Menu
2002 - 2006

Day by day

7 – Zip Zap, Pêche au câble

Je viens de voir un concert du groupe FREE, un excellent concert enregistré pour la chaîne anglaise Granada dans les années 70 et diffusé sur Paris Première cet été 2002. Etonnant de voir comment ce groupe de musiciens avait sitôt atteint un paroxysme Rock. Invention, musicalité, richesse harmonique, technique, totale qualité. Je ne les avais jamais vus sur scène et pour cause, j’étais trop jeune, même si j’avais un vinyle, je n’y avais pas décelé tout ce que j’ai perçu hier soir. Le câble, c’est vraiment génial quand ça réveille des émotions inopinées.

A côté des émissions marketées pour séduire l’Audimat en utilisant les arguments et les points de chatouille qui titillent l’esprit, il existe aussi des émissions imprévisibles sur lesquelles on tombe tard au hasard des zappings machinaux en fin de nuit. Les yeux mi-clos, allongé dans un canapé, le doigt sur la gâchette de la télécommande, ziper et zaper sans idées préconçues.

Une pêche au hasard. Quel poisson se laissera prendre dans le filet de ma mémoire?  C’est une pêche aux images dans l’eau dormante des canaux du câble, une pêche aux idées dans les étiers hertziens, avec ou sans écailles images miroitantes qu’on attrape à la volée. On ne s’assoit pas dans les roseaux sous le soleil, le cul dans les fourmis, l’avant-bras dans les orties, une bibine sortie de la musette, non là c’est coussins, fatigue, lassitude et fond de tisane froide « saveurs du soir » qu’on vide en se faisant un dernier tour de canal.

Tout le monde s’est couché dans la maisonnée. Je suis le seul éveillé. Le zapping comme un passe-temps. Je prends cette quête-promenade dans les programmes comme un jeu. Être patient, rien de garanti. Quelquefois je capte quelque chose, d’autres nuits, ça ne mord pas, d’ailleurs, ça ne mord jamais vraiment avant minuit.

Une heure du mat’, les mouches, elles aussi insomniaques, font un dernier tour de ronde, un insecte passe devant l’écran, un papillon de nuit vrombit dans le salon pour venir se coller sur la lampe éclairée, fasciné par la lumière tel un éthéromane sur sa bouteille.

Documentaires techniques sur l’histoire du papier ou de l’imprimerie, sur les croisades, d’autres évoquant des affaires criminelles oubliées, concerts ou reportages sur des gens dont on s’aperçoit qu’on les aimait jadis sans les connaître, j’ai vu comme ça un truc sur DYLAN à Londres qui m’a beaucoup ému. Et ma tête continue le chemin, surfing vague à l’âme, naviguer sans gouvernail, en ballon sans conduite… et continuer à planer une fois le poste éteint.

C’est vrai que j’aimais ça. Le blues de FREE. Il me revient aujourd’hui. Je ne sais pas pourquoi. Dans les années 70 j’aimais aussi : NICK DRAKE, CAT STEVEN, JOHN MAYAL, RICHIE HEAVEN, et puis le grand (près de 2 mètres) bluesman TAJ MAHAL, (De son vrai nom Henry St. Claire Fredericks, il est le frère de la chanteuse Carole Fredericks qui  chantait avec JJ Goldman).  J’aimerais enregistrer ou faire un truc avec lui un jour. En 1979, nous l’avions fait en Suisse, un soir chez des amis, alors qu’il était venu pour un concert. On s’était croisé par hasard, on avait tapé un bœuf genre steack haché, je n’avais pas sa vélocité…

Et puis LED ZEPELIN, TEN YEARS AFTER, et les recherches harmoniques de COLOSSEUM que j’étais allé voir en Ecosse,Y avait aussi les STONES dans les arrangements acoustiques de Beggars Banquet et After Math, etc… je repensais à ça en allant me coucher.

