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Confesse Book

226 – Cheval Facteur

On peut se dire que tout a beaucoup d’importance, qu’il ne faut rien rater,

On peut se dire que le temps est court, que tout est ultime, qu’il ne faut rien lâcher, rien gâcher…

Ou bien, avec la même philosophie, on peut se dire que rien n’a d’importance,

Et donc qu’on peut tout se permettre… et même se tromper!

On peut se dire que tout compte, le moindre délit, la moindre virgule, qu’il faut faire attention,  puisque ça reste quelque part sur les mémoires internet,

Oui, mais on peut se dire aussi que tout s’annule.

On peut se dire qu’il faut viser l’idéal, que tous ceux qui ne gagnent pas sont des « louzeurs »:

– J’voulais m’excuser pour mon public et tous ceux qui me soutiennent, whééé quoi euh… J’suis malade, écœuré, koi, trop déçu bon, médaille d’argent wéh mais euh… tous ces efforts, tous ces sacrifices qu’j’ai fait, merde, j’voulais finir en tête, j’sais bien qu’c’est qu’ la première place qu’on r’tient… La victoire sinon RIEN!

Bon, ouuuiiii, on peut dire ces clichés de leaders, de manageurs-mangeurs-d’hommes, ces harangues de commentateurs derrière un micro rêvant  qu’un autre délégué incarne le fantasme de la réussite, ces slogans d’entraîneurs-dopamine qui exhortent un poulain en le cravachant avec des formules épicées qui se veulent stimulantes dans l’euphorie d’une compétition, mais les répéter au quotidien, en dehors du contexte survolté du moment enflammé, est-ce que ça signifie vraiment quelque chose?

Pour avancer sur son chemin d’existence, il faut s’accorder la souplesse de la marche. Savoir s’adapter. Les professionnels n’ont pas le choix.

Quand on quitte la sphère de la mythologie d’un monde idéal pour revenir sur Terre parmi les « vrais-gens », on trouve d’un côté ceux qui font (comme le glaçon, de sang-froid ou bouillonnant d’énergie), ceux qui font aboutir leur projet en se débrouillant vaille que vaille avec les moyens du bord (qui sont rarement les meilleurs outils), ceux qui restent en mouvement, agissant coûte que coûte, advienne que pourra, considérant qu’on ne fait jamais ce qu’on veut, mais on fait toujours ce qu’on peut…

Et puis, d’un autre côté, il y a ceux qui ne commencent pas tant que les conditions maxima ne sont pas réunies. Vu qu’ils placent la barre très haut, ils ne sont jamais satisfaits. Du coup, il y a fort à parier que ceux-là ne feront rien car la notion de « meilleur » est fonction du degré d’exigence.

La perfection est un concept abstrait qui hante les amateurs.

À l’arrivée (ou à la sortie) il restera seulement ce qu’on a fait.

Certains auront fait certes de grandes choses, d’autres en auront fait de plus petites,

D’autres enfin n’auront juste rien fait.

Je suis autant admiratif des grandes entreprises comme celles de Gustave Eiffel que de l’œuvre accomplie par le Facteur Cheval à dos d’homme, (ou plutôt à bout de bras), poussant sa brouette jour après jour pour construire son Palais idéal…

 

Septembre 2017