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lundi 4 janvier 2016

La fin du chemin…

La nouvelle avait été annoncée inopinément un peu en avance ; depuis des mois on le savait dans le brouillard, luttant contre une maladie grave, aujourd’hui Michel Delpech est retourné chez Laurette…

 

Avec finesse et délicatesse, sans chahut ni fracas, présent dans les esprits sans chercher le scandale à tout prix, Michel Delpech a marqué les années 70.

Parce qu’elles étaient à la fois simples et populaires, portées par des mélodies subtiles et qui plus est faciles à retenir, les chansons qu’il a chantées ont su émouvoir plusieurs générations d’auditeurs.

Wight is Wight, pour un flirt, le Loir et Cher, quand j’étais chanteur, tu me fais planer…Tout le monde en France, a aimé un jour ou l’autre une chanson de Michel Delpech.

 

On reste fidèle à ses chansons, celles qui vous ont ému continuent de vous toucher même par delà les époques. Parce que les bonnes chansons transportent en elles des sentiments qui rejaillissent chaque fois qu’on les réentend ; comme si l’on se téléportait en 3D à l’instant où l’on a entendu pour la première fois telle ou telle mélodie marquante.

Si des failles dans la mémoire ne permettent pas de l’être à ses propres souvenirs,

Néanmoins oui, je crois qu’on est toujours fidèle à ses chansons.

 

La carrière  de Michel Delpech a démarré à la fin des années 60 sous l’augure du manager efficace Johnny Starck, qui en peu de temps a su faire une « vedette » de ce jeune homme élégant aux pantalons pattes d’eph’, au regard doux et à la voix langoureuse.

Mais sous des allures débonnaires Michel Delpech avait une indéniable envergure, une profondeur liée à sa sincérité, qui dépassait sans conteste, la plupart de ses congénères et chanteurs kitsch de la variété traditionnelle, qui n’affectionnaient que les succès en playback dans les décors design aux couleurs saturées des shows télé.

Les thèmes sociaux inscrits dans le réel, parfois intimes qu’abordait Michel Delpech avec des mots vrais et honnêtes, les musiques sans prétention mais pour autant originales, l’intelligence des textes qu’il interprétait lui donnait une dimension incontestable, qui lui a permis d’atteindre le cœur d’un public très divers qui lui resta fidèle jusqu’au bout, malgré les affres d’une dépression qu’il avoua un jour en public, malgré les changements de modes, et malgré l’érosion du temps (et même malgré ce film « l’air de rien » sorte de bio pic peu élogieux sorti en 2012, qui évoquait un moment de sa vie, sans la moindre compassion…)

 

Je l’ai rencontré à plusieurs occasions, on s’appréciait mutuellement. J’ai notamment chanté avec lui en duo pour un spectacle qui lui était consacré, et j’ai aussi défilé à ses côtés lors d’une marche en souvenir de la disparition de la petite Estelle Mouzin. C’était un homme gentil et grave, qui inspirait la sympathie. Il se voulait toujours aimable avec une sorte d’élégance naturelle sans fanfreluche ni faux-semblants, mais cette carapace de bonnes manières avait du mal à dissimuler une douleur existentielle, qu’on devine pourtant en filigrane dans ses chansons qui resteront à jamais comme un bouquet de fleurs sans artifices, des fleurs qui ne faneront jamais au bord du chemin dont voici la fin…

 

CharlElie Couture

Jan 20XVI