Quelques jours plus tard, on parlait de Blues, mon harmoniciste Vincent Bucher et moi. Il a une vision puriste, quasi intégriste, à cheval sans selle sur la définition qu’on donne du blues sudiste. Pour lui mon timbre de voix et ma pulsion s’apparenterait plutôt à celle de MAC REBENACK alias DOCTOR JOHN. On était tous les deux programmés le même jour à Bourges il y a quelques années. Si j’avais eu le groupe que j’ai maintenant, si j’avais été ce que je suis aujourd’hui, on aurait pu faire quelque chose ensemble sur scène, mais à l’époque, j’étais plus timide et je n’avais pas osé l’emmerder. Je devrais faire un disque à la nouvelle Orléans ? Cajun mood, boogy blues ? Pourquoi pas ? Bon, pas le prochain, celui-là, j’ai déjà une idée assez précise derrière la tête, mais pourquoi pas le suivant…

Une autre fois je suis tombé sur un documentaire concernant « L’affaire des disparus de Mourmelon » Pauvres gars. Comment diantre sous les loupes, sous les microscopes média, comment tant d’éléments essentiels d’une l’enquête peuvent disparaître ? Comment la Justice a-t-elle fait pour noyer le poisson ? Les juges n’avaient aucune envie de juger, ce cas délicat risquant de les opposer à l’armée, grande muette ? Comment nier l’évidence, ignorer ce faisceau de preuves accablantes qui convergeaient vers cet enfoiré schizophrène d’adjudant pervers. On m’a toujours dit que deux points définissent une droite. Mais dans ce cas précis, on m’expliquait que les nombreuses présomptions qui désignaient toutes un même homme n’en faisait pas pour autant un coupable (qui ne l’est plus d’ailleurs « coupable » puisque la guillotine a disparu 🙂   En résumé, il était innocent parce qu’il était trop évidemment coupable. Alors là faut qu’on m’explique. Ce n’est pas parce qu’il a de grandes oreilles, qu’il a de grande incisives, qu’il mange des carottes, qu’il se reproduit vite, qu’il vit dans un terrier et fait des bonds qu’il s’agit d’un lapin. Euh oui, peut-être mais y a quand même grandes chances.

On retrouve de la terre sur une pelle qui a servi à enterrer une victime, on retrouve le slip d’une des victimes parmi une trentaine de slips dans sa camionnette, (déjà ça faut le faire), on retrouve la veste de l’un des disparus, on retrouve des centaines de cheveux, toujours dans la même camionnette, il connaissait les victimes ou se trouvait dans le quartier, présent partout au moment des faits, il a le profil sexuel de l’assassin, il se fait carrément prendre sur le fait par des promeneurs en train de torturer un jeune étranger, il a filmé lui-même à la vidéo les sévices qu’il fait subir au mec qu’il a pris en stop… Et enfin, et non des moindres, dès l’instant où il est arrêté les disparitions cessent. Euh, moi je veux bien que ce ne soit pas lui, mais alors, à c’ compte là, on peut tout discuter jusqu’à savoir si la main d’un mec, pris la main dans le sac est réellement la sienne? On en sort plus. On peut surtout discuter du sens de la justice, quand des juges disent « on peut pas juger ce type, vu que c’est tellement évident que c’est lui, il n’aura pas un procès équitable. » Alors là c’est un comble, il vaut mieux laisser cet enfoiré libre dans la nature sous prétexte qu’il est évident qu’il est coupable. Là je meurs. Ca m’a toujours choqué cette affaire, j’ai toujours eu l’impression qu’on s’était tous bien fait mettre par cet ex-para protégé par son statut.

On part du rock, et d’un groupe qui s’appelait « FREE » et on se retrouve avec un gars qui devrait ne pas être « libre ». Enfin, ce que j’en dis, ce ne sont que des réflexions de spectateur sur la berge de son canapé, en train de réagir comme un pêcheur de carpe au milieu de la nuit.

C’est dans ma tête comme sur le câble, plusieurs programmes en parallèle. Je le fais dire à Alice, dans une des chansons du spectacle musical que j’écris pour la fin de l’année : Zip, zap je zappe d’une idée à l’autre.

® CharlElie – Septembre 2002