. A force d’être voûté, lunettes en biais, levant le poing seul contre tous, il finit par devenir David contre ce grand con de Goliath blond à la mèche folle.

 

Mais pour rester dans le sujet du temps, si certains ont gardé des réserves de jouvence la plupart de ceux qui sont partis après le six, ont donné la sensation d’avoir déjà bien vécu leur vie.

Alors voilà… aujourd’hui je suis de ceux qui côtoient les cimes du six.

 

Quand je me retourne et que mon regard plonge dans la vallée de mes souvenirs, j’admets qu’en voyant mon parcours je me demande s’il ne s’agit pas d’un autre ? Non pas que je refuse ce que je fus, mais c’est très diffus. En tournant hier, les pages d’un album de famille, j’avais du mal à me reconnaître dans ce type en tunique indienne assis au milieu des ses parents, aujourd’hui l’un et l’autre disparus.

Et moi, où étais-je quand mon père avait 60 ans ?

C’était en 79, je finissais mes études aux Beaux-Arts,

Et je venais d’enregistrer mon premier disque.

Jamais je n’aurais imaginé la suite,

Du moins comme elle s’est déroulée…

Et c’est tout le bonheur de la Liberté, que je souhaite à mes deux filles, quand elles repartiront demain.

Mais comme depuis soixante ans, je pense que demain est encore loin !

 

CharlElie

New York

Fév. 20XVI