Menu
2002 - 2006

Day by day

17 – Une semaine de relâche

C’est vrai, j’étais un peu sonné la semaine dernière après la défaite de Paul Henri Mathieu en finale de la coupe Davis à Bercy. Et quand mes amis téléphonaient même pour parler d’autre chose, immanquablement ça finissait sur un commentaire concernant ci ou ça qui retournait le couteau dans la plaie d’amour-propre.

En cela que les joueurs étaient si près du but, et « il y avait une super ambiance », et « ils avaient arraché un double magnifique » et « ça n’avait pas tenu à grand chose », et « ils auraient mérité de gagner », – d’un point de vue égoïste j’aurais préféré avoir dessiné l’affiche d’une victoire…-

–       Tiens au fait j’ai r’gardé dimanche, alors qu’est ce que t’en a pensé? À ton avis, la faute à qui ? La faute à quoi ? La terre ? Le coach ? Le mec ? Toi, tu t’y connais, explique-nous, à ton avis, pourquoi?

Ils m’avaient vu lever les bras, ils y avaient cru eux aussi, mais que etc…etc.

Bon, c’est pas la mort. Je me consolais en me disant qu’on n’aurait jamais dû la gagner l’année précédente en Australie. Forget avait fait tout ce qu’il pouvait… jusqu’à ce qu’il perde le contact avec le jeune Paul Henri si motivé en début de partie qu’il s’était retrouvé à sec à la moitié du troisième. Manque de sucre. Du coup fatigue, plus d’idée, replié sur lui. Bon.

J’avais discuté avec l’équipe et serré quelques mains. Les yeux et le cœur lourd, comme celui d’un skieur qui perd une marche sur podium pour un centième, voire un millième d’écart avec celui qui le précède. On en a discuté à la mairie après les cérémonies officielles.

Puis je suis allé voir Marat Safin, qui faisait des photos dans un autre salon. J’ai attendu qu’il finisse et je l’ai retrouvé déambulant comme un grand gars heureux, dans les couloirs aux décors dorés. J’ai échangé quelques mots en tête à tête avec lui, et puis…

– Tiens au fait tu pourrais me signer un autographe pour ma fille…

– Oui bien sûr, pas de problème.

Celle qui m’avait accompagné l’après midi, dormait maintenant le cœur battant d’avoir déjà croisé Thierry Henry, Viéra et Wiltord pendant une pause entre les matches.

– Oh Pap’ si tu le vois, demande lui… dis lui que j’ai un poster dans ma chambre. en plus il a vraiment bien joué hein…

Grand prince, star tsar, sans frime ni condescendance. La classe Russe.

La semaine a repris.

Je n’avais pas de 109 show sur la route. Une semaine de relâche en quelque sorte…

J’en ai profité pour faire d’autres choses. Aller voir la pièce « Un simple froncement de sourcil » de / avec Ged Marlon et Luis Rego au Théâtre du Rond Point des Champs Elysées, récemment récupéré par Jean Michel Ribes.

Une pièce à trois personnages, une pièce qui raconte trois comédiens tentant de monter une pièce un peu hasardeuse. Comme souvent, les pièces tragi-comiques de Ged Marlon sont un régal. Lui qui fut une « aviateur » avec Farid Chopel a le don de nous envoyer dans les nuages de son inconscience. De cet humour intelligent et subtil, qui s’amuse en décalage, comme des digressions autour de nos vies en vrilles, regard ironique sur les mecs qui se prennent la tête, jeu de miroirs entre le vrai le faux.

Rendez vous avec Handicap International à propos de ce disque contre les mines antipersonnelles, qui traîne à se faire parce que les maisons de disques hésitent à mettre la main à la poche pour les bonnes causes, on sent qu’ils résistent avant de se lancer dans le caritatif:

– Vous comprenez, le caritatif est un marché comme un autre. Les consommateurs ne font plus de différence. Pour eux, c’est une compil de plus. On en a trop fait. Les disques ne se vendent plus, pas plus ceux-là que d’autres. Les gens font des copies chez eux ou achètent ce qu’ils connaissent. Sans une grosse campagne, point de salut, pas plus pour Handicap – International que pour quoi que ce soit d’ailleurs.

