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2002 - 2006

Day by day

4 – Coupés du Monde

Bon voilà ça y est, tandis que les autres équipes nationales vont continuer à rêver comme nous l’avons fait pendant quatre ans, rêver que cette coupe du monde transforme les habitants du pays vainqueur en caïds planétaires. La France et les Français sont désormais « coupés » du monde.

Eux, ils vont encore jouer. Jouer à jouer. Pour gagner cette coupe qu’il y a quatre ans, on avait gagnée (au plus que parfait) – 3/0 c’est vrai que c’était + que Parfait). Mais donc, on ne la conservera pas (donc au futur).

Cela va faire une semaine, Peu à peu on commence à en parler un peu moins, une sorte de descente, une baisse d’intensité, un long decrescendo.

Le sélectionneur est mis en vacance(s). Il n’est pas viré,  non, il est « mis en vacance(s) ». Le temps qu’il prenne la « décision qui s’impose ». Tout ce brouhaha fou de foot est pénétré de tant d’intérêts croisés que personne n’ose décider. Monsieur Lemerre n’a pas su choisir son équipe. Il n’a pas su fédérer ces jambes milliardaires d’un jour. Il a accepté un match de promo contre les Coréens moins d’une semaine avant le match d’ouverture, et Zidane « el virtuoso » s’est blessé…Le sélectionneur a fait entrer Dugarry une seule minute contre l’Uruguay et Cissé dix minutes alors que le mec pétait le feu, etc… Bref il n’a pas su composer sa partition, pas su choisir les accords pour que ça sonne. Il avait à sa disposition la « meilleure » attaque des championnats d’Europe, mais les gars n’ont pas marqué un seul but. Les attaquants ont manqué d’inspiration, Trezeguet à mis les ballons sur la barre par manque de flegme, on peut dire que c’est la faute de Petit qui a tiré des corners de nase, que untel a raté un coup-franc, y a toujours faute au foot… Appuyé contre le zinc, ou à la cantine / machine à café de l’entreprise, on peut dire c’ qu’on veut sur les musiciens, mais sans être un grand spécialiste c’est le compositeur qui était nul, des bons musiciens qui jouent bien une musique de merde ça reste de la musique de merde.

Bon maintenant, c’est du passé. Les espoirs de garder ce trophée se sont envolés comme des paroles en l’air.

Sentiments croisés : d’une part, qui se réjouit de la défaite de SON équipe ?  L’orgueil d’un téléspectateur est insupporté (comme dit ce balayeur avec qui je discutais tout à l’heure). Oui, je regrette que mes « concitoyens », les « collègues », les « Français », les « Bleus », aient perdu cette coupe d’illusions. Mais dans un autre sens, cette élimination dite « prématurée », n’est pas dramatique, et y en avait ras le bol. Depuis quatre ans aimer le foot était devenu un devoir national, Canal + s’est (sou)mis au « tout foot ». Un peu ça va, mais tout le temps, on en a marre. Quatre ans sous la dictature média –financière du Foot. La seule et unique référence, le seul système, la seule pensée de solidarité. « Soldarité » avec les combattus.

 

Attends t’excite pas, pas la peine de devenir Hulk, man. Quand je dis « pensée foot », je parle des adeptes du match hebdomadaire,  comme une liturgie, une messe, une fête populaire, ceux qui théorisent et qui pendant quatre ans ont tenter de nous faire croire qu’il y a des fondements idéologiques là-dessous. Quatre ans de règne des footeux. Quatre ans de frime publicitaire. Toute remise en question interdite. Addiction sans contradiction.

La liesse puis la joie immense qu’a procuré la victoire de 98, a eu un effet fédérateur. Et du coup qui aurait pu remettre en cause les demi-dieux qui avaient été à l’origine de ces retrouvailles nationales. Mais à quel prix ?  Quelle hégémonie ! Quelle arrogance ! (sauf Zidane qui il faut le reconnaître resta pudique et humble). Mais à part ça quelles valeurs le foot nous a-t il enseignées?  Quel idéal placé au-dessus de tout ?

Number one : Le pognon. l’ultime pognon, les maximums salaires de ces stars du pied, (avant on disait « con comme ses pieds » mais depuis quatre ans cette locution –au demeurant infondée- n’a plus eu cours, on dit plutôt riche comme ses pied) Des sommes astronomiques inconsidérées distribuées à chaque transfert et face auxquelles le Loto paraissait de la rigolade,

Deuxièmement : la solidarité

Attends quelle solidarité ?

La solidarité clanique des supporters qui a saisi toutes les couches de la société directeur d’un fanzine de cinéma ou énarque, plombier ou prof de fac, programmeur informatique ou dentiste, chacun s’est choisi une équipe : PSG ou OM ? Jusqu’aux fanatiques, se transformant à chaque match en chiens aboyeurs, jeteurs de boulons, conspuant l’adversaire, capables de devenir plus-cons-que-ça-tu-meurs et racistes en prime hommes perdus, violents et sectaires en toute impunité.

Et troisième « valeur » du foot enfin, non pas l’admirable technique des vrais athlètes mais la tricherie des joueurs qui ne considèrent comme valable que la finalité, le résultat d’un match. Et ce résultat peu importe les moyens pour l’obtenir. Tous les coups sont permis toutes les ruses, pour bluffer les arbitres. Retransmis par toutes les télévisions, ces sportifs donnent l’image de bluffeurs fragiles, comédiens nases semblant souffrir comme des donzelles dès qu’un autre comme eux les frôle, (c’est lequel ? Rivaldo qui se prend un ballon dans les genoux et qui se tient la tête et s’écroule. Non mais on est où ? Dans quel monde ? Et le mec est même pas puni. Il se prend un amende de 8000 Euro et répond ensuite qu’il « essayera » de ne plus recommencer…)

Tu parles d’un bon exemple pour les mômes ! ! !

Je lisais récemment un sondage (ils valent ce qu’ils valent) établi sur une tranche d’âge de 8 à 12 ans.  A la question : «  que voudriez vous faire plus tard ? », les aspirations professionnelles des gamins donnaient quelque chose comme :

1 largement loin devant : star du foot

puis 2 star des média

3 faire du « bizness »

4 star de cinéma

5 je ne sais plus

6 star du show business…

etc

et qu’en était-il des pompiers, de la littérature, de la recherche scientifique de la médecine, des métiers de l’Art ou de l’artisanat ? que dalle tout sur le foot et le paraître.

Une semaine avant le début de la coupe du monde, on buvait Foot, on mangeait Foot, on s’habillait Foot, tout sur le Foot, et en dehors de ça que tchi, rien, nichts ! Ou bien t’étais foot ou tu n’étais rien.

L’Art véhicule d’autres aspirations fondées sur la sincérité sur la sensibilité sur les plaisirs éphémères de la Beauté, mais tout ça comparé au Foot, ça faisait chier tout court. Et dés qu’on se mettait à aborder la vie sous un autre angle que celui de la seule réussite financière, du genre y a que le résultat qui compte, on passait pour des niards.

Alors je ne sais pas si le fait de disparaître prématurément de cette coupe soit à ce point un drame, pour nous qui ne sommes pas actionnaires directs de TF1, Bouygues le bâtisseur.

 

® CharlElie – Juin 2002