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dimanche 24 janvier 2016

Mixage / Mirage

L’année dernière les mois de Janvier, Novembre et de façon plus personnelle le mois de Mai, m’ont rappelé le caractère aléatoire de nos existences terrestres. De même en ce début d’année, il ne se passe quasiment pas un jour sans que disparaisse untel ou telle qui s’était inscrit en référence de nos champs d’émotions. Cette sensation de fragilité, nous l’avons tous, mais une certaine idéologie cinématographique idéalisée arrive parfois nous la faire oublier. Depuis toujours je me suis autorisé à penser persévérance (ménageant ma monture) plutôt qu’empressement, pourtant avant l’été, j’ai ressenti l’urgente nécessité d’aller faire enfin ce disque Louisianais, dont je rêvais depuis mon enfance.
Après la guerre et ses études à l’école Normale, ma mère est allée enseigner le Français à Jacksonville en Alabama puis à Kenosha dans le Wisconsin. Je me rappelle que très jeune nous parlions ensemble tous les deux en anglais et moi, je lui répondais comme les films qu’on regardait en V.O. (bien des années plus tard je me suis aperçu qu’elle avait un très fort accent, mais ça ne la complexait pas, et quand j’étais petit je trouvais qu’elle parlait super bien. )
Cela fait maintenant treize ans que je suis parti m’installer à New York pour l’amour de l’Art. Je fais partie de ceux qui ont cette double nationalité dont il était tant question ces dernières semaines. Quand ma mère est décédée au printemps, je me suis dit qu’il était temps d’aller enregistrer ce disque comme un pont entre les deux berges Atlantiques de mes cultures Américaine et Française, comme un lien entre ce rêve d’Amérique vue depuis la France, et celle que je vis au quotidien.
Pour la production artistique, Karim Attoumane, avec lequel j’ai le plaisir de monter sur scène depuis une dizaine d’années, m’a appuyé de son savoir-faire intelligent, et nous avons tous les deux « inventé » cet album en dehors des modes. Oui c’est un disque en dehors du temps. J’ai rencontré sur place les musiciens, maîtrisant à merveille la steel guitar, le fiddle, le cordion, l’harmonica, washboard ou sousaphone, etc.
Enregistré à côté de Lafayette, il a été mixé à Paris, une idée pour mêler deux approches différentes de la musique : d’un côté la maîtrise d’un ingénieur du son Américain entièrement dévoué à la captation du son des instruments, de l’autre l’improvisation et le goût du mixeur français pour une réinterprétation des morceaux plus intellectuelle que rationnelle. Mais dans les deux cas tout aussi sincèrement dévoués à la musique. N’est-ce pas là le véritable sens du mot mixage qui tente d’associer des éléments séparés pour n’en faire qu’un.
Nous vivons dans une société de mixages. « Mixité », ou « métissage » sont plus sages que le mythe absurde d’une pureté ethnique ou culturelle. (Encore faut-il que les influences des uns respectent les autres si l’on veut espérer que les couleurs de l’arc en ciel se mélangent en cohérence.)
Bref, ce disque est rempli d’une énergie qui ressemble à celle de ma vie. Moi qui n’ai jamais cessé d’agir. Je ne suis pas un intellectuel, je suis un artiste ! (…) Quelles que soient mes rêveries, j’aime voir celles-ci se transformer en « quelque chose ». À travers les arts visuels, en littérature ou en musique, je ne cherche à comprendre ce que j’ai fait qu’une fois la tâche finie.
Comme la vie, tout naît d’une envie, (quelques fois un peu indéfinie, certes) mais j’ai eu la chance que les gens de Mercury / Universal m’accordent leur confiance, me permettant ainsi de transformer en réalité ce mirage d’une Louisiane aux blues embrumés et humides, aux ballades intérieures nocturnes, aux rock-moustiques, ou danses « pop-ulaires » pour faire vibrer les lattes des planchers en bois des ballrooms…
Bref, dés que les contrôleurs aériens autoriseront mon avion à décoller, je m’envolerai back l’âme sereine. Le disque est désormais en phase de finalisation visuelle. (Cover, booklet, vidéo).
Pour ceux que ça intéresse, il devrait sortir dans quelques semaines…

CharlElie
Jan 20XVI