Vous voyez le disque, c’est tout ou rien, plutôt que Dominique A, Arthur H, M ou Miossec, je ne sais quel Noir désir, Manu Chao ou CharlElie, ce serait mieux d’avoir les Stars Académiciennes. Là, oui, là ça vendra. Et puis quoi ? les bombes antipersonnelles ne sont pas sur notre territoire, alors… ? Vous savez si les Français ne se sentent pas concernés, ils n’achètent plus. Pas plus pour une association que pour rien d’autre.

Discussion sans fin.

Etc.

Et tcé tes rats…

Le lendemain, je suis allé faire le Pop club de José Arthur. Encore une fois. Retrouver cet homme que je viens visiter depuis vingt-cinq ans comme on vient en consultation. Il me fait penser à une vieille cartomancienne assise dans son salon du Fouquet’s au coin de l’Avenue Georges V et des Champs Elysées. Il m’a vu évoluer, comme il a vu défiler devant son micro, tellement de gens connus ou inconnus, des gens venus de partout, venus pour lui dire quelque chose, dire devant un micro à travers cette diffusion nocturne à la France entière,  ou tout du moins la France du travail de la demi-nuit, dire que ce qu’ils font est bien, super ou génial. Ou dire même dire qu’ils s’en foutent.

José Arthur il fait quoi ? Il pose des questions, depuis toujours, il demande des trucs à des gens qui font des trucs. Des trucs d’un soir, des trucs depuis toujours. José Arthur fait ça depuis qu’il n’est plus lui-même une vedette, comme il n’a d’ailleurs jamais été. Mais c’est un célèbre vecteur, un homme interrogeant, un arbre à questions comme il y a les arbre à came ou les arbres à noix de cajou. Il fait ça tout le temps, même quand les auditeurs ne l’écoutent pas, cet homme pose quand même des questions. Il est passé à travers les directeurs d’antennes, il a continué. T’imagines ça : poser des questions, ne faire que ça !?

Mettons 200 émissions par année, cinq personnes par soir, soit environ 1000 par an depuis plus de trente ans. Ce mec-intervieweur a vu défiler aux alentours de 30 000 personnes en tête à tête, sinon plus encore. Acteurs, scénaristes, metteurs en scène artistes, photographes, artistes, exposants, écrivains, éditeurs, auteurs des bas fonds, ou créateur de toutes sortes, qu’il a fait parler, qu’il a chicanés, pincés ou flattés. Depuis que je le vois, il n’a pas beaucoup changé en fait. Il te regarde comme une chenille qui tarderait à devenir papillon, un bombyx qui tisserait son fil de soie, fil de mot au fil des nuits.

Il fait quelques commentaires coupant comme du verre brisé, parle en dehors de l’antenne. Avec un professionnalisme du déséquilibre, une sorte de désinvolture parisienne, il s’amuse à te déstabiliser. Malin comme une mangouste, il est celui à qui l’on ne la fait plus, mais il n’est pas blasé, ni aigri. Il n’est pas facile, voilà tout.

En guise de conclusion de l’une des interviews les plus intéressantes que j’ai eues à faire récemment, il m’a dit: je vois en toi beaucoup d’humilité et beaucoup d’orgueil. J’ai pris cela comme un compliment. Parce qu’il ne dit pas souvent ce qu’il pense. Il a ajouté: « Ne le prends pas mal, quand je parle d’orgueil, je sais de quoi je parle ; si tu n’en as pas, tu ne fais rien, mais en même temps, je pense que tu es quelqu’un de sincère. »

Il n’en a pas dit beaucoup plus, j’ai eu l’impression qu’il pouvait se rendormir en attendant le prochain client comme le chat dans Alice au Pays des Merveilles. Il savait qu’on avait fait une bonne rencontre, et il ne voulait pas que cela dure, comme s’il voulait s’en garder pour une autre fois… Une autre fois ? Quelle autre fois ?

Le lendemain, je suis allé dans un restaurant de Saint Germain, à une vente aux enchères des boules de Noël que nous étions une cinquantaine à avoir décorées pour « La voix de l’enfance » dont le porte-parole est Carole Bouquet.

Là aussi, quand je suis arrivé, un peu tard, il est vrai, il n’y avait plus la grande foule. Une photographe veut faire une photo:

– Je peux vous prendre avec vos boules, me demande-t elle.

Je lui réponds :

– Toi tu veux passer dans le zapping ?

Elle se marre. Je pose. Flash ! Flash !

