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lundi 11 janvier 2016

Oh, l’eau !

Une conversation est un ruisseau qui s’écoule entre les pierres de nos pensées. Comme les poissons, les mots nagent entre les phrases au gré des courants qui nous obsèdent. Ce soir-là, le prétexte de notre rencontre amicale était le couronnement d’une épiphanie, à base de pâte d’amandes et de pâte feuilletée, autrement appelée « galette des rois ». Melchior, Gaspar et Balthazar, chacun y allait de sa référence. Je ne sais plus quel chemin a pris la discussion que j’avais avec l’écrivain Peter Wortsman, peut-être inspirée par le débat polémique à propos du retrait constitutionnel de la double nationalité aux terroristes ? Ou bien était-ce à propos des trois ou quatre langues qu’il parle couramment ? Ou bien était ce par ce qu’il avait apprécié l’allégorie de « Ma Marseillaise » que j’ai écrite il y a quelques années ? Toujours est-il que nous nous sommes retrouvés à évoquer la question de l’identité, cette même question dont nous avions discuté avec Elie Wiesel la semaine dernière (…) Plus tard dans la soirée, l’artiste Alfredo Jaar, m’a parlé du sujet qui le passionne et qui concerne l’image à travers les médias.
Au fond, que l’identité soit simple, double, ou multiple, qu’il s’agisse d’une identité juive ou d’une identité chilienne, toute sa vie, les êtres humains sont hantés par la question de leur identité.
Travail, argent, religion, art ou amour, on se compare sans cesse à ce qui nous entoure.
Comment se définir : par rapport à soi-même, ou par rapport aux autres ?
Le Narcisse qui sommeille en chacun de nous, cherche immanquablement le reflet de sa propre image dans le miroir d’une eau profonde comme l’au-delà.

Et puis il y a l’Histoire, celle qui nous porte comme une mer de sel, ou qui nous enlise comme une marée noire! On peut combattre l’Histoire, – ou plutôt l’interprétation qu’on en fait-, on peut aussi puiser des arguments dans les événements du Passé, afin d’affirmer certains préjugés, l’Histoire est en général un socle sur lequel on érige sa propre identité.
Oh, que la jeunesse est libre, elle qui n’en a pas encore !! Mais très vite on se retrouve avoir à dealer avec ses souvenirs. Michel Piccoli se promène seul dans Paris, on écrit le nom de Wolinski avec un « y » et dans le documentaire qui lui est consacré par Denis Robert, Cavanna spolié de son journal-œuvre, dit à un moment « foutaise, le passé n’existe pas ».
Je veux bien le croire, le passé n’est qu’un alibi !
– et qui plus est l’icône géante David Bowie était en train de s’effacer à quelques centaines de mètres de l’endroit ou je me trouvais quand j’écrivais ces lignes. Avec lui disparaît un pan de la culture rock qui nous a servit de référence –

Plus on doute de soi, plus on cherche des atomes crochus, des ressemblances, des similitudes avec ce qui nous entoure. Comme un besoin de se rassurer, un reflet identitaire pour se persuader que nous ne sommes pas des spectres. Nous vivons une période accélérée, comme la chaleur qui précède l’explosion. Dans nos sociétés en expansion, paradoxalement chacun voudrait se distinguer tout en cherchant son double, son semblable.
« Identité » et un dérivé du latin « idem », qui a donné identique, rien à voir avec l’individu indivisible.
Quand on lit «Dieu a créé l’Homme à son image », le mot « Homme », ne signifie pas « celui qui se distingue de la femme », ou « seul contre tous », mais je crois que cela signifie plutôt « Homme » dans le sens large, « Dieu a crée l’Humanité », dans son unanimité. Il ne s’est pas identifié à UN homme, il s’est identifié à TOUS les hommes.

Dans le superbe film « le bouton de nacre » de Patricio Guzman, le réalisateur évoque l’eau, celle qui borde les 4000 kms de la côte chilienne ; l’eau cet élément (peut-être) venu de l’espace à la fois solide, liquide et gazeux, l’eau à la base de la vie, l’eau qui est en nous…
Certains pensent qu’IL s’est fait Homme,
Certains Bouddhistes, Jaïnistes, ou Hindouistes, pensent que l’UNIvers s’est fait « Om »
Moi je crois que si Dieu existe, il s’est fait eau !

CharlElie
NY Jan 20XVI