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2002 - 2006

Day by day

3 – Affichés à Chaumont

Affichés à Chaumont sur la place de la Mairie. Samedi soir. 7000 personnes devant nous. Ce spectacle qu’on a joué en salle depuis des mois se trouve là dehors à pleine puissance. C’est revigorant. Une belle soirée, celle dont on rêve.

Il avait fait beau et doux toute l’après midi et quand la nuit est descendue doucement, on l’a à peine sentie venir. Et puis les loges, rarement avons-nous eu de tels endroits pour nous retrouver : les zicos dans la salle de réception et moi cul nu pour me changer dans le bureau des adjoints, sous les peintures 19ème et lambris bourgeois. On a été très bien reçus. Ça fait du bien. Un peu de gentillesse, et la confiance. Putain, ils nous on pas mis à l’écart comme des pestif’, ils ont pas jugé prudent de nous isoler, non, ils nous ont invité et du coup tout l’ monde s’est bien t’nu. Pas de violence, juste une belle intensité.

Je suis arrivé tôt dans la ville pour faire une dédicace de mon livre« Zig-Zag » dans une librairie. La queue jusque sur le trottoir, j’étais content. Bon esprit. J’ai dédicacé mes bouquins en même temps que les disques arrivés par porteur spécial. Les gens étaient contents de l’acheter là, puisque les disques « 109 » sont mal distribués dans les magasins, (Tu t’ rends compte qu’il n’y en avaient pas un chez le disquaire du coin ! alors que le soir même je faisais 7000 personnes ? !)  Les gens achetaient le Kit avec un sourire : un bouquin pour la fête des pères et le disque « ça c’est pour moi »

J’ai visité quelques expos. Festival mondial de l’affiche. Heureux de voir ça. Des choses magnifiques. Y avait un concours mondial d’affiches d’étudiants, des trucs super, d’autres moins bien comme toujours, des tonnes d’envie de dire des tonnes de choses, et même si ce sont toujours les mêmes choses, qu’importe.

Je suis tombé par hasard sur un type que je n’avais pas vu depuis 25 ans. (Dire que je peux écrire: « un mec que je n’ai pas vu depuis vingt cinq balais » et autant d’aspirateurs, Ça fait bizarre). Levandovsky, polonais, prof de com connu aux Beaux-Arts de Nancy quand j’y étais étudiant, et mieux que ça je l’ai reconnu. Dans ce contexte, c’est vrai que c’était facile tu me diras. Je ne sais si je l’aurais reconnu au supermarché, mais là, c’est venu tout de suite.)

A l’arrivée, me sont restées quelques réflexions du genre: Une bonne affiche, c’est un seul impact, un seul message. Comme en poésie, comme pour l’humour, ce qui reste c’est justement ce qui n’est pas dit. La fameuse ellipse, le vide qui sépare deux évidences. C’est le chemin que doit faire l’esprit pour recomposer le non-dit sauf qu’en pub ou en affiche à message, qu’il s’agisse de visuel ou de rapport image/texte cela se doit d’être immédiatement efficace.

(Une très bonne affiche n’a même pas de texte d’ailleurs, sinon, on ne peut pas décrypter le japonais, l’arabe ou l’islandais.)

 

C’est vrai qu’on vit dans un monde de concepts, c’est à dire dans un monde d’idées compactées,

C’est amusant de jouer avec ces idées compressées

On a l’impression d’aller plus vite, d’être très malin, de dominer les sujets comme dans la pub, parce qu’on manipule des grands concepts, comme des dessins faits au marqueur, avec des gros traits caricaturaux,

mais ensuite il faut décompresser ces idées grossières, il faut en discuter, les affiner, coiffer l’écheveau, démêler les tresses pour retrouver les cheveux d’idées qui composent la corde

et c’est pourtant bien souvent là que le bâts blesse, comme dans les médias qui se suffisent des concepts que l’on voit de loin, qui se doivent d’attirer du monde devant l’écran avec des trucs et astuces de concept facile du genre « sang » « sexe » et « argent » qui bien qu’ayant un effet immédiat, ils ne sont pourtant pas l’essentiel de la pensée humaine autrement plus subtile.

Les concepts ne doivent être que des prétextes à enclencher quelque chose comme des attaches de caravane ou des panneaux indicateurs.

Mais pour en revenir à ces planches d’idée que sont les affiches, une bonne affiche est une juxtaposition de concepts simples, immédiatement perceptibles.

Ex : le concept « Chien »,

le concept « Bus »,

le concept « Boule de pétanque », « balle de tennis », « balle de ping pong », concept « Escrime »,  « Guêpe»

Concept « Mickey »,   le sigle «  dollar »  ou le « M » de Mc Do,

le concept « police »,

le concept « enfant », « un touriste »

le concept « couleur, le concept « micro »  etc…

Je ne sais pas si ça existe, mais il doit bien exister un dictionnaire des concepts, sinon il faudrait le faire.

® CharlElie – Juin 2002