Quand soudain, le fil de nylon m’échappe et…  paf !! Par terre. Une de moins. Bon tant pis j’ai valorisé celle qui restait. ça m’apprendra à vouloir en faire trop. Nous avons ensuite parlé de tout, de rien avec Maître Pierre Cornette de Saint Cyr, Roland Magdane, Pascal Morabito, Jean Daniel Lorieux et Eve Ruggiéri. De ces repas apparemment frivoles, où chacun joue son propre rôle. Néanmoins, sous des allures légères, on s’aperçoit aussi que le fard cache des personnalités beaucoup plus complexes que leur apparence ne le laisse entrevoir. En fait, beaucoup de ces mondains acceptent de jouer le jeu de la mondanité, comme un camouflage qui recouvre leur pudeur. Ils sont matelassés de chabadi et de chabada, mais entre les rires idiots et les lieux-communs, parfois (pas toujours), mais parfois on découvre des personnalités vivantes, vibrantes, tressaillant comme des poissons pris dans les mailles de filets dérivants, qui se débattent avec les mêmes contraintes que n’importe qui, dans l’eau froide de la mer des cocktails et soirées nases broques.

 

Le lendemain Vendredi – Téléthon.

Il est minuit quand j’arrive  sous le chapiteau Pinder de la pelouse de Reuilly où se passent les enregistrements. Axelle Red, la marraine m’accueille gentiment. Elle est sympa, mais en voilà une qui n’a rien à dire de plus que ce que l’on sait déjà. Vite elle file. Ils sont déjà en retard. J’attends en regardant cette France en action qui se meut coûte que coûte. La seule occasion pour des milliers de gens de passer à la télé ne serait-ce qu’un instant. Je discute dans les coulisses avec Geluck, Birelli Lagrenne et quelques autres. Mes musiciens arrivent. J’ai honte de les bloquer là si tard, mais ils en rigolent.

À deux heures du mat’, je suis finalement assis à côté de J.Birkin et Gérard Jugnot. J’ai essayé plusieurs fois de discuter avec lui comme j’essaye de le faire avec elle, mais elle tourne la tête. Je ne sais pas pourquoi le courant passe mal avec cette génération de stars quincagénères intouchables. Ils font des smiley à l’écran, mais en dehors de ça, ils se la jouent grave, à l’ancienne. Ça passe mieux avec Sanséverino et Aston Vila.

Vers 2 heures 20 enfin, après avoir salué un chercheur monocyclé que je croisais dans la rue près de chez moi, et avec qui j’ai discuté quelques fois, un gars « bien » qui, en plus de son travail de chercheur en génétique, s’occupe de faire des sorties avec des roulants sur fauteuil, je fais mon titre « S’aimer si ». Alice, Myriam et Nash.

Sur son synthé comme une plaque chauffante, Nash fait n’importe quoi. Il est synthé de la nouvelle génération, de ceux qui n’ont pas appris sur un piano. Il n’a pas l’habitude de jouer les notes, d’habitude, il déclenche des loops, des séquences qu’il distord. Non il ne joue pas des notes, il joue des groupes de notes, il joue des sons ; alors quand on le filme de près, il ne sait pas quoi faire.

Lââm est restée jusqu’au bout. On s’était déjà croisés dans les couloirs de RTL où j’étais venu avec Philippe Candéloro et Julie Victor, l’actrice principale de la comédie musicale sur patins que j’ai composée. Alice » est une la comédie musicale dont Philippe a fait avec sa femme les chorégraphies sur glace.

 

–       Au fait, moi j’te l’ dit, c’est un tube ta chanson là, « S’aimer Si » excellent »

–       – Merci, Tu pourrais me faire un autographe ?

–       « Ah ben dis donc, si j’imaginais un jour que CharlElie me demanderait un jour un autographe… je suis très honorée dit-elle en dédicaçant son CD promo.

–       Tu peux marquer le nom de ma fille ?

–       Bien sûr pas de proôoblem, me dit-elle en même temps qu’elle signe sa griffe destinée à ma cadette, pour rétablir la balance avec celui de Marat Safin, que j’ai donné à ma fille ainée.

 

Trois heures du mat’ , il fait si froid ! En remontant sur mon scoot, dans la nuit glacée, je me demande qui peut bien être encore réveillé pour regarder ça ? Une chose est sûre, il n’y a personne dans les rues, donc, ils sont peut-être chez eux… Les scores et promesses de dons, ont l’air meilleurs que l’année dernière.

 

Dimanche, je suis monté faire un aller/retour à Lille, à Marq en Bareuil plus exactement où avaient lieu les finales du Championnat de France de tennis pas Equipe dont j’avais dessiné l’affiche.

– Vous faites souvent ce genre de déplacement ?

– Non, d’autant moins que j’avais des amis à la maison à qui j’ai faussé compagnie pour honorer la promesse que je vous avais faite à Bercy. La semaine dernière.

– Merci

Ils m’ont offert une écharpe, une bouteille de bière et quelques spécialités du coin, avec de la viande … passons sur les détails. Bref, ces quelques interventions me donnent bonne conscience, et la conscience, ça aide à rester éveillé, conscient.

Même si c’était gratuit, il n’y avait guère plus de 300 personnes sur les gradins, à regarder ces champions, qui jouent pour les clubs qui les salarient. « Patton » de la ligue de Bretagne l’emportait finalement après avoir battu le Racing club de France. De beaux matchs dans le frais du Nord, quand Lyodra battit finalement Jean René Lisnard. Puis il y eu une démonstration de Tennis on line. Le tennis a double rebond qui se joue sur des rollers. Ca pourrait vraiment devenir quelque chose, ce sport car, c’est très spectaculaire. Vint le double qui n’en finissait pas. Je n’ai pas pu remettre la coupe. Signer quelques autographes serré quelques mains et reprendre mon train.

De retour devant le clavier, j’ai répondu à quelques courriers parmi lesquels une longue interview sur le thème de l’Art reproduite ci-dessous.

c h ART l E l i e

 

Question N° 1

Le public est sensible à votre parcours musical, mais il semble ne pas connaître votre parcours artistique, l’autre CharlElie, celui à la fois peintre, écrivain, ou poète …. Comment conciliez-vous actuellement l’art et la musique, qui sont des moyens d’expression si différents et pourtant tant complémentaires ?

 

CharlElie

Les gens connaissent mieux ce qui est diffusé à travers les médias que ce qui est présenté en galerie. C’est mathématique : 1500 personnes se déplaçant pour venir voir une exposition, ça ne fait pas le poids avec une diffusion radiophonique ou télévisuelle, qui réinitialise le fait que je suis musicien à la mémoire des centaines de milliers d’auditeurs/spectateurs. Je ne connais d’ailleurs aucun jeune peintre ayant autant de popularité que les chanteurs.

Depuis vingt ans je travaille sur la notion de « Multisme » ou d ‘Art Total. Je cherche les liens, les conjonctions, les similitudes, d’humeur ou de gestes, qui peuvent exister entre les différentes formes de création : L’Ecriture, l’Image ou la Musique. Je ne contrôle pas le pantin en maniant les ficelles, mais j’ai des « méthodes » différentes pour aborder chaque activité.

À force de pratique, des milliers de dessins, des centaines d’heures enregistrées, de milliers de pages écrites, (et notamment sur le Web), j’ai acquis un savoir-faire, ce qu’on appelle un « style », qui donne à ce que je fabrique une certaine couleur. Quand j’écris, je choisis des images et des sons, quand je peins, j’y mets de la musique autant que du rythme, et ma musique est un décor littéraire.

Il y a trois branches à mon arbre, trois branches qui continuent de pousser.

Quand pour me situer, les gens commencent par un long énoncé des activités que je pratique, j’ai le sentiment que c’est prendre les choses à l’inverse, comme si l’on décrivait un arbre en parlant des feuilles, au lieu de partir du tronc.

Oui, je sais, on peut reconnaître l’essence d’un arbre à partir d’une seule feuille et je n’ai pas de problème si les gens ne connaissent qu’une chanson, un tableau ou un seul de mes livres, mais ma démarche plus générale vient d’une longue réflexion concernant la place de l’Artiste dans la société.

Je crois que cette interrogation concernant la place de l’Artiste dans la société contemporaine est une question essentielle, car elle concerne tous ceux qui travaillent sur l’Invisible, sur le non-dit ou le Secret, ce monde indéfini du sentiment que les maîtres du marketing, qui dominent le monde depuis une vingtaine d’années, veulent à tout prix quantifier.

 

Question N° 2

Collées, clouées sur des panneaux ou assemblées entre elles, diptyques ou triptyques, vos œuvres sont présentées de façon originale. Que représente ou que symbolise pour vous ce procédé d’assemblage qui rappelle les retables religieux ?

– L’ajout de matériaux bruts récupérés ici ou là, souvent dans la rue, change la lecture du tableau. Cela éclate le champ de l’imaginaire. L’image du tableau devient une méditation et non une représentation du monde. Ce n’est pas seulement une image transparente comme une fenêtre dans le mur, c’est un bout de mur, un panneau, un extrait de la société. L’aspect religieux se situe ailleurs. Le mot « religieux » vient du latin « religare » qui signifie « relier ».  On peut considérer l’Art comme une religion dans la mesure où il est une quête du divin, cherchant à donner un sens universel aux gestes ou fonctions de tous les jours. Dans ce sens oui. L’Art est comme Dieu, il apparaît quand on le cherche.

 

Question N° 3

Votre univers semble géré par cette controverse intérieur- extérieur / inside-out, comme vous aimez le décrire, où la fenêtre semble ce passage obligé pour passer de l’un à l’autre… pouvez-vous développer cette vision du monde ?

– La Création est le fait de « donner naissance » à des œuvres. Les émotions ou sentiments abstraits insaisissables deviennent apparents quand on leur donne une forme, partageables avec autrui. Restées en gestation à l’intérieur du cœur, de la main ou du cerveau, elles sortent de notre mystère intérieur. Une fois nées, on peut les commenter, échanger des impressions, partager ce qu’on ressent avec d’autres spectateurs qui retrouvent éventuellement en eux l’écho de ces émotions qu’eux-mêmes n’auraient pas pu, su, voulu ou osé mettre en forme. L’Art est une fenêtre ouverte sur l’Invisible…

 

Question N° 4

Vous favorisez les techniques mixtes en ajoutant de la matière à vos toiles : collage, écritures, graffitis, peintures, rehauts de couleurs, de dorures, morceaux de métal, de bois, ajout d’objets, de matières comme la mousse expansive…

Ces matières ou objets, ne sont-ils pas finalement le témoin conscient ou inconscient de votre enfance passée dans la boutique d’antiquaire de votre père qui regorgeait d’objets hétéroclites ?

Peut-être? Ce qui me reste de ce magasin, c’est l’idée que les choses utilisées sont imprégnées de l’âme de celui qui les a manipulées. Quant au bric à brac, je ne sais pas ? Ma peinture est une peinture de mémoire, comme ces traces de souvenirs qui restent imprégnées dans les cervelles, et qui réapparaissent un peu sans prévenir au détour d’une conversation, d’une promenade ou d’un verre de trop. Nous vivons une période de mixité, alors technique mixte c’est normal. Si je le pouvais j’utiliserais encore plus les autres techniques : vidéo, photo, sérigraphie. Mais je n’ai pas encore trouvé le moyen de le faire bien.

 

Question N° 5

Sur vos toiles, les écritures (graffitis, signes, mots, phrases, poèmes) donnent une dimension supplémentaire à vos œuvres, proposant ainisi une autre référence culturelle, linguistique, symbolique. Que voulez-vous exprimer à travers ces signes cabalistiques ou non, ces symboles et ces écritures ?

 

Tout à fait, ces écrits sont des clés, des mots de passe qui permettent de pénétrer le secret. La lettre nous attache les uns aux autres. (C’est ce que nous apprend la Thora). Chaque lettre a un sens. Ces idéogrammes me viennent quand je peins, des visions que je ne cherche pas à classer dans un des tiroirs de la raison. J’en écris qui ne restent pas sur la toile, certaines recouvertes d’autres en émergence. Comme des passages indiquent une route, un sentier balisé dans une forêt poétique. Ces mots sont des fanions définissent un champ à l’imaginaire.

 

Question N° 6

Vos toiles dévoilent des paysages urbains stylisés qui rehaussent la sémantique de vos toiles, est-ce fait pour donner une information quant à la géographie d’un tableau ?

 

– Je suis plus inspiré par l’urbanité que une Nature belle par elle-même et dont je ne cherche pas à « m’approprier » ses couleurs.  Il y a dix ans on m’avait défini comme « impressionniste urbain ». Je m’inspire de ce que je vois. Mes tournées me donnaient l’occasion de vivre dans des endroits différents chaque jour. J’ai eu peur de perdre le souvenir de ces lieux dans lesquels j’avais vécu telle ou telle histoire. J’ai d’abord collectionné mes chambres d’hôtel, en les photographiant, puis je les ai dessinées, ensuite j’ai peint le lit, les murs, les petits-déjeuners, et puis j’ai voulu les mettre en situation, et j’ai peint ce que je voyais par la fenêtre. (Encore ce jeu intérieur ) J’ai souvent contrecollé sur la toile des dessins que j’avais faits à New York ou en Australie notamment, sur une nappe en papier ou un emballage récupéré sur place. Ces tableaux sont des scénari, à la manière des portraits de la renaissance, in situ. Il y a un lieu, un décor,( comme une trouée dans le mur), des acteurs (qui sont les personnages) et enfin une histoire (les mots et les écrits, tantôt phrases et tantôt de simples accroches)

Au départ je voulais être metteur en scène de cinéma, aujourd’hui je me fais mon cinéma sur les toiles, mais ce n’est pas une fin en soi ; l’œuvre intègre aussi les éléments rapportés, bouts de bois ou objets…

 

Question N° 7

Vous ne désirez ne tenez pas compte des détails, vos sculptures sont épurées, afin d’obtenir une œuvre suggérée… Comment vous est venue la passion de la sculpture ?

 

J’ai fait un certain nombre d’œuvres sur bois qui n’ont pas encore été présentées mais je crains de ne perdre l’esprit si je révèle aujourd’hui ce que je cherche dans ce domaine. À partir d’une matrice en argile moulée par un fondeur, je travaille le bronze seulement depuis quelques années. Si ce n’est sur bois, j’ai conscience que je peux aller encore plus loin dans le domaine du 3 D.  Peut-être que je n’ai pas encore osé en sculpture ce que ce que j’ai trouvé en peinture.

 

Question N° 8

Pour compléter toutes ces disciplines artistiques, vous vous consacrez également à la création multimédia. Cette nouvelle technologie a permis de réaliser et de concrétiser votre univers virtuel en tenant compte de tous ces caractéristiques artistiques qui vous sont propres. Comment exploitez vous ce nouveau moyen de communication et d’expression ?

 

Oui, heureusement qu’il y a cela. Je suis un artiste contemporain, acoustique/ électrique, digital ou numérique, qui utilise les outils que la technologie met à sa disposition. Les nouvelles technologies sont des moyens, permettant de retranscrire et diffuser le quotidien. J’ai fait partie de ce que l’on a appelé les 800 pionniers du Web en France. Mon site me donnait le moyen de montrer des choses tant en musique que par l’image ou l’écrit. CharlElie.com existe depuis 1995 et je passe toujours beaucoup de temps devant mon écran. Mais ce n’est qu’une étape.

 

La peinture est un art « classique » pour ne pas dire désuet (utiliser un bout de bois avec des poils au bout, cela peut paraître obsolète quand d’autres travaillent sur l’immatériel vidéo). La peinture a toujours un sens mais elle n’est plus l’unique moyen de parler du monde. La photographie a changé le rôle des narrateurs du réel. Le cinéma et la télévision nous abreuvent d’images en mouvement à effet immédiat. La peinture demande du temps or le monde est pressé, habitué aux clichées de la pub. Les campagnes Benetton ne sont-elles pas des œuvres conceptuelles planétaires ? Ces images sont elles aussi souvent remplies d’une émotion bien plus forte que toutes les prières ou méditation d’un peintre devant sa toile. Une œuvre d’art est une alchimie qui transforme l’immatériel des humeurs d’une société en son miroir à l’inverse des vampires qu’on ne verrait que dans le miroir et non dans l’espace. Être un artiste, ce n’est pas seulement avoir acquis un savoir-faire, c’est mener une réflexion sur son époque.

Le multisme ou Art Total, découle du dadaïsme de Marcel Duchamp qui disait : l’Art est dans Tout, il suffit de changer le regard pour qu’une chose devienne une œuvre d’art. Le dadaïsme a engendré le Pop Art. Andy Warhol a dit : l’interprétation d’une image industrielle en fait une œuvre unique. Le Multisme considère que l’artiste doit intervenir dans tout.

L’artiste doit être mêlé aux activités industrielles sans limite de genre ou de technique. Le Multisme est comportemental, c’est une attitude, un engagement. Etre un artiste c’est agir. Non seulement spectateur du réel au présent, mais aussi acteur intervenant pour donner un sens à l’utile.

® CharlElie – Décembre